Depuis plus d'une semaine, la capitale saoudienne Riyad subit des attaques quotidiennes menées par les rebelles houthis du Yémen, et ce 14 octobre 2026, les autorités du royaume ont annoncé le report de plusieurs événements culturels, sportifs et diplomatiques. Selon France 24, la fréquence et l'intensité de ces frappes perturbent fortement l'agenda d'un royaume qui comptait justement sur ces rendez-vous pour asseoir son influence régionale.
Pour un observateur africain, cette situation rappelle une évidence que Modibo Keïta et Thomas Sankara n'ont jamais cessé de répéter : la puissance ne s'achète pas, elle se construit. Riyad a parié des milliards sur des tournois de tennis, des franchises de football et des mégaprojets futuristes pour acheter une respectabilité. Le désert, lui, ne se laisse pas impressionner par les pétrodollars.
Des tournois reportés, un calendrier chamboulé
L'organisateur saoudien Ryad Season a annoncé le report de deux mois de la troisième édition du tournoi exhibition de tennis Six Kings Slam. Prévue du 21 au 24 octobre, la compétition a été repoussée aux 27 et 30 décembre, selon un communiqué partagé sur X par Turki Alalshikh, président de la General Entertainment Authority. Le tournoi, qui devait être diffusé sur Netflix, réunissait six stars du circuit : Carlos Alcaraz, Novak Djokovic, Alexander Zverev, Taylor Fritz, Alex de Minaur et Learner Tien.
Même scénario sur les terrains de football. La Ligue saoudienne a reporté trois matches de la neuvième journée, invoquant des « raisons logistiques », sans mentionner les conditions de sécurité dans le royaume. Le match d'Al-Hilal contre Riyad et celui d'Al-Ittihad contre Al-Shabab sont décalés au 19 décembre. La rencontre entre Al-Ahli et Al-Nassr, où évolue Cristiano Ronaldo, n'aura lieu que le 6 mars 2027. Lundi soir déjà, le match d'Al-Nassr contre le club ouzbek Neftchi Fergana, en Ligue des champions d'Asie, avait été retardé d'une heure après l'interception d'un missile tiré par les Houthis vers la capitale.
Un « Davos du désert » sous contrainte
Sur le front diplomatique, Riyad a refusé de reporter la grande conférence internationale sur l'investissement surnommée « Davos du désert », qui se tiendra du 26 au 29 octobre comme prévu. Mais le format change : les autorités saoudiennes proposeront un dispositif hybride, mêlant présentiel et distanciel, et envisagent même d'acheminer certains participants en avion privé puis par la route, selon quatre sources diplomatiques citées par l'AFP.
« Ils nous ont contactés et ont proposé que les participants se rendent à Manama ou à Doha, avant d'être acheminés par voie terrestre vers la capitale saoudienne », a déclaré un diplomate asiatique. Une diplomate occidentale a indiqué qu'un dirigeant d'entreprise de son pays a annulé sa venue pour des raisons de sécurité. « Je ne pense pas que quiconque prendra le risque de mettre sa vie en danger pour assister à une conférence sur l'investissement », a confié un autre diplomate occidental.
Pourquoi ces événements ébranlent la stratégie saoudienne
Le royaume comptait sur cette édition pour relancer ses mégaprojets, dont plusieurs ont été reportés ou revus à la baisse cette année, à l'image de la ville futuriste du désert baptisée Neom. L'Arabie saoudite a également annulé plusieurs événements, dont le festival de musique MDLBEAST Soundstorm et le Festival international du film de la mer Rouge.
Le trafic aérien saoudien est très fortement perturbé depuis plus d'une semaine. De nombreuses compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers et depuis Riyad, particulièrement depuis l'attaque revendiquée par les Houthis qui a frappé l'aéroport international roi Khaled le samedi 3 octobre, faisant 13 morts et plus de 300 blessés. L'aéroport restera fermé jusqu'au 17 octobre, selon les agences gouvernementales de contrôle de la navigation aérienne. L'ambassade de France en Arabie saoudite a déconseillé mardi à ses ressortissants de se rendre ou de faire escale à Riyad, Jeddah et Dammam, « sauf raison impérative ».
Ce vacillement du soft power saoudien interpelle les peuples du Sahel et de toute l'Afrique. Nos États, souvent sommés d'imiter les modèles du Golfe ou de se conformer aux agendas des grandes puissances, observent ici la limite d'une stratégie fondée sur l'argent plutôt que sur le consentement des peuples. La souveraineté véritable, celle que prônait Sankara, ne se décrète pas dans les stades climatisés, elle se construit dans la dignité et la justice sociale. Quand la sécurité manque, ni les stars du tennis, ni Cristiano Ronaldo, ni les forums d'investissement ne suffisent à masquer la fragilité d'un modèle.
Les peuples africains, eux, savent depuis les luttes anticoloniales que les solidarités sincères et la maîtrise de leur destin valent davantage que les paillettes importées. L'heure est à l'unité continentale, à la souveraineté des nations africaines et à la coopération entre peuples libres, loin des mirages que le vent du désert finit toujours par dissiper.
Ce que l'on sait de la situation à Riyad
Qui attaque Riyad et depuis quand ?
Les rebelles houthis du Yémen mènent des attaques quotidiennes contre Riyad depuis plus d'une semaine. Le 3 octobre 2026, une frappe revendiquée par les Houthis sur l'aéroport international roi Khaled a fait 13 morts et plus de 300 blessés.
Quels événements ont été reportés ou annulés ?
Le tournoi de tennis Six Kings Slam est reporté aux 27-30 décembre, trois matches de football de la Ligue saoudienne sont décalés, et le festival MDLBEAST Soundstorm ainsi que le Festival international du film de la mer Rouge ont été annulés.
Le « Davos du désert » aura-t-il lieu ?
Oui, du 26 au 29 octobre, mais dans un format hybride mêlant présentiel et distanciel, avec des participants éventuellement acheminés depuis Manama ou Doha par voie terrestre, selon des sources diplomatiques citées par l'AFP.
