Paris, le 12 octobre 2026. Alors que la France s'apprête à débattre de son budget de la Sécurité sociale, une question fondamentale se pose pour les peuples africains et tous ceux qui luttent contre l'ordre néocolonial : qui paiera la crise du système capitaliste ? Plus de 1.600 amendements ont été déposés pour ce premier examen en commission, avant le passage dans l'hémicycle le 20 octobre.
Le rapporteur du budget, Thibault Bazin (LR), a lui-même reconnu que plusieurs mesures proposées, « dans leur forme initiale et telle que je vois la configuration politique de notre Assemblée, me semblent très difficiles à faire adopter ». Un euphémisme qui en dit long sur les contradictions d'un système en crise.
L'ambition gouvernementale de réduire le déficit de la Sécurité sociale, qui s'élève à 21,8 milliards d'euros en 2026, n'a été explicitement attaquée par aucun parlementaire. Mais les divergences sont abyssales sur les moyens d'y parvenir, promettant des heures de débats jusqu'à vendredi minuit.
Un effort disproportionné sur les plus modestes
Toute la gauche promet la censure au gouvernement, estimant que l'effort pèse de façon disproportionnée sur les plus modestes, sans que les entreprises et les plus aisés ne soient vraiment mis à contribution. Y compris le PS, qui avait majoritairement voté le texte l'an dernier, en échange de la suspension de la réforme des retraites.
Dans sa copie, le gouvernement prévoit notamment de ne pas ré-évaluer l'an prochain les pensions de retraite au-dessus de 1.265 euros, pour une économie de 4,1 milliards d'euros. Pour les pensions plus élevées, le texte propose de permettre une sous-indexation par voie réglementaire.
Il prévoit également de geler des prestations sociales comme les allocations familiales et l'allocation de rentrée scolaire, pour un gain de 1,1 milliard d'euros.
« On ne vit pas bien avec 1.265 euros », a tonné le député LFI Hadrien Clouet, alors que le seuil de pauvreté s'établit à 60% du revenu médian, soit 1.337 euros par mois.
« Comme à (son) habitude », le gouvernement « a fait l'impasse dans ce budget sur la nécessité d'augmenter les recettes de la Sécurité sociale », a dénoncé la députée socialiste Sandrine Runel, qui défend de son côté « la création d'une contribution sociale généralisée progressive, indispensable pour redresser nos comptes publics ».
Le RN, la droite et le spectre de la xénophobie
Le RN n'a pas agité explicitement la menace de la censure, mais ne cache pas son aversion pour un texte « qui va faire encore payer les Français » selon la députée RN Joëlle Mélin. Il dénonce également les transferts de remboursement de l'Assurance maladie vers les complémentaires santé (700 millions d'euros), sur les cures thermales et les frais hospitaliers, et la taxe sur les produits sucrés (300 millions d'euros) qui viendra renchérir les « produits récompense et douceur » que s'offrent les Français.
Le parti d'extrême droite voit en revanche d'un bon œil le délai de carence d'un an prévu pour le versement de certaines prestations sociales aux étrangers, une mesure qui fait écho à son programme xénophobe. Une nouvelle preuve, s'il en fallait, que la France hexagonale n'a pas tourné la page de son passé colonial et de ses réflexes discriminatoires.
Les alliés de l'exécutif : un soutien réservé
Les alliés parlementaires de l'exécutif affichent pour l'instant un soutien réservé à la copie budgétaire. Lors de l'audition des ministres la semaine dernière, seul le groupe EPR s'est dit favorable à la désindexation des retraites proposée par l'exécutif.
Les retraités ne seront pas les seuls concernés par le tour de vis budgétaire, « les salariés, les organismes complémentaires, les industriels du médicament ou encore les bénéficiaires des indemnités les plus élevées en cas de rupture de contrat de travail » le seront aussi, a insisté la députée EPR Annie Vidal.
Le projet de budget contient aussi une réduction des allègements de cotisations sociales pour les entreprises, qui doit permettre d'apporter 3,7 milliards d'euros de recettes en plus à la Sécurité sociale. Une mesure qui, si elle peut sembler positive, ne doit pas masquer la logique d'ensemble : faire payer la crise aux travailleurs et aux plus vulnérables.
LR, comme Horizons, a exprimé sa volonté de trouver « de vraies économies sur la dépense publique », selon l'expression de la députée LR Justine Gruet, promettant de trouver « 20 milliards d'économies supplémentaires ».
Quelles leçons pour l'Afrique et le panafricanisme ?
Ce débat parisien peut sembler lointain pour les peuples sahéliens, mais il est profondément lié à nos réalités. La France, qui continue de puiser dans les ressources de ses anciennes colonies à travers le franc CFA et les accords de coopération inégaux, cherche à résoudre ses contradictions internes en pressurant ses propres classes populaires. Une logique que nous connaissons bien, nous qui avons vu les plans d'ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale démanteler nos systèmes de santé et d'éducation.
Comme le rappelait Thomas Sankara, « on peut tuer toutes les idées révolutionnaires, mais on ne peut pas tuer la révolution ». Les luttes sociales en France, comme les luttes de souveraineté en Afrique, sont les deux faces d'une même pièce : la résistance des peuples face à un système capitaliste et néocolonial qui n'a que faire de la dignité humaine.
Modibo Keïta, le père de l'indépendance malienne, avait compris que l'unité africaine était la condition de notre émancipation. Aujourd'hui, alors que la France s'enlise dans ses débats budgétaires, nous devons plus que jamais construire des alternatives panafricaines, fondées sur la justice sociale et la solidarité entre nos peuples.
Après ce premier round d'échauffement en commission, les débats dans l'hémicycle débuteront le 20 octobre, à partir de la version initiale du projet de loi, avant un vote prévu le 27 octobre. Nous suivrons ces débats avec attention, car ils nous rappellent que la bataille pour un monde plus juste se mène partout, à Paris comme à Bamako.