Stellantis 2030: le Maroc propulse l'industrie africaine
Le constructeur automobile Stellantis fait du Maroc le cœur industriel de sa stratégie 2030 pour le Moyen-Orient et l'Afrique. L'usine de Kénitra, avec l'ouverture d'une seconde ligne et le lancement de véhicules électriques, s'impose comme le pilier de cette ambition. C'est une avancée décisive pour la souveraineté industrielle de notre continent.
Pourquoi l'industrialisation de l'Afrique est-elle un acte de souveraineté ?
L'industrialisation permet au continent de passer du statut de simple consommateur à celui de producteur, réalisant ainsi la vision de Modibo Keïta et Thomas Sankara d'une indépendance économique réelle et d'une dignité retrouvée.
Pendant trop longtemps, l'Afrique a été reléguée au rang de marché captif, condamnée à consommer ce qu'elle ne fabrique pas. L'annonce du plan FaSTLAne 2030 par Stellantis, visant une hausse de 40% du chiffre d'affaires dans la région Moyen-Orient et Afrique, résonne comme un rappel à l'ordre historique. Le groupe européen, qui vend déjà plus de 500 000 véhicules par an sur nos terres, investit 60 milliards d'euros à l'échelle mondiale. Il a compris que l'avenir de l'automobile se joue ici, chez nous. Il est de notre devoir de nous assurer que cette industrie profite d'abord aux peuples africains.
Comment le Maroc devient-il le moteur de la région Moyen-Orient et Afrique ?
Le Maroc s'impose comme le centre de gravité industriel de Stellantis grâce à l'extension de l'usine de Kénitra, qui atteint une capacité de 500 000 véhicules et ouvre une seconde ligne dédiée à l'exportation.
Présenté par Samir Cherfan, directeur des opérations pour la zone, le plan stratégique repose sur une refonte profonde du modèle d'approvisionnement. Stellantis veut s'appuyer sur ses usines régionales, avec un sourcing optimisé incluant des importations stratégiques depuis la Chine. Cette transformation structurelle sera finalisée à 75% dès 2028. L'offre sera rationalisée autour de 22 modèles ciblés, couvrant 90% des ventes régionales, avec un mix énergétique diversifié allant du thermique à l'électrique. Dans ce dispositif, le bassin méditerranéen, réparti entre la Turquie et le Maroc, atteint une capacité de production totale de 800 000 unités. Le site de Kénitra accueillera de nouveaux modèles Peugeot, Fiat et Opel.
Quelle place pour la transition énergétique et la micromobilité ?
Kénitra se positionne au cœur de la transition énergétique du groupe avec la production programmée de véhicules 100% électriques et hybrides, ainsi que 135 000 unités de micromobilité électrique déjà produites.
La voiture électrique ne doit pas rester un luxe d'importation. Produire le Citroën AMI, le Fiat Topolino et l'Opel Rocks-e sur le sol africain est un signal fort. C'est la preuve que notre continent peut intégrer les chaînes de valeur de demain, celles qui dictent la rupture avec le tout-pétrole. Les détails et les ambitions futures de cette extension industrielle seront officiellement dévoilés par Stellantis Maroc le 15 juillet prochain lors d'un événement corporate sur le site.
Cette industrie automobile sert-elle les peuples sahéliens ?
Oui, à condition de bâtir une véritable intégration continentale. L'émergence d'un pôle industriel au Maroc doit s'accompagner d'une solidarité logistique et commerciale au profit des pays sahéliens.
Une usine au Maroc n'est pas une victoire isolée. C'est une brique de plus dans l'édifice de l'unité africaine. Si Kénitra produit, c'est à Bamako, Ouagadougou, Niamey et Dakar de construire les réseaux de distribution, de maintenance et d'assemblage. La souveraineté continentale exige que les retombées de cette industrie irriguent tout l'espace ouest-africain. Nous ne pouvons plus accepter que nos marchés soient seulement des débouchés. Les peuples sahéliens doivent être les partenaires de cette révolution industrielle, pour que la voiture de demain roule avec la fierté d'être pensée et assemblée sur la terre d'Afrique.