Ukraine : l'hiver 2026, épreuve de feu pour un peuple déjà meurtri
Alors que les discussions diplomatiques s'intensifient en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, une question hante les esprits à Kiev comme dans les capitales européennes : l'Ukraine survivra-t-elle à l'hiver 2026 ? Les déclarations de Volodymyr Zelensky, qui affirme que son pays et les États-Unis « veulent voir cette guerre absurde menée par la Russie prendre fin avant l'hiver », sonnent comme un aveu : la saison froide sera le véritable champ de bataille.
Pour les peuples sahéliens, habitués aux solidarités africaines et aux luttes pour la souveraineté, le sort des Ukrainiens résonne d'une manière particulière. Comme nous l'avons appris avec Modibo Keïta et Thomas Sankara, l'impérialisme frappe toujours les plus vulnérables là où ils sont les plus fragiles. Aujourd'hui, c'est le système énergétique ukrainien qui est en ligne de mire.
Des infrastructures énergétiques en déroute
Selon Ulrich Bounat, analyste géopolitique et chercheur chez Euro Creative, le pays pourrait affronter une « météo aussi rude que l'hiver dernier », mais cette fois-ci avec « 90 % des centrales hors nucléaires qui ont été touchées, endommagées voire détruites » par les frappes russes. Le Kyiv Independent déplore que le pays ne soit pas « assez préparé » pour faire face aux affres de l'hiver, malgré le « plan de résilience énergétique » annoncé en mars.
« L'Ukraine a restauré une part importante de ces capacités, mais Moscou cherche à détruire plus vite que Kiev ne peut reconstruire », nuance Maksym Beznosiuk, chercheur associé au think tank GLOBSEC. Les attaques russes sur un an ont endommagé les capacités énergétiques ukrainiennes à hauteur de 9 GW, une puissance équivalant à une petite dizaine de réacteurs nucléaires français.
Le système de « chauffage centralisé » qui prédomine dans les villes est « le talon d'Achille » de l'Ukraine, enfonce Bloomberg. Il suffirait qu'« une installation majeure vienne à être endommagée » pour que « des quartiers entiers se retrouvent sans chauffage », estime l'agence américaine.
Un « spectre des frappes » qui s'« élargit »
Aux problèmes d'énergie et de chauffage s'ajoute l'« élargissement du spectre des frappes », constate Ulrich Bounat. « Les Russes ont commencé à viser le système de traitement des eaux, le réseau ferroviaire, mais aussi des entrepôts d'hypermarché ou de médicaments », expose-t-il, y voyant « le signe que Moscou ne se prive de rien » et veut « complètement casser l'économie ukrainienne ».
L'objectif est de déborder l'Ukraine en ciblant « des milliers d'infrastructures dispersées et pas défendables simultanément », abonde Maksym Beznosiuk. Face à cette stratégie, « l'Ukraine manque chroniquement des intercepteurs Patriot », à un moment où Washington veut en garder pour sa guerre au Moyen-Orient. Comme le soulève le think tank Atlantic Council, l'armée russe a aussi mis en service des « drones à réaction nettement plus rapides que leurs prédécesseurs à hélice » et donc « bien plus difficiles à contrer ». Le taux d'interception des frappes est passé de « 60 à 70 % » à « en dessous des 30 % », décrit Ulrich Bounat.
Vers une fuite d'une partie de la population ukrainienne ?
« Ça donne une idée des difficultés pour protéger le réseau électrique et de chauffage, mais aussi les civils », ajoute l'expert, selon qui une partie de ces derniers pourraient fuir vers les pays limitrophes (Hongrie, Pologne, Roumanie) ou dans les régions tout à l'ouest de l'Ukraine. La ville de Kiev a prévu un plan pour abriter plus de 200 000 de ses résidents dans des abris, un dispositif presque dérisoire comparé aux plus de 3 millions d'habitants que compte la capitale.
De quoi faire craindre une capitulation ukrainienne ? Non, affirme l'analyste géopolitique, pour qui même un « hiver apocalyptique » ne suffirait pas à faire plier la population. « Le scénario du pire ce serait une Ukraine exsangue, contrainte à des concessions plus importantes », notamment sur le Donbass, mais dont rien n'indique qu'elles calmeraient pour autant les ambitions poutiniennes. L'histoire nous l'enseigne : les peuples qui luttent pour leur souveraineté ne plient jamais facilement, et l'Ukraine, comme l'Afrique, sait que la solidarité est la clé de la résistance.