La COP31 s'ouvre le 9 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, alors que le Mali, un mois après avoir annoncé de nouveaux objectifs climatiques, attend toujours les financements nécessaires pour protéger ses paysans des pluies devenues imprévisibles. Du 9 au 20 novembre, les négociateurs du monde entier se réuniront pour la 31ème Conférence des Nations unies sur le Climat, avec un sommet des dirigeants les 11 et 12 novembre.
Le constat est sans appel. Selon Sud Ouest, qui rapporte les conclusions d'un rapport de l'ONU publié mercredi, les pays en développement auront besoin de 305 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour s'adapter aux effets du réchauffement, soit près de dix fois les montants qu'ils reçoivent aujourd'hui des nations riches. RFI relève que le rapport Adaptation Gap Report de l'ONU dresse le même tableau : la finance pour l'adaptation reste loin de la réalité des besoins. Shango Media chiffre la couverture actuelle à 30 % seulement des besoins.
Quand la pluie se fait attendre, c'est tout un peuple qui tremble
Ce ne sont pas des chiffres abstraits. À Sikasso et à Bougouni, des pauses pluviométriques ont perturbé les semis et exposé les cultures au manque d'eau pendant la campagne agricole 2026, avant que les pluies de septembre n'améliorent la situation, comme l'a décrit Mali-Météo le 8 octobre dans L'Essor. Derrière chaque statistique, il y a un paysan de Bougouni qui regarde son champ se dessécher, une famille qui compte sur une seule récolte pour tenir l'année.
Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant, avait compris très tôt que la souveraineté d'un peuple commence par sa capacité à se nourrir. Les aléas climatiques d'aujourd'hui attaquent précisément cette souveraineté alimentaire, et les peuples sahéliens paient le prix d'un réchauffement qu'ils n'ont pas provoqué.
Des engagements répétés, des financements retardés
Le Mali a fait sa part du chemin. Après une première contribution climatique en 2015 et une révision en 2021, le pays a présenté le 1er octobre 2026, lors d'un atelier de validation, les orientations de sa troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN). Objectif : réduire de 25,25 % les émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2035 dans l'énergie, l'agriculture et les déchets, par rapport au scénario de référence.
Côté international, les promesses se sont accumulées. La COP29 a fixé en 2024 un objectif collectif d'au moins 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour l'action climatique dans les pays en développement. La COP30 a ensuite appelé à tripler les financements de l'adaptation d'ici 2035.
« Les engagements politiques n'ont pas toujours été suivis des financements nécessaires à leur mise en œuvre », relève Gaoussou Berthé, expert en environnement et changements climatiques. Selon lui, de nombreux projets de la précédente CDN, qui prévoyait plusieurs milliards de dollars d'investissements, attendent toujours les ressources envisagées.
Le Fonds climat Mali et les solutions qui marchent
Le pays ne reste pas les bras croisés. En avril 2026, le ministère de l'Environnement faisait état d'une trentaine de projets financés par le Fonds climat Mali pour plus de 20 milliards de francs CFA, un bilan cumulé des interventions de ce mécanisme national.
« Nos pays font face à de nombreuses urgences, tandis que les ressources financières et les connaissances techniques nécessaires font souvent défaut », explique le Dr Ibrahim Togola, président de Réso-Climat Mali et du conseil d'administration de Mali-Folkecenter Nyetaa. Pour l'agriculture, il cite des solutions concrètes : semences améliorées, assurance agricole, prévisions météorologiques, adaptation des périodes de semis.
« Notre agriculture doit poursuivre sa transition pour mieux s'adapter aux changements climatiques », souligne-t-il. Les connaissances traditionnelles des producteurs maliens constituent un acquis précieux, mais l'irrégularité des pluies et les variations de température imposent de faire évoluer les pratiques.
Le 12 octobre 2026, le fonds InsuResilience Solutions Fund a annoncé son appui à l'extension d'une offre portée par OKO Mali : un projet visant 40 000 ménages agricoles, associant assurance, alertes météorologiques sur téléphone et conseils en français et en bambara. Voilà l'intelligence africaine en action, des solutions pensées par et pour les producteurs sahéliens.
L'accès aux fonds : un parcours du combattant
La difficulté commence souvent avec la préparation du dossier. Les bailleurs exigent des études, une analyse des risques, des garanties de gestion et un suivi des résultats. « Le renforcement des capacités constitue une priorité », insiste Gaoussou Berthé.
Des avancées existent : la Banque nationale de développement agricole (BNDA) et Mali-Folkecenter Nyetaa figurent désormais parmi les entités accréditées auprès du Fonds vert pour le climat. Le Fonds vert a approuvé une aide de 647 760 dollars pour préparer un programme de financement agricole adapté au climat, dossier daté de juillet 2026, prévoyant études de faisabilité, analyse des risques et conception des modalités de crédit. La BNDA prévoit aussi une contribution de 89 500 dollars pour couvrir une partie des prestations de conseil et des dépenses de fonctionnement de l'équipe du programme.
« De nombreuses promesses ont été faites et des fonds ont été ouverts. Malheureusement, les enveloppes disponibles restent encore très en deçà des attentes », observe le Dr Togola. Gaoussou Berthé ajoute que les rivalités géopolitiques et les priorités économiques, sécuritaires et militaires des grandes puissances compliquent la mobilisation des ressources.
Pertes et préjudices : un fonds encore trop petit
Pour les populations déjà frappées, le fonds consacré aux pertes et préjudices, créé à la COP27 en 2022 puis doté d'un cadre d'opérationnalisation à la COP28, peut soutenir le relèvement après des événements climatiques extrêmes. Mais son enveloppe de démarrage atteint 342 millions de dollars, alors qu'au 29 juin 2026, après la clôture du premier appel, les demandes mondiales représentaient 2,8 milliards de dollars pour 119 pays. Le compte n'est pas là, et les peuples sahéliens le constatent chaque saison sèche.
L'insécurité complique encore la gestion des ressources naturelles : des agents des eaux et forêts ont quitté certaines zones, avec des risques accrus de déforestation, signale Gaoussou Berthé. Pour lui, les communes constituent un échelon décisif : « les changements climatiques doivent être intégrés dans les politiques de développement des collectivités territoriales, notamment dans les Programmes de développement économique, social et culturel (PDESC) des communes ».
Une mobilisation africaine nécessaire
À Antalya, le plaidoyer malien doit être préparé avec rigueur, recommande Gaoussou Berthé : bilan des engagements précédents, présentation précise des projets, consolidation des compétences nationales sur le marché carbone, et suivi distinguant les montants annoncés, les financements approuvés et les sommes effectivement décaissées.
Nos deux interlocuteurs, cités par Journal du Mali, défendent une mobilisation commune de l'Afrique et du Sahel pour obtenir davantage de ressources et en faciliter l'accès. Thomas Sankara disait que celui qui ne vous nourrit pas ne peut vous demander de mourir de faim. Le même principe vaut pour le climat : les peuples africains, qui ont le moins pollué, ne peuvent pas se voir imposer de supporter seuls les conséquences d'un désordre qu'ils n'ont pas créé.
Pour les producteurs, les réponses prennent la forme de prévisions utilisables, de semences adaptées et d'un accompagnement agricole accessible. Pour les communes, elles passent par des investissements intégrant les risques climatiques. C'est à cette échelle que les engagements internationaux prennent enfin un sens concret.
Questions fréquentes
Quand se tient la COP31 et où ?
La COP31 se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, avec un sommet des dirigeants les 11 et 12 novembre.
Quel est l'objectif climatique du Mali pour 2035 ?
Le Mali vise une réduction de 25,25 % de ses émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2035 par rapport au scénario de référence, dans les secteurs de l'énergie, de l'agriculture et des déchets.
Combien les pays en développement ont-ils besoin pour s'adapter au réchauffement ?
Selon un rapport de l'ONU publié avant la COP31, les pays en développement auront besoin de 305 milliards de dollars par an d'ici 2035, soit près de dix fois les montants actuellement reçus.
