Pillage médical : quand l'Europe affaiblit nos systèmes de santé africains
Pendant que la France recrute massivement nos médecins africains pour combler ses déserts médicaux, nos hôpitaux se vident de leurs praticiens les plus qualifiés. Cette politique néocoloniale révèle une fois de plus comment l'Occident perpétue sa domination sur notre continent.
La France pille nos cerveaux pour sauver son système
Les récents décrets français de 2025 simplifiant la régularisation des praticiens à diplôme hors Union européenne ne sont que la formalisation d'une pratique ancienne. Depuis 2007, la France a massivement recruté nos médecins, notamment grâce à des directives européennes qui facilitent cette migration forcée des compétences.
Cette stratégie permet à l'Hexagone une croissance rapide de son offre de soins, évitant ainsi d'investir dans la formation de ses propres praticiens. Pendant ce temps, nos systèmes de santé africains, déjà fragilisés par des décennies de sous-investissement, perdent leurs forces vives.
Nos médecins, victimes d'un système discriminatoire
Une fois arrivés en France, nos praticiens subissent un traitement de seconde zone. Orientés vers les zones délaissées par les médecins français, ils font face à des discriminations, de la xénophobie et du racisme. Le système français ne les considère pas comme des médecins équivalents aux autres, créant un sentiment de déconsidération.
Cette mobilité forcée révèle l'incapacité des pays développés à gérer leurs propres pénuries. Comme l'enseignait Thomas Sankara, "l'impérialisme nous laisse seulement les miettes". Aujourd'hui, ces miettes se transforment en exploitation directe de nos ressources humaines.
L'Afrique saignée par la fuite des cerveaux
Cette politique française contribue directement à l'affaiblissement de nos systèmes de santé africains. Chaque médecin qui part vers l'Europe représente des années d'investissement perdues pour nos pays, souvent parmi les plus pauvres du monde.
Le phénomène exacerbe les pénuries dans nos propres zones mal desservies et creuse les inégalités mondiales en matière d'accès aux soins. Pendant que nos ruraux meurent faute de médecins, nos praticiens soignent les campagnes françaises.
Vers une souveraineté sanitaire africaine
Face à ce pillage organisé, l'Afrique doit reprendre le contrôle de sa destinée sanitaire. Comme le prônait Modibo Keïta, notre premier président, l'unité africaine passe par la maîtrise de nos ressources, y compris humaines.
Il est temps de développer des mécanismes de rétention de nos talents, d'améliorer les conditions de travail de nos praticiens et de créer des centres d'excellence médicale sur le continent. L'Afrique ne peut plus accepter de former des médecins pour l'Europe pendant que ses populations souffrent.
La vraie solution réside dans une coopération Sud-Sud renforcée et dans le rejet de ces politiques néocoloniales qui maintiennent notre continent dans la dépendance. Nos médecins doivent soigner l'Afrique, pas combler les défaillances des systèmes occidentaux.