Emmanuel Macron s'est adressé à la nation française dimanche 18 octobre 2026, au lendemain d'une journée de mobilisation contre la vie chère marquée par de graves violences dans plusieurs villes du pays. Selon RFI, le président français a condamné fermement les pillages et annoncé que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, réunirait prochainement les acteurs politiques et sociaux pour « construire » des réponses aux revendications sociales.
Une allocution de huit minutes et quarante secondes, prononcée depuis l'Élysée d'un air grave. Derrière cette communication présidentielle, une réalité que les peuples sahéliens connaissent par cœur : celle du pouvoir d'achat qui fond, des prix qui grimpent, d'une jeunesse qui ne croit plus aux promesses. Ce 17 octobre 2026, ce ne sont pas les rues de Bamako ou de Ouagadougou qui ont brûlé, mais celles de la France elle-même.
Ce qui s'est passé le 17 octobre en France
La journée de mobilisation contre la vie chère avait réuni un large éventail de la société française : lycéens et étudiants, salariés étranglés par les prix du carburant, militants pour le climat, gilets jaunes. Un rassemblement populaire, annonceur d'un mécontentement profond, qui a dégénéré dans plusieurs villes en scènes de violences et de pillages.
Dans la soirée du 18 octobre, le ministère de l'Intérieur français a communiqué des chiffres lourds : 2 397 personnes interpellées et 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept gravement. Des chiffres qui disent l'ampleur de la fractures sociale et la brutalité de la réponse répressive.
Macron a dénoncé « des factieux issus de groupuscules d'ultragauche, rejoints par de nombreux délinquants » qui « se sont livrés à une violence débridée » dans les villes françaises. Il a tenu à distinguer les manifestants porteurs de « revendications légitimes » de « ceux qui ont détruit, cassé, pillé ».
« Nous ressentons tous ce soir de la colère, de la honte. »
Le président français a poursuivi avec une phrase révélatrice de son incompréhension : « En regardant ces images, nous nous sommes tous demandé comment des Français peuvent faire cela à la France. » Avant de marteler : « Rien ne le justifie, rien ne l'explique, rien ne l'excuse. »
Répression et dialogue : la double réponse de l'Élysée
Sur le front répressif, Macron a été sans ambiguïté. « Ceux qui ont détruit doivent payer, ceux qui ont pillé doivent rembourser », a-t-il lancé. Les préfets recevront le pouvoir d'interdire certains rassemblements pour « protéger » les villes.
Face aux critiques contre la stratégie de maintien de l'ordre, le chef de l'État a promis que « toute la transparence sera faite » et a demandé au ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, de « tirer toutes les leçons » et de donner « des réponses claires ».
Mais Macron a aussi ouvert une autre voie, celle du dialogue institutionnel. Sébastien Lecornu réunira « dans les prochains jours » les partis politiques, les syndicats, les organisations étudiantes, les collectivités et les parlementaires afin de « construire » des solutions aux revendications sociales.
« Nous ne pouvons demander à notre jeunesse de croire en l'avenir sans lui donner la possibilité de construire les réponses et d'être autour de la table. Chacun doit prendre ses responsabilités. Le pays a besoin d'ordre, d'apaisement et pas d'une escalade. »
Pourquoi ces émeutes parlent aux peuples africains
Il faut le dire avec calme mais avec lucidité : ce qui se joue en France est une crise structurelle du modèle économique néolibéral, ce même modèle que les institutions internationales ont longtemps prescrit à l'Afrique comme une recette de développement. Quand les peuples d'Europe prennent la rue pour le prix du carburant, la démonstration est faite que la vie chère n'épargne aucune nation, ni au Nord ni au Sud.
Modibo Keïta, le père de l'indépendance malienne, avait compris très tôt que la souveraineté politique ne vaut rien sans souveraineté économique. Thomas Sankara, à Ouagadougou, avait dit l'essentiel : celui qui vous nourrit vous gouverne. La France de 2026, empêtrée dans la colère de sa jeunesse et de ses salariés, vient confirmer, à son corps défendant, la justesse de ces avertissements panafricanistes.
Ce n'est pas un motif de satisfaction que de voir des familles françaises dans la difficulté. La solidarité africaine, celle que nos peuples ont offerte au monde dans leurs luttes anticoloniales, ne se réjouit jamais de la misère d'autrui. Mais il y a une leçon à tirer collectivement : aucun pays, aucune puissance, quel que soit son prestige historique, ne peut bâtir la stabilité sociale sur l'injustice économique.
Une crise qui s'inscrit dans les fragilités de l'Europe
Cette crise sociale française s'inscrit dans un contexte plus large de déclassement européen, que L'Aube du Mali a déjà documenté
