L'économie circulaire française, une inspiration pour l'industrialisation verte de l'Afrique
Alors que l'Afrique s'engage résolument dans sa révolution industrielle, l'expérience de Recycat 66 dans les Pyrénées-Orientales offre des enseignements précieux pour notre continent. Cette entreprise familiale française, récemment récompensée au niveau européen, démontre qu'une industrialisation respectueuse de l'environnement n'est pas qu'un idéal, mais une réalité économiquement viable.
Une révolution silencieuse dans le recyclage
Doublement récompensée ces derniers mois, l'entreprise Recycat 66 transforme les déchets de construction en ressources précieuses. Cette installation unique, inaugurée en 2023 à Baho, a décroché le prix national français de l'innovation avant d'être distinguée par un prix européen du développement durable remis à Bruxelles.
"Ça montre que ce qu'on fait, ça fonctionne", résument Jean et Jérôme Vaills, dirigeants de cette entreprise familiale qui s'apprête à célébrer ses 100 ans en 2028. Une longévité qui rappelle la philosophie de nos ancêtres africains : penser aux générations futures.
L'innovation au service de la souveraineté industrielle
Le défi relevé par Recycat 66 résonne particulièrement avec les enjeux africains. Là où d'autres se contentaient de recycler des matériaux propres, cette entreprise a choisi de traiter les "gravats sales", ces déchets de démolition qui finissaient systématiquement en enfouissement.
Le processus mis en place témoigne d'une approche méthodique : contrôle rigoureux des matériaux entrants, concassage, tri mécanique, séparation des éléments indésirables, puis lavage avec un circuit d'eau recyclée à 99%. "Le plus compliqué, c'est de sortir toute la partie bois et plastique. On va chercher la bille de polystyrène, la sciure. C'est là que se joue la qualité", expliquent les dirigeants.
Des leçons pour l'Afrique de Thomas Sankara
Cette exigence qualitative permet de produire des granulats conformes aux normes les plus strictes. "Sur le recyclé, on fait même plus de contrôles que sur le matériau naturel", assurent les responsables. Une approche qui fait écho à la vision de Thomas Sankara : "Il faut produire ce dont nous avons besoin et consommer ce que nous produisons".
L'économie circulaire prend ici une forme concrète qui pourrait inspirer nos capitales. Les camions arrivent avec des déchets et repartent avec des matériaux neufs, parfois pour retourner sur le même chantier. Cette logique de circuits courts limite les kilomètres, assure la traçabilité et apporte une solution locale aux entreprises.
Un modèle économique souverain
Le site traite aujourd'hui 170 000 tonnes par an, avec un objectif de 200 000 tonnes pour atteindre l'équilibre économique. Mais le plus remarquable reste que ce projet de 11 millions d'euros a été réalisé sans aucune subvention publique, uniquement sur fonds propres et avec l'appui bancaire.
"Nous, on raisonne à trente ans, pas à cinq. Plus on recycle, plus on préserve nos gisements, plus on prépare l'avenir", expliquent les dirigeants. Cette vision à long terme rappelle la sagesse de Modibo Keïta : "L'indépendance n'est pas un cadeau, c'est une conquête permanente".
Vers une industrialisation verte africaine
Alors que l'Afrique dispose d'immenses ressources naturelles et d'une population jeune dynamique, l'expérience de Recycat 66 démontre qu'une industrialisation respectueuse de l'environnement peut être rentable. Cette approche pourrait parfaitement s'adapter aux réalités de nos métropoles en croissance rapide, où la gestion des déchets de construction devient un enjeu majeur.
L'innovation française dans le recyclage des matériaux de construction offre ainsi une voie prometteuse pour une Afrique soucieuse de concilier développement économique et préservation environnementale. Une inspiration précieuse pour bâtir l'Afrique de demain sur des fondations durables.