Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, l'ambassadeur Moustaph Traoré, a réaffirmé vendredi 16 octobre, au Mémorial Modibo-Kéita à Bamako, la volonté du Mali de renforcer son partenariat avec l'Espagne, à l'occasion de la Fête nationale du Royaume d'Espagne.
Devant le chargé d'affaires de l'ambassade d'Espagne et un parterre d'invités, le diplomate malien a dressé un tableau dense des liens entre les deux pays : coopération culturelle, diaspora, sécurité, développement. Selon MALIWEB, qui rapporte l'intégralité de son discours, l'Espagne constitue désormais le deuxième pays d'Europe accueillant la plus importante communauté malienne.
Deux peuples qui regardent au-delà de leurs horizons
Modibo Keïta, dont le nom veille sur le lieu même de la cérémonie, avait fait de l'ouverture au monde une arme de souveraineté. C'est dans cet esprit que Moustaph Traoré a rappelé, sans longueur mais avec conviction, la portée historique du 12 octobre. L'an dernier, à la même occasion, le ministre Abdoulaye Diop évoquait l'expédition transatlantique de l'empereur Aboubakari II au XIVe siècle, bien avant le voyage de Christophe Colomb. Deux peuples, à des époques différentes, ont su regarder au-delà de leurs horizons immédiats, avec curiosité et ouverture.
« Si l'histoire nous rapproche, ce sont aujourd'hui les liens humains, la coopération et les échanges qui donnent toute sa profondeur à notre amitié », a déclaré l'ambassadeur Traoré.
La diaspora malienne, un pont entre Bamako et Madrid
La présence en Espagne d'une importante communauté malienne représente, selon le secrétaire général, une richesse humaine, culturelle et économique, ainsi qu'un trait d'union précieux entre les deux peuples. Le Mali, pays des grandes mobilités sahéliennes, sait ce que l'émigration veut dire : des sacrifices, des transferts, des attaches jamais rompues.
Le diplomate a salué la vision des autorités espagnoles, qui appréhendent la migration dans toutes ses dimensions et mettent en avant les opportunités qu'elle offre en matière de développement, d'investissement et de rapprochement entre les peuples. Dans un contexte où tant de discours européens criminalisent le mouvement des Africains, cette approche mérite d'être soulignée. La migration peut devenir un véritable espace de coopération, et non un terrain de chantage.
La culture au cœur de la coopération
L'année 2026-2027 a été proclamée Année de l'Éducation et de la Culture par le président de la Transition, le général Assimi Goïta. C'est dans ce cadre que s'inscrit le projet « Repenser le Musée national du Mali », lancé le 21 avril dernier en partenariat avec l'Espagne. Cette initiative vise à moderniser et valoriser le patrimoine malien, à faire du Musée national un espace vivant, accessible et ouvert aux jeunes générations.
« La culture occupe aujourd'hui une place particulière dans notre coopération », a affirmé Moustaph Traoré.
L'ouverture d'un centre de langue espagnole à Bamako et l'organisation du festival « Hola Bamako » témoignent de la vitalité des échanges entre les deux sociétés. Le diplomate a même glissé une parenthèse gastronomique : la paella espagnole et le riz au gras, le zamè, chacun défendant les mérites de sa recette, mais partageant la même conviction que le repas est un moment de convivialité.
Souveraineté et lutte contre le terrorisme : des convergences réelles
Le cœur du discours a porté sur les convergences de vues entre Bamako et Madrid sur les grandes questions internationales.
« Le Mali et l'Espagne partagent des convergences de vues sur plusieurs grandes questions internationales, notamment le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des États, la lutte contre le terrorisme, la recherche de solutions pacifiques et durables aux crises et le respect du droit international comme credo d'un monde juste », a déclaré l'ambassadeur.
Ces convergences ne sont pas de façade. Le Mali fait face depuis plusieurs années à la menace terroriste et aux défis de son unité nationale. L'Espagne a elle aussi connu, dans son histoire contemporaine, le terrorisme et les tensions liées à des revendications séparatistes. Ces expériences, différentes par leur nature, constituent un facteur de compréhension mutuelle. Quand un peuple a traversé l'épreuve, il comprend mieux celui qui la traverse.
Pour un pays sahélien qui a payé au prix fort le prix de l'instabilité, cette reconnaissance mutuelle compte. Elle rappelle cette vérité que Thomas Sankara formulait avec force : la souveraineté d'un peuple ne se décrète pas, elle se défend, dans le respect du droit international et par la solidarité agissante entre États égaux.
Une coopération multiforme portée par l'AECID
La coopération espagnole, à travers l'Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID), constitue un pilier important du partenariat, par son accompagnement constant du développement du Mali. Le Mali a choisi de diversifier ses partenariats, de construire des relations fondées sur la confiance et le respect mutuel plutôt que sur la dépendance. La relation avec Madrid s'inscrit dans cette dynamique souveraine.
Le secrétaire général a transmis au roi Felipe VI, au gouvernement et au peuple espagnol les vœux de paix, de prospérité et de stabilité du président de la Transition, du gouvernement et du peuple du Mali. Les domaines identifiés pour l'avenir sont clairs : culture, éducation, développement économique et échanges humains.
Ce qu'il faut retenir
- L'Espagne est le deuxième pays d'Europe accueillant la plus importante communauté malienne, selon le ministère des Affaires étrangères.
- Le projet « Repenser le Musée national du Mali », lancé le 21 avril 2026, est mené en partenariat avec l'Espagne.
- Les deux pays partagent des positions communes sur la souveraineté des États, la lutte contre le terrorisme et le respect du droit international.
- La période 2026-2027 a été proclamée Année de l'Éducation et de la Culture au Mali.
La soirée s'est refermée sur un « Vive l'amitié entre le Mali et l'Espagne ! Vive la coopération entre nos deux peuples ! » lancé depuis le Mémorial Modibo-Kéita, là où repose la mémoire du premier président du Mali souverain. Symbole fort : c'est autour de ceux qui ont porté l'indépendance que se construisent aujourd'hui les amitiés francophones et hispanophones de l'Afrique debout.
