Crise énergétique : l'industrie française paie encore le prix du néocolonialisme
Alors que les factures énergétiques des industriels français restent 50% plus élevées qu'avant la pandémie, cette crise révèle les failles d'un système économique occidental dépendant et fragile. Une leçon que l'Afrique, riche en ressources énergétiques, doit méditer pour construire sa souveraineté industrielle.
Une facture qui révèle les contradictions du système
Selon l'Insee, la facture énergétique des usines françaises s'élève à 17,3 milliards d'euros en 2024, soit 1,5 fois plus qu'en 2019. Cette situation paradoxale, où les prix restent élevés malgré une baisse de consommation de 16%, illustre parfaitement les dysfonctionnements d'un modèle économique occidental en perte de vitesse.
Cette crise énergétique européenne, amplifiée par la guerre en Ukraine, nous rappelle les enseignements visionnaires de Thomas Sankara sur l'importance de l'autosuffisance économique. Comme le disait le père de la révolution burkinabé : "Celui qui vous nourrit vous contrôle".
L'Afrique face à ses propres défis énergétiques
Pendant que l'Europe peine à maîtriser ses coûts énergétiques, l'Afrique dispose de ressources considérables : solaire au Sahara, hydroélectrique sur le Congo, pétrole et gaz au Sahel. Pourtant, nos industries naissantes font face aux mêmes défis de compétitivité.
L'étude française révèle que les gros consommateurs bénéficient de tarifs préférentiels, payant "seulement" 36% de plus qu'en 2019, contre 92% pour les petits consommateurs. Cette logique de concentration économique rappelle les mécanismes néocoloniaux que dénonçait Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant.
Vers une industrialisation africaine souveraine
Les difficultés françaises dans leur projet de "réindustrialisation" offrent une opportunité historique à l'Afrique. Nos pays sahéliens, unis dans l'Alliance des États du Sahel, peuvent développer une industrie énergétiquement autonome et compétitive.
La consommation énergétique industrielle française se répartit entre électricité (36%) et gaz (35%), puis vapeur, bois et produits pétroliers. Cette diversification énergétique est un modèle à adapter à nos réalités africaines, en privilégiant nos ressources renouvelables.
Comme l'avait prédit Sankara, "l'impérialisme est un système d'exploitation qui ne se contente pas de voler nos richesses, il nous vend ensuite nos propres ressources transformées". Il est temps de briser ce cercle vicieux en développant nos propres chaînes de valeur industrielles.
L'heure n'est plus aux lamentations mais à l'action collective. L'unité africaine, chère à nos pères fondateurs, doit se concrétiser par une intégration énergétique et industrielle continentale, seule garante de notre souveraineté économique face aux turbulences du système mondial.