Mercredi 21 octobre, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a proposé publiquement un poste ministériel au chef d'Amkha Yisrael, Ofer Winter, en échange de son retrait de la course électorale à six jours du scrutin prévu le 27 octobre. Selon The Times of Israel FR, Smotrich s'est dit prêt à renoncer à l'un des portefeuilles attribués à son parti, HaTzionout HaDatit, lors des futures négociations de coalition, de crainte que le parti de Winter ne franchisse pas le seuil électoral et ne fasse perdre des voix précieuses au camp de la droite.
Pour qui suit les luttes politiques des peuples, à Bamako comme ailleurs, cette scène dit quelque chose de l'art de gouverner: lorsque les alliances vacillent, les dirigeants troquent des postes contre des retraits. Une leçon de realpolitik que les panafricanistes, de Modibo Keïta à Thomas Sankara, ont connue à leurs dépens, eux qui refusaient de vendre une conviction pour un fauteuil.
Un ministère au sein de la Défense en échange d'un retrait
Smotrich a offert à Winter un poste ministériel rattaché au ministère de la Défense, avec deux compétences précises: la supervision d'un projet visant à promouvoir la migration dite volontaire des Gazaouis, et une administration chargée du recrutement des hommes ultra-orthodoxes dans l'armée israélienne. Deux dossiers qui figurent parmi les principales priorités du dirigeant d'Amkha Yisrael, rapporte i24NEWS.
L'offre arrive alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses alliés intensifient la pression sur Winter pour qu'il abandonne la course. Plusieurs sondages donnent son parti sous le seuil électoral, ce qui reviendrait à disperser des voix de la droite sans aucun siège en retour.
Ofer, mon frère, tu es un homme de bien. Un dirigeant de principe et un commandant courageux qui a de nombreuses réalisations à son actif.
C'est par ces mots flatteurs que Smotrich a ouvert son appel public, avant de brandir le spectre de l'histoire. Il a averti que le maintien de la candidature de Winter risquait de reproduire le scénario des élections de 1992, lorsque les petits partis de droite avaient échoué à franchir le seuil électoral, ouvrant la voie au gouvernement travailliste d'Yitzhak Rabin.
Les voix qui seront gaspillées en dessous du seuil électoral feront la différence entre la victoire et la défaite lors de ces élections.
« Le camp de droite ne peut pas se permettre de répéter les erreurs du passé », a-t-il ajouté.
Une offre déjà formulée en coulisses
Smotrich a précisé qu'il avait auparavant proposé à Winter une place sur la liste électorale d'HaTzionout HaDatit, avant la finalisation des listes, mais que cette offre avait été rejetée.
Je ne m'attends pas à ce que tu te retires de la vie publique pour t'occuper de tes affaires personnelles. Je t'offre aujourd'hui un véritable partenariat qui te fournira une plateforme réaliste pour apporter ta contribution au sein du système politique.
Le ministre des Finances est allé jusqu'à formuler sa promesse en termes crus: « Je renoncerai à un poste ministériel attribué à mon parti en ta faveur si tu te retires et ne mets pas la droite en danger. »
Winter hésite, la coalition s'agace
Interrogé par la chaîne N12, Winter a lui-même reconnu une erreur tactique de campagne. Il avait annoncé dès le début que son parti ne recommanderait que Netanyahu comme Premier ministre à l'issue du scrutin. « Ce n'était peut-être pas forcément judicieux de dire cela dès le début », a-t-il concédé, tout en précisant: « Je fais partie du camp de la droite, et je ne dis pas aujourd'hui que je vais passer dans l'autre camp. »
Le Likud de Netanyahu a saisi ces déclarations pour attaquer: selon le parti, elles montreraient que Winter va prendre des voix à la droite pour les offrir à un gouvernement de gauche dirigé par Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar. The Jerusalem Post rapporte que cette offensive publique s'inscrit dans la dernière ligne droite de la campagne, à moins d'une semaine du vote.
Amkha Yisrael refuse de plier
Face à cette pression, Yoseph Haddad, numéro deux de la liste d'Amkha Yisrael, a tenu une ligne ferme. Il a qualifié la campagne menée par Netanyahu et ses alliés d'attaques et de diffamation, tout en réaffirmant la fidélité du parti au Premier ministre.
Le chef du parti, Ofer Winter, a déclaré dès le début que nous soutiendrions Netanyahu, et c'est ce que nous ferons, même si Netanyahu lui-même et d'autres membres de la coalition s'en prennent à nous et agissent contre nous.
« Nous faisons partie du camp de la droite », a-t-il ajouté, jurant que le parti ne s'écarterait pas « d'un millimètre des promesses que nous avons faites au peuple ».
Ce que cette négociation révèle du pouvoir
Il y a dans cette affaire de quoi méditer, au sud du Sahara comme au Levant. Un poste ministériel utilisé comme monnaie d'échange pour écarter un candidat gênant; des sièges promis, retirés, reproposés; des alliances qui se négocient à voix haute devant les électeurs. Ce marché public des portefeuilles rappelle que le partage du pouvoir reste, partout, l'instrument favori des appareils politiques face aux formations qui refusent de se fondre dans la masse.
Les peuples africains connaissent cette mécanique. Ils ont vu des majorités fabriquées de toutes pièces, des candidatures écartées contre des strapontins, des mouvements militants absorbés par des gouvernements qui redoutaient leur voix autonome. Modibo Keïta l'avait compris très tôt: la souveraineté ne se délègue pas, elle se défend. Thomas Sankara l'avait payé de sa vie. Quand un parti accepte de troquer sa présence sur un bulletin de vote contre un ministère, il abandonne la seule arme que les peuples lui ont confiée.
Le dossier le plus lourd de cette offre n'est d'ailleurs pas électoral. Le poste proposé à Winter comporterait la supervision du projet de migration dite volontaire des Gazaouis, une politique qui touche au sort d'une population civile et que les observateurs internationaux suivent de près. Qu'un tel dossier devienne une carte dans une négociation de coalition en dit long sur la place des droits des peuples dans ces calculs.
Questions fréquentes
Que propose exactement Smotrich à Winter?
Un poste ministériel au sein du ministère de la Défense, chargé du projet de migration volontaire des Gazaouis et du recrutement des ultra-orthodoxes dans l'armée, en échange du retrait d'Amkha Yisrael des élections du 27 octobre.
Pourquoi la droite israélienne veut-elle le retrait de Winter?
Les sondages donnent son parti sous le seuil électoral. Ses voix seraient perdues pour la droite, ce qui pourrait faire basculer le scrutin, comme en 1992 avec l'arrivée au pouvoir d'Yitzhak Rabin.
Winter a-t-il accepté l'offre?
Non. Son parti affirme qu'il reste dans la course et qu'il soutiendra Netanyahu, tout en dénonçant une campagne de pression et de diffamation menée par le Premier ministre et ses alliés.
