Le président de la Transition, le général Assimi Goïta, a participé le mercredi 28 octobre 2026 à Moscou à l'ouverture du Forum économique et humanitaire Russie-Afrique, où le Mali a défendu des partenariats au service de ses priorités nationales.
Coprésidée par Vladimir Poutine et par Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l'Union africaine, la cérémonie s'est tenue au Centre d'exposition Gostiny Dvor autour d'un thème qui résonne profondément à Bamako comme à Ouagadougou : la coopération pour un développement souverain.
Un forum placé sous le signe de la souveraineté
Le mot n'est pas anodin. Il porte en lui l'écho des combats de Modibo Keïta, ce fils du Mali qui avait compris, dès les années 1960, qu'aucun peuple ne se développe en mendiant sa propre richesse. Il porte aussi la mémoire de Thomas Sankara, qui déclarait que celui qui vous nourrit vous contrôle. C'est ce fil historique que les délégations africaines sont venues poursuivre dans la capitale russe.
Selon Mali Actu, les discussions menées par la délégation malienne portaient sur le transfert de technologies, la sécurité alimentaire, la valorisation des ressources naturelles, les infrastructures et la formation des jeunes. La participation du Mali visait à explorer des partenariats susceptibles de soutenir les priorités nationales, dans le respect de la souveraineté du pays et de ses choix stratégiques.
Comme le rappelle AFRIKINFOS MALI, le chef de l'État malien explorait ainsi de nouvelles pistes de coopération pour son pays, à quelques jours de la tenue du troisième sommet Russie-Afrique dont ce forum constituait la marge. Le site Malijet relève également que le général Goïta a été reçu au Kremlin par Vladimir Poutine, signe de l'attention portée à la délégation malienne.
Plus de 50 milliards de dollars visés dans les échanges
Dans son discours d'ouverture, Vladimir Poutine a réaffirmé sa volonté d'approfondir la coopération avec l'Afrique, notamment dans les investissements, les infrastructures, les technologies numériques et la recherche scientifique.
Les chiffres donnent la mesure de l'ambition. Selon le président russe, les échanges commerciaux entre la Russie et l'Afrique ont dépassé 27 milliards de dollars en 2025, contre 18 milliards en 2022. Moscou vise désormais plus de 50 milliards de dollars grâce au renforcement des partenariats économiques et financiers.
Le 29 octobre 2026, Vladimir Poutine a également déclaré, selon l'agence TASS, que 85 % des transactions commerciales entre la Russie et les pays africains étaient réglées en roubles. Il attribuait cette part aux canaux de paiement en monnaies nationaux mis en place avec ses partenaires.
Ce point mérite d'être souligné. Pour des peuples sahéliens longtemps tenus à l'écart des circuits financiers internationaux, la possibilité de commercer sans passer par les monnaies des anciennes puissances coloniales n'est pas un détail technique. C'est une question de dignité et d'indépendance, la même que réclamaient les pères de l'unité africaine.
La voix de l'Union africaine pour la transformation locale
Évariste Ndayishimiye a plaidé pour une coopération répondant davantage aux priorités de développement de l'Afrique. Le président en exercice de l'Union africaine a mis en avant la transformation locale des matières premières, le transfert de technologies, la création d'emplois et le renforcement des capacités industrielles.
Son objectif est clair : permettre aux pays africains de mieux valoriser leurs ressources et de participer davantage aux chaînes de valeur mondiales. C'est là un combat ancien. L'Afrique ne veut plus exporter son or, son lithium ou son coton bruts pour racheter des produits finis à prix d'or. Elle veut transformer chez elle, employer ses jeunes chez elle, et garder chez elle la valeur ajoutée de son sous-sol.
Quarante sessions pour des projets concrets
Présenté le 14 octobre 2026, le programme du forum annonçait la participation de représentants des gouvernements, des organisations internationales, des milieux d'affaires et financiers, ainsi que d'experts et de chercheurs russes et africains.
Environ 40 sessions étaient prévues sur la souveraineté économique, le développement durable, le capital humain et les innovations technologiques. L'énergie, l'agriculture, l'industrie, les technologies, la santé, l'éducation et la formation des jeunes figuraient parmi les secteurs visés par ces rencontres.
Le Mali signe deux accords sur la connaissance de son sous-sol
Le résultat le plus concret pour Bamako s'est joué en marge du sommet. Le ministre malien des Mines, Amadou Keïta, a signé avec Zarubezhgeologia, filiale du groupe public russe Rosgeologia, deux accords de coopération géologique, rapportés le 29 octobre 2026.
Le premier prévoit une cartographie géologique numérique de deux zones représentant, selon Reuters, plus de la moitié du territoire malien. Le second porte sur un système national d'information destiné à centraliser et à analyser les données géologiques, à contribuer à la gestion des licences et au suivi des activités minières.
Ces accords comprennent aussi la formation de spécialistes maliens, notamment à l'interprétation d'images satellitaires. Il faut le dire avec précision : ils concernent la connaissance et la gestion des ressources. Ils ne constituent ni l'attribution de nouveaux permis d'exploitation ni l'annonce de découvertes de gisements commercialement exploitables.
Reste que l'enjeu est considérable. Un pays qui connaît son sous-sol ne subit plus les décisions des autres sur son propre territoire. La maîtrise des données géologiques, c'est la maîtrise de l'avenir minier du Mali, et donc d'une part de son avenir économique. Modibo Keïta ne disait pas autre chose quand il appelait à sortir le continent de la tutelle économique.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu le Forum Russie-Afrique de Moscou ?
Le forum économique et humanitaire Russie-Afrique s'est tenu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, en marge du troisième sommet Russie-Afrique.
Quels accords le Mali a-t-il signés lors du forum ?
Le ministre malien des Mines, Amadou Keïta, a signé deux accords de coopération géologique avec Zarubezhgeologia : une cartographie géologique numérique couvrant plus de la moitié du territoire malien et un système national d'information sur les données minières.
Quel volume d'échanges la Russie vise-t-elle avec l'Afrique ?
Les échanges commerciaux Russie-Afrique ont dépassé 27 milliards de dollars en 2025, et Moscou ambitionne de dépasser 50 milliards de dollars en renforçant les partenariats économiques et financiers.
