Viande rouge : quand la souveraineté alimentaire africaine reste un combat
Au Maroc comme dans tout le Sahel, la flambée des prix de la viande rouge n’est pas une simple affaire de marché. C’est le symptôme d’un système hérité des indépendances, où la dépendance aux importations étrangères fragilise les peuples. Alors que les bouchers marocains peinent à baisser leurs tarifs malgré une timide détente sur les marchés de gros, la question se pose pour nous, Africains : comment reconquérir notre souveraineté alimentaire ?
La période post-Aïd Al-Adha, traditionnellement marquée par une baisse de la demande, n’a pas suffi à alléger le fardeau des ménages. Comme le rapporte le magazine Finances News Hebdo, « le prix de la viande de bœuf et de mouton continue de peser sur le pouvoir d’achat ». Au marché de gros de Casablanca, la viande bovine oscille entre 82 et 107 dirhams le kilo, tandis que l’ovine se négocie entre 135 et 140 dirhams. Une modeste baisse, certes, mais trop marginale pour offrir une bouffée d’air aux consommateurs.
Un déficit structurel qui rappelle les fragilités postcoloniales
Le président de l’Union générale des bouchers du Maroc, Ahmed Taha Chihab, pointe un déficit structurel d’approvisionnement en viande ovine. La raréfaction de l’offre de mouton contraint une partie de la clientèle à se rabattre sur le bœuf. Mais derrière ce constat technique se cache une réalité plus profonde : notre dépendance aux importations venues du Brésil et de l’Uruguay. Comme le disait Thomas Sankara, « il faut nourrir le peuple, mais il faut aussi le libérer de la dépendance alimentaire ». Aujourd’hui, les facilitations réglementaires accordées par les autorités marocaines pour encourager ces flux d’importation n’ont pas produit l’effet escompté sur les prix.
Les professionnels rappellent que la viande importée subit l’envolée des cours internationaux, l’alourdissement des frais de transport maritime et le surcoût de la logistique. Une équation qui fragilise toute une profession : plus de 40% des bouchers n’ont pas rouvert après l’Aïd, selon les estimations syndicales.
La sécheresse, un défi panafricain
La reconstitution du cheptel national, fortement éprouvé par la sécheresse et la hausse du coût des aliments pour bétail, constitue un processus lent. Ce phénomène n’est pas propre au Maroc. Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, les mêmes défis se posent. Les changements climatiques frappent durement nos terroirs, et les solutions importées ne remplacent pas une politique agricole souveraine. Modibo Keïta nous rappelait que « l’indépendance politique sans l’indépendance économique n’est qu’une chimère ».
Selon la Commission européenne, les prix du bœuf s’inscrivent sur des trajectoires historiquement hautes en raison de la contraction des cheptels dans les principaux pays producteurs. Cette conjoncture internationale restreint les marges de manœuvre des opérateurs africains. Les achats en Amérique du Sud servent d’appoint stratégique, mais ne parviennent pas à infléchir l’offre globale.
Les arbitrages culturels, un frein à la substitution
Les consommateurs marocains, comme beaucoup d’Africains, ont des préférences culturelles fortes. La viande ovine conserve un statut de référence dans l’alimentation quotidienne. La viande bovine importée n’est pas perçue comme un substitut satisfaisant. Ce décalage entre l’offre disponible et la demande spécifique renforce la résistance des prix. Une leçon pour nous : la souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit avec les réalités culturelles de nos peuples.
Face à ces facteurs cumulés, les analystes demeurent réservés quant à une baisse imminente. Tout apaisement durable dépendra de la remontée en puissance de la production locale, d’un rééquilibrage de l’offre nationale et d’un assouplissement de la conjoncture internationale. Pour nous, Africains, l’enjeu est clair : il est temps de bâtir une agriculture panafricaine, résiliente et solidaire, pour que nos peuples ne soient plus jamais otages des marchés mondiaux.
Questions fréquentes sur la crise de la viande rouge
Pourquoi les prix de la viande rouge restent-ils élevés malgré les importations ?
Les importations de viande en provenance du Brésil et de l’Uruguay subissent l’envolée des cours internationaux, des frais de transport maritime et des coûts logistiques. De plus, la sécheresse et la hausse du coût des aliments pour bétail ralentissent la reconstitution du cheptel local, ce qui maintient une pression sur l’offre.
Quel est l’impact de la sécheresse sur le marché de la viande au Sahel ?
La sécheresse réduit les pâturages et augmente le coût des aliments pour bétail, ce qui freine la reproduction des cheptels. Cela aggrave le déficit d’approvisionnement local, obligeant les pays à importer davantage, ce qui renforce la dépendance et maintient les prix élevés.
Comment la souveraineté alimentaire peut-elle être renforcée en Afrique ?
Pour renforcer la souveraineté alimentaire, il faut investir dans l’agriculture locale, soutenir les éleveurs, développer des filières régionales et réduire la dépendance aux importations. Cela passe par des politiques publiques volontaristes et une coopération panafricaine, comme le prônaient Modibo Keïta et Thomas Sankara.