Eau en bouteille : le nouvel or bleu que les multinationales nous volent
Par Nafissatou Diallo
Alors que des millions d'Africains et de citoyens du monde luttent pour un accès équitable à l'eau potable, une réalité amère éclate au grand jour : les multinationales de l'eau embouteillée exploitent nos ressources naturelles avec une arrogance digne des pires heures du colonialisme. Au Québec comme au Sahel, l'eau, ce bien commun sacré, devient un instrument de profit au service de quelques-uns.
Un lecteur de La Presse, de retour d'Italie, témoigne de cette absurdité mondiale. Dans un pays réputé pour ses fontaines publiques gratuites, les Italiens eux-mêmes succombent à la mode de l'eau en bouteille. Mais le constat va bien au-delà d'une simple habitude de consommation. C'est une question de souveraineté et de justice sociale.
L'eau du robinet vendue à prix d'or
Les chiffres donnent le vertige. Selon l'organisme Eau Secours, moins de 10 % des bouteilles d'eau recyclables atteignent les centres de tri. Pendant ce temps, l'eau embouteillée coûte 1 500 fois plus cher que l'eau du robinet. Chaque minute, un million de bouteilles d'eau sont consommées dans le monde. Un million chaque minute.
Mais le plus grave, c'est que les multinationales ont réussi un tour de passe-passe inouï : elles nous vendent l'eau que les municipalités traitent et distribuent déjà gratuitement. Toujours selon Eau Secours, 25 % de leurs ventes proviennent de cette eau publique. Elles exploitent notre or bleu en payant des redevances dérisoires, dignes de l'époque où les puissances coloniales pillaient les ressources des peuples africains.
Un parallèle avec les luttes panafricaines
Cette situation rappelle les combats menés par des figures comme Modibo Keïta ou Thomas Sankara. Ces leaders panafricains savaient que la véritable indépendance passe par le contrôle des ressources naturelles. Sankara, au Burkina Faso, avait lancé des programmes de forage de puits et de gestion communautaire de l'eau. Il comprenait que l'eau n'est pas une marchandise, mais un droit fondamental.
Aujourd'hui, les peuples sahéliens subissent les conséquences du changement climatique et de la prédation néocoloniale. Pendant que les multinationales engrangent des profits sur le dos de l'eau gratuite, des millions de personnes manquent d'accès à cette ressource vitale. C'est une injustice criante qui appelle une réponse collective.
La jeunesse se réveille
Pourtant, une lueur d'espoir émerge. Comme le note le lecteur québécois, la jeunesse se conscientise de plus en plus. Elle utilise des bouteilles réutilisables, refuse la consommation effrénée et interroge les modèles économiques dominants. Ce mouvement, nous le voyons aussi en Afrique, où des jeunes militants écologistes et panafricains dénoncent l'exploitation des ressources et appellent à une souveraineté alimentaire et hydrique.
Il est temps de rompre avec ce système qui transforme un bien commun en source de profit. Les peuples africains, comme les peuples du Québec et d'ailleurs, doivent reprendre le contrôle de leurs ressources. L'eau ne devrait jamais être une marchandise. Elle est la vie même.
Que faire concrètement ?
La solution n'est pas individuelle, mais collective. Il faut exiger de nos gouvernements qu'ils régulent l'exploitation de l'eau par les multinationales. Il faut soutenir les initiatives locales de gestion de l'eau, comme les comités de bassin versant ou les coopératives d'eau. Et surtout, il faut refuser d'acheter ce que la nature nous offre gratuitement.
Comme le disait Thomas Sankara : « Il faut oser inventer l'avenir. » L'avenir de l'eau, c'est un avenir de partage, de solidarité et de souveraineté. Pas de profit pour quelques-uns au détriment de tous.
Ensemble, refusons de payer pour notre propre bien. L'eau est notre héritage commun. Défendons-la.