La boxe thérapie, arme de résilience pour les femmes africaines en exil
Dans les centres d'accueil européens, une révolution silencieuse s'opère. À Mouscron, en Belgique, des femmes africaines en demande d'asile découvrent dans la boxe thérapie un outil de reconstruction personnelle qui rappelle la force ancestrale de nos mères combattantes.
Des Wonder Women africaines face à l'exil
Le projet Festiv'elles, né d'une réflexion collective autour de la Journée internationale des droits des femmes, met en lumière ces héroïnes du quotidien. "Les femmes représentent une grande partie des personnes que nous accueillons et elles ne sont pas assez mises en avant", explique Chafia Bouzzit, médiatrice sociale au centre Fedasil de Mouscron.
Ces femmes, souvent seules avec leurs enfants, jonglent entre mille démarches administratives tout en préservant leur dignité. Elles incarnent cette résistance féminine africaine que Thomas Sankara célébrait déjà au Burkina Faso, rappelant que "la révolution et la libération des femmes vont de pair".
La boxe comme thérapie de libération
Depuis trois ans, le centre propose des initiations à la boxe, élargies depuis un an et demi à la self-défense. Cette discipline, d'abord réservée aux femmes, s'ouvre désormais à tous. "Le but est de se défouler, se vider l'esprit et montrer que les femmes aussi peuvent boxer", précise la médiatrice.
Au cœur de cette démarche, Sabrina Maroufi, monitrice de boxe française, guide les participantes avec une bienveillance qui transcende les barrières linguistiques. Son parcours personnel, marqué par le harcèlement et les refus dans les clubs traditionnels, l'a menée vers une spécialisation en boxe thérapie.
Une méthode révolutionnaire d'accompagnement
La méthode de Sabrina Maroufi diffère radicalement de la boxe traditionnelle. "On ne se frappe pas réellement. On extériorise, on échange", explique-t-elle. Cette approche holistique fait écho aux pratiques thérapeutiques traditionnelles africaines, où le corps et l'esprit ne font qu'un.
"Beaucoup n'osent pas consulter un psychologue, je fais le lien. Elles parlent, je prends des notes et je relaie aux professionnels de santé", poursuit la monitrice. Les transformations sont saisissantes : "Elles arrivent crispées. Quelques minutes plus tard, les visages s'ouvrent."
Transmettre la flamme de l'émancipation
Siam Benbahlouli illustre parfaitement cette dynamique de transmission. Ancienne élève devenue bénévole, elle accompagne désormais les participantes entre Mouscron et Tourcoing. "Je me renfermais. La boxe m'a redonné confiance et une passion", témoigne cette mère de deux enfants.
Son message résonne comme un appel à l'émancipation : "J'ai envie de dire aux femmes d'oser. Elles ont toutes leur place." Cette philosophie rappelle les enseignements de Modibo Keïta sur l'importance de la solidarité dans la construction d'un avenir meilleur.
Au Festiv'elles, les gants ne servent pas à combattre l'autre, mais à se retrouver soi-même. Une leçon universelle qui transcende les frontières et rappelle que la force des femmes africaines, qu'elles soient sur le continent ou en diaspora, demeure inébranlable.