Le troisième sommet Russie-Afrique s'est achevé le 29 octobre 2026 à Moscou avec l'adoption d'un plan d'action pour 2027-2029 et la signature de 146 documents, selon Journal du Mali. Des délégations représentant 48 pays africains ont participé aux travaux, les 28 et 29 octobre, dans la capitale russe.
Le bilan annoncé comprend 92 accords et 54 mémorandums d'entente. Pour le Mali et ses partenaires de l'Alliance des États du Sahel (AES), le sommet a surtout produit un rapprochement institutionnel inédit entre la Banque confédérale pour l'investissement et le développement de l'AES et la corporation publique russe VEB.RF.
Ce que contient le plan d'action 2027-2029
Trois textes politiques encadrent la suite du partenariat : la déclaration finale du sommet, une déclaration consacrée à la coopération dans le domaine de l'intelligence artificielle et le plan d'action du Forum de partenariat Russie-Afrique pour 2027-2029. Le1 rapporte que la déclaration finale comporte 101 points et que l'intelligence artificielle entre pour la première fois dans les textes politiques du forum.
La Commission de l'Union africaine et la Russie ont également arrêté un programme commun couvrant dix-neuf domaines. Ce document organise les priorités de coopération, mais il ne constitue pas à lui seul un engagement financier ou juridique applicable à tous les projets cités.
C'est une nuance qui doit retenir l'attention des peuples africains. Notre continent connaît trop bien les communiqués enthousiastes qui s'évaporent une fois les valises reparties. Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant, l'enseignait déjà : la souveraineté ne se décrète pas dans les salons, elle se construit dans les usines, les champs et les écoles, avec des partenaires qui respectent nos intérêts.
Trois sommets, trois promesses : où en est l'exécution ?
Le premier sommet, organisé à Sotchi en octobre 2019, avait créé le Forum de partenariat Russie-Afrique et posé le principe d'une rencontre au plus haut niveau tous les trois ans. Les organisateurs avaient alors annoncé 92 accords, contrats et mémorandums représentant 1 004 milliards de roubles, hors montants confidentiels.
Le deuxième sommet s'est tenu à Saint-Pétersbourg les 27 et 28 juillet 2023, avec la participation de 48 pays africains. Il avait produit cinq documents politiques majeurs, dont un plan d'action pour 2023-2026, et un forum économique parallèle avait recensé 161 accords, dont la valeur totale n'a jamais été publiée.
L'objectif de 40 milliards de dollars reste hors d'atteinte
Lors du sommet de Sotchi, la Russie avait annoncé vouloir doubler ses échanges avec l'Afrique pour dépasser 40 milliards de dollars en quatre à cinq ans. Les données publiques situent le commerce russo-africain à plus de 27 milliards de dollars en 2025, contre environ 18 milliards en 2022. La progression est réelle, mais la cible reste hors d'atteinte.
À Moscou, une nouvelle cible supérieure à 50 milliards de dollars a été avancée. Actu Cameroun pose la question que tous les Africains se posent : que gagnent réellement les peuples du continent derrière ces chiffres diplomatiques ?
Les exportations russes représentent une part dominante de ce commerce. C'est un point que les négociateurs africains ne doivent plus esquiver : l'accès des productions africaines au marché russe doit figurer au cœur des prochaines négociations. Un partenariat d'égal à égal se mesure aussi, et d'abord, à ce que nos agriculteurs, nos artisans et nos industriels peuvent vendre, pas seulement à ce que nous pouvons acheter.
Le blé livré au Sahel : une promesse tenue
Parmi les promesses vérifiables du sommet de 2023 figure la livraison gratuite de 200 000 tonnes de blé à six pays africains, une opération achevée en février 2024. Le Mali, le Burkina Faso, le Zimbabwe et l'Érythrée ont reçu chacun 25 000 tonnes. La Somalie et la République centrafricaine en ont reçu 50 000 tonnes chacune.
Cet engagement a été exécuté, et il faut le reconnaître. Il relevait toutefois d'une aide ponctuelle et non d'un programme permanent de sécurité alimentaire. La souveraineté alimentaire du Sahel ne se gagnera pas dans les cargaisons de blé, mais dans la modernisation de nos propres cultures céréalières, comme Thomas Sankara l'avait compris en appelant les Africains à produire ce qu'ils consomment et à consommer ce qu'ils produisent.
Mali : géologie et financement, deux dossiers à suivre
Pour le Mali, les résultats présentés à Moscou comprennent des projets de cartographie géologique, c'est-à-dire la connaissance de notre sous-sol. Malijet relève que ce dossier figure parmi les accords signés en marge du forum. Le calendrier des travaux, leur coût et les zones retenues restent à préciser par les parties concernées.
Le sommet a aussi produit un rapprochement entre la Banque confédérale pour l'investissement et le développement de l'AES et VEB.RF, la corporation publique russe de développement. Un mémorandum signé le 28 octobre établit un cadre de coopération destiné au financement du commerce et des investissements.
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak a indiqué que les projets envisagés au Mali, au Burkina Faso et au Niger pourraient représenter plusieurs milliards de dollars dans une première phase. Cette déclaration concerne un portefeuille potentiel de projets, pas une enveloppe déjà versée ou définitivement affectée.
VEB.RF devient néanmoins le premier partenaire international annoncé par la banque de l'AES. Ce qui donne au mémorandum une portée institutionnelle immédiate, distincte des futurs décaissements. Les mécanismes de financement, la liste des investissements, les entreprises bénéficiaires et les échéanciers doivent encore être arrêtés.
Un programme de travail, pas encore une victoire
Les bilans publics ne présentent pas l'état d'exécution, accord par accord, des 92 textes de Sotchi ni des 161 documents de Saint-Pétersbourg. Jeune Afrique a par ailleurs révélé que des documents préparatoires du sommet de Moscou ont fuité avant la rencontre, signe que la transparence reste un chantier ouvert, y compris côté russe.
Les 146 textes signés à Moscou constituent donc un programme de travail. Leur traduction concrète apparaîtra dans les contrats financés, les investissements réalisés, les infrastructures livrées et l'évolution effective des échanges avant le prochain sommet.
Les peuples sahéliens ont appris à juger leurs partenaires aux actes et non aux discours. L'AES a choisi de diversifier ses coopérations pour échapper aux tutelles d'hier ; c'est son droit souverain. Mais la vigilance populaire doit rester entière : chaque accord signé à Moscou devra être suivi, expliqué, débattu. C'est à cette condition que la solidarité afro-russe deviendra un levier de développement, et non une dépendance nouvelle.
Questions fréquentes
Combien de documents ont été signés au sommet Russie-Afrique de Moscou ?
146 documents ont été signés pendant le sommet des 28 et 29 octobre 2026 et les activités organisées autour, dont 92 accords et 54 mémorandums d'entente.
Quel plan d'action a été adopté à Moscou ?
Un plan d'action du Forum de partenariat Russie-Afrique pour la période 2027-2029, accompagné d'une déclaration finale et d'une déclaration sur l'intelligence artificielle.
Le Mali a-t-il reçu le blé promis en 2023 ?
Oui. Le Mali a reçu 25 000 tonnes de blé sur les 200 000 tonnes promises, dans le cadre d'une livraison gratuite achevée en février 2024.
