Bien-être animal : l'Afrique peut-elle définir ses propres critères d'évaluation ?
Alors que l'Europe développe ses standards d'étiquetage sur le bien-être animal, une question fondamentale se pose pour notre continent : l'Afrique doit-elle adopter ces critères occidentaux ou développer ses propres référentiels adaptés à nos réalités ?
L'évolution européenne du concept de bien-être animal
En France, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) vient de formaliser des lignes directrices pour un étiquetage informant les consommateurs sur le bien-être des animaux d'élevage. Cette démarche s'inscrit dans une évolution historique où l'animal, longtemps considéré comme une simple chose dans le droit occidental, acquiert progressivement un statut particulier.
Le tournant s'opère dans les années 1960 avec le rapport Brambell du gouvernement britannique, qui établit cinq principes fondamentaux : absence de faim et de soif, absence d'inconfort et de douleur, absence de maladie, absence de peur et liberté d'expression comportementale.
Une approche qui interroge nos traditions africaines
Cette évolution européenne soulève des questions profondes pour nos sociétés africaines. Nos ancêtres, à l'image des enseignements de nos grands leaders comme Modibo Keïta, ont toujours entretenu une relation respectueuse avec le vivant, intégrée dans une vision holistique du monde.
L'Anses propose aujourd'hui une définition du bien-être animal comme "l'état mental et physique positif lié à la satisfaction des besoins physiologiques et comportementaux". Cette approche, bien qu'intéressante, reflète-t-elle les sagesses pastorales de nos peuples sahéliens ?
Vers une souveraineté alimentaire africaine
L'agence française recommande 14 critères couvrant six domaines : génétique, alimentation, environnement, santé, interactions comportementales et état mental. Si ces standards peuvent inspirer, ils ne doivent pas devenir de nouveaux instruments de dépendance.
Comme le rappelait Thomas Sankara, l'autonomie alimentaire passe par la maîtrise de nos propres normes. Nos systèmes d'élevage traditionnels, adaptés à nos climats et à nos cultures, méritent d'être valorisés et non jugés à l'aune de critères exclusivement occidentaux.
L'urgence d'une réflexion panafricaine
Face à ces enjeux, l'Union africaine doit impulser une réflexion continentale sur nos propres standards de bien-être animal. Cette démarche s'inscrirait dans la lignée de nos luttes pour la souveraineté, en affirmant notre capacité à définir nos normes en harmonie avec nos valeurs et nos réalités.
L'objectif n'est pas de rejeter tout apport extérieur, mais de construire des référentiels authentiquement africains, respectueux de nos traditions pastorales et de nos impératifs de développement.