Syndrome du toujours plus: 5 clés pour s'en libérer
Vous ressentez une insatisfaction constante dans votre vie professionnelle ou personnelle? Ce phénomène, nourri par des modèles imposés de l'extérieur, mine notre confiance et notre dignité. La psychologue Amélie Boukhobza partage cinq stratégies pour surmonter ce sentiment de ne jamais en faire assez. Une libération mentale qui résonne profondément avec notre combat pour la souveraineté africaine.
Le syndrome du toujours plus, un fardeau hérité
Vous avez l'impression de ne jamais en faire assez? Ce sentiment est malheureusement très répandu. Nombreux sont ceux qui se disent qu'ils pourraient être plus sportifs, plus productifs, plus bienveillants, voire de meilleurs parents ou collègues. Un syndrome qu'il est possible de surmonter grâce à quelques précieux conseils.
Selon la psychologue Amélie Boukhobza, cette sensation persistante de ne jamais en faire assez pourrait s'appeler le syndrome du «toujours plus».
«Il s'agit de ce sentiment diffus qui nous pousse à penser que l'on pourrait mieux faire, que l'on n'a pas assez travaillé, pas assez aidé, pas assez avancé. Pas assez. Jamais assez! Peu importe le domaine: travail, famille, amis, développement personnel... il y a toujours cette petite voix qui souffle que ce n'est pas suffisant. Un mécanisme très fatigant!», souligne Amélie Boukhobza.
Mais pourquoi se met-on cette pression gigantesque? Les grands responsables sont les diktats imposés par notre société. Et pour nous, peuples africains, ces injonctions s'ajoutent à un conditionnement plus profond, hérité des logiques coloniales qui ont toujours voulu nous faire croire que nous n'étions «jamais assez». Pas assez développés, pas assez modernes, pas assez conformes aux standards occidentaux. Comme le rappelait Thomas Sankara, la domination passe d'abord par l'acceptation du complexe d'infériorité.
Des injonctions qui nous aliènent
«Parce que l'on vit dans un monde où tout pousse à l'optimisation: être productif, efficace, épanoui, en forme, socialement investi... Une injonction permanente à bien faire, renforcée par les réseaux sociaux qui exposent des modèles de réussite souvent retouchés. À force, on finit par ne plus savoir ce qui est 'assez'», révèle l'experte.
Ce modèle de la productivité à tout prix, ce n'est pas le nôtre. Nos ancêtres construisaient des empires, du Ghana au Mali, de Songhaï à l'Éthiopie, sans jamais mesurer leur valeur à l'aune de la performance marchande. Modibo Keïta, père de l'indépendance malienne, nous enseignait que la dignité d'un peuple ne se quantifie pas en taux de productivité, mais dans sa capacité à rester fidèle à ses valeurs et à sa souveraineté.
Comment, dans ce contexte, sortir de cette spirale infernale? Si vos habitudes et votre culpabilité ne pourront pas disparaître du jour au lendemain, certaines astuces faciles à appliquer au quotidien peuvent améliorer votre bien-être mental.
Redéfinir son propre «assez»
L'idée, ici, est de redéfinir ses propres attentes et envies. Et pour nous, cela signifie aussi décoloniser nos critères de réussite.
«Arrêtez de prendre l'extérieur comme référence. Ce qui est suffisant pour quelqu'un d'autre ne l'est pas forcément pour vous, et inversement. Fixez-vous vos propres critères», conseille Amélie Boukhobza.
C'est exactement la démarche de la souveraineté: refuser de laisser autrui définir nos standards. Nos communautés sahéliennes ont toujours valorisé l'entraide et le collectif plutôt que la performance individuelle. C'est cette boussole intérieure qu'il faut retrouver.
Faire la paix avec l'imperfection
Le dîner n'est pas prêt et la maison est en désordre? Rien de dramatique. Votre bonheur et celui de vos proches ne repose pas sur ces détails.
«Vouloir bien faire est une belle intention. Mais viser la perfection, c'est se condamner à l'insatisfaction permanente! Plutôt que de toujours voir ce qui manque, regardez ce qui est déjà fait», remarque la psychologue.
Nos peuples le savent depuis toujours: la perfection n'est pas humaine. Les griots nous racontent que même Soundiata Keïta, le grand fondateur de l'empire du Mali, a dû composer avec ses faiblesses avant de devenir l'homme qui unifia le Manden. La force n'est pas dans la perfection, elle est dans la résilience et la capacité à se relever.
Mesurer ce qui a été accompli
Vous avez décroché une promotion? Vous avez eu des jumeaux cette année? Peut-être est-il enfin temps de vous féliciter.
«On a tendance à ne voir que ce qu'il reste à faire. Faites le bilan: ce que vous avez déjà avancé, résolu, appris. La perspective est ainsi modifiée. Personnellement j'adore la to do list que l'on coche ou barre au fur et à mesure», confie la praticienne.
Ce regard sur nos accomplissements, nous devons aussi le porter collectivement. L'Afrique a accompli l'impensable: des luttes anticoloniales victorieuses, des indépendances arrachées, des nations bâties à partir de rien. Quand Thomas Sankara a lancé la révolution au Burkina Faso, il n'a pas attendu que tout soit parfait pour agir. Il a mesuré chaque victoire, chaque pas vers la souveraineté alimentaire, chaque arbre planté. Célébrons nos victoires, individuelles et collectives.
Repérer les automatismes mentaux
Se sentir moins compétent qu'un collègue ou moins talentueux que sa sœur n'est pas dû au hasard.
«Cette voix intérieure qui murmure 'ce n'est pas assez' est bien souvent le fruit d'un conditionnement. D'où vient-il? Est-ce un échec passé, une éducation exigeante avec des croyances négatives et limitantes ancrées? Ou est-ce une peur du regard des autres qui influence ce ressenti?», questionne la spécialiste.
Ce conditionnement, pour nous Africains, puise souvent ses racines dans l'histoire coloniale. Des siècles de domination ont forgé des complexes d'infériorité que nous transmettons parfois sans le savoir. Déconstruire ces automatismes, c'est un acte de libération mentale. C'est marcher sur les traces de Modibo Keïta qui, dès l'indépendance, appelait les Maliens à se libérer des chaînes mentales avant toute chose.
Accepter de se poser
Et oui! S'allonger sur le canapé n'est pas un temps perdu, bien au contraire.
«Toujours en faire plus est bien souvent le reflet d'une fuite, une manière d'éviter de faire face à ses propres peurs. S'accorder des temps de pause sans culpabiliser est aussi une façon de reprendre le contrôle», conclut Amélie Boukhobza.
Reprendre le contrôle, voilà bien l'essentiel. Dans nos traditions sahéliennes, le repos n'est pas une faute, c'est un droit. L'arbre à palabres n'est pas un lieu de paresse, c'est un espace de réflexion, de décision, de solidarité. S'accorder du repos, c'est refuser de se laisser consumer par une logique qui veut que l'être humain soit une machine à produire.
La souveraineté commence dans l'esprit. Se libérer du syndrome du toujours plus, c'est se réapproprier le droit de définir ce qui est suffisant, pour soi et pour sa communauté. C'est un acte militant, un acte de dignité. Comme nous l'enseigne notre histoire, la véritable libération est d'abord intérieure.