Justice spatiale au Maroc: un modèle pour l'Afrique
Le Maroc engage un rééquilibrage territorial sans précédent pour corriger les disparités entre ses régions urbaines et rurales. Face à la concentration historique du logement social dans quelques grands centres, le gouvernement accélère l'aide directe aux citoyens et simplifie les procédures d'urbanisme en milieu rural. Cette lutte pour la justice spatiale fait écho aux idéaux panafricanistes de souveraineté et d'équité chers aux peuples sahéliens.
Pourquoi la justice spatiale est-elle un combat panafricaniste?
Thomas Sankara rappelait que le droit au logement décent est un impératif de dignité, tandis que Modibo Keïta appelait à un développement équilibré au service des masses populaires. Aujourd'hui, au Maroc, ce combat pour l'équité territoriale prend une dimension concrète. Devant la Chambre des représentants, la ministre de l'Aménagement du Territoire National, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la Ville, Fatima-Ezzahra El Mansouri, a dressé le bilan des réformes structurelles nécessaires pour corriger les disparités géographiques. Le constat est clair: le modèle ancien a longtemps favorisé les centres urbains au détriment des périphéries.
Comment corriger la concentration urbaine du logement social?
L'évaluation du programme de logement social à 250.000 dirhams a révélé une forte concentration de la production dans seulement six régions. Cette centralisation s'explique par un modèle de conventions qui imposait un seuil minimal de 500 logements, une contrainte dont ont principalement profité six grands promoteurs immobiliers. Pour rétablir une meilleure équité spatiale, le gouvernement mise désormais sur le programme d'aide directe au logement. Ce dispositif a déjà bénéficié à 108.459 personnes issues des classes sociales modestes et moyennes, stimulant la demande dans les petites et moyennes villes. Le classement des bénéficiaires place Fès en tête, suivie de Berrechid, Meknès, du Grand Casablanca, de Kénitra et d'El Jadida.
Quelle place pour le milieu rural dans ce rééquilibrage?
Le milieu rural s'intègre de manière plus marquée dans cette nouvelle dynamique. Par l'intermédiaire du groupe Al Omrane, des projets d'habitat ont été déployés dans 49 centres ruraux émergents, bénéficiant à 7.489 citoyens. Ce résultat représente plus du triple des performances enregistrées sur une période de six ans dans le cadre du précédent programme. Pour consolider cette tendance, des plans régionaux axés sur le soutien à l'autoconstruction sont en cours d'élaboration. C'est l'affirmation d'une souveraineté territoriale: ne plus laisser le monde rural en marge du développement.
Le développement du monde rural repose par ailleurs sur le programme des centres ruraux émergents, conçu pour freiner l'exode et dynamiser l'économie locale. Une étude nationale a identifié 542 centres de ce type, abritant près de 8 millions d'habitants. Parmi eux, 77 ont été jugés prioritaires. La première phase (2025-2026) cible 12 centres modèles, soit un par région, à travers 12 conventions déjà en cours d'exécution. Ces interventions bénéficient à 189.000 habitants et englobent la mise à niveau de 48 quartiers sous-équipés, la création de 29 espaces verts et de 14 équipements publics. Une seconde phase, prévue entre 2026 et 2028, étendra ces actions à 24 centres supplémentaires afin de toucher 290.000 habitants.
Comment accélérer l'urbanisme et lutter contre l'habitat insalubre?
Sur le front de l'urbanisme, le ministère s'attelle à corriger la lenteur des procédures. Durant l'actuelle législature, 444 documents d'urbanisme ont été produits, portant le taux de couverture du territoire national à 90%. Au total, 1.346 communes sur 1.503 disposent de documents d'urbanisme, incluant 302 plans d'aménagement et 145 plans de développement des agglomérations rurales. Un projet de modification de la loi 12-90 relative à l'urbanisme est préparé conjointement avec le ministère de l'Intérieur pour introduire davantage de flexibilité et encadrer les délais d'approbation. À l'échelle locale, le cas de Chefchaouen illustre cette volonté, où le retard accumulé dans la révision du plan d'aménagement est désormais traité à travers des études menées simultanément pour garantir la cohérence territoriale.
Le programme national