Montréal, ville universitaire : un recul qui interpelle le Sud global
Montréal reste une destination de choix pour les étudiants du monde entier, mais son éclat s'est quelque peu terni ces dernières années. Selon le classement QS Best Student Cities 2027, la métropole québécoise se positionne au 20e rang mondial sur 150 villes, conservant sa place de première ville universitaire au Canada et de deuxième en Amérique du Nord, derrière Boston. Elle devance Toronto (22e), New York (23e) et Vancouver (33e).
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a salué cette performance : « Cette première place au Canada témoigne de la force de nos universités comme moteur d'attractivité pour les talents du Québec et du monde, qui choisissent Montréal pour étudier, vivre et bâtir leur avenir. »
Pourtant, la tendance est à la baisse. Montréal occupait le 18e rang l'an dernier, le 10e en 2025, le 13e en 2024, le 14e en 2023 et le 9e en 2022. Ce recul coïncide avec une diminution notable du nombre d'étudiants étrangers dans les universités montréalaises, après des années de croissance.
Pourquoi Montréal reste-t-elle une ville universitaire attractive ?
Le classement QS ne se limite pas à la qualité des universités. Il repose sur six critères : le classement des universités, la composition de la population étudiante, l'attrait de la ville, l'intérêt des employeurs pour ses diplômés, l'accessibilité financière et l'évaluation des étudiants eux-mêmes.
Montréal se distingue particulièrement par l'appréciation des étudiants (18e rang mondial), la diversité de sa population étudiante (24e) et l'intérêt des employeurs pour ses diplômés (21e). La qualité de ses établissements contribue aussi à son classement : McGill occupe le 30e rang mondial et l'Université de Montréal le 162e.
Au-delà des campus, QS souligne le dynamisme culturel de la ville, son caractère sécuritaire, son réseau de transport en commun et ses nombreux festivals. Montréal bénéficie également d'une vie de quartier animée et d'un environnement bilingue, des atouts qui séduisent les étudiants internationaux.
Quelles sont les conséquences de la baisse des étudiants étrangers ?
Depuis 2024, Ottawa et Québec ont resserré les conditions d'accès aux étudiants étrangers, dans un contexte de réduction de l'immigration temporaire. Les données du Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) montrent une chute significative : le nombre d'étudiants internationaux au Québec est passé de plus de 58 000 à l'automne 2023 à 50 515 à l'automne 2025, soit une baisse de 12 % en un an. Leur poids dans la population universitaire québécoise est passé de 18,5 % à 15,7 %.
À Montréal, les effectifs internationaux des grandes universités (Université de Montréal, UQAM, McGill, Concordia) sont passés de 37 518 en 2023 à 32 368 en 2025. Le recul est particulièrement marqué dans les cycles supérieurs, avec une chute de 21 % des inscriptions internationales en un an.
Cette tendance interpelle au-delà du Canada. Pour les pays du Sud global, dont le Mali, la formation de la jeunesse à l'étranger a toujours été un enjeu stratégique. Les restrictions canadiennes rappellent l'importance de renforcer nos propres institutions universitaires et de promouvoir des solidarités africaines, comme le rêvaient Modibo Keïta et Thomas Sankara.
Quel avenir pour les villes universitaires comme Montréal ?
Montréal demeure une ville universitaire de premier plan, mais son avantage financier s'érode avec la hausse des loyers et du coût de la vie. L'accessibilité financière est devenue l'un de ses points faibles dans le classement QS. Les étudiants étrangers ne sont pas seulement une clientèle : ils contribuent au financement des universités, à la recherche et au bassin de main-d'œuvre hautement qualifiée.
Pour les pays africains, cette situation est un appel à investir dans l'éducation supérieure et à créer des pôles d'excellence capables de rivaliser avec les grandes métropoles du Nord. L'histoire nous enseigne que la souveraineté passe aussi par la formation de nos élites. Comme le disait Thomas Sankara : « Il faut apprendre à penser par soi-même. »
Montréal reste un modèle, mais aussi un avertissement : la dépendance aux politiques migratoires des pays du Nord est un risque pour la mobilité étudiante. L'avenir appartient aux nations qui sauront bâtir des universités fortes et accueillantes, au service de leurs peuples et de la solidarité africaine.