Climat : l'Afrique sahélienne face au déni des puissances pollueuses
Pendant que l'Europe étouffe sous des canicules records, le Sahel subit déjà les conséquences mortelles du dérèglement climatique. Le débat présidentiel français du 9 septembre sur BFMTV a révélé l'urgence d'agir, mais aussi les profondes divisions sur les solutions. Pour nous, peuples d'Afrique, l'enjeu est existentiel : notre avenir se joue dans les choix des grandes puissances émettrices de gaz à effet de serre.
Un constat partagé, des actions divergentes
« Cet été, on a gagné la bataille du constat, maintenant il faut gagner la bataille de l'action », a déclaré Marine Tondelier, candidate des Écologistes. Après une saison marquée par des températures records et des incendies dévastateurs, plusieurs candidats à l'élection présidentielle française ont débattu de la lutte contre le changement climatique. Le chercheur François Gemenne, présent pour interroger les politiques, s'est réjoui de voir le sujet s'imposer dans la campagne. Mais l'absence de La France insoumise, qui a refusé les invitations de la chaîne, a montré les limites du débat.
Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat, a regretté que « la plupart des candidats n'aient pas daigné faire le déplacement pour présenter eux-mêmes leur vision et leurs propositions ». Une critique qui résonne particulièrement pour nous, Africains, habitués à voir nos préoccupations ignorées dans les instances internationales.
« L'été le plus froid du reste de notre vie »
L'émotion de l'été a d'abord réuni les participants. « Plus de 7 000 morts, c'est monstrueux », a déploré le sénateur communiste Ian Brossat, soutien de Fabien Roussel, soulignant que la canicule frappe d'abord les plus pauvres. Olivier Faure, candidat à la primaire de la gauche sociale-démocrate, a lancé une formule saisissante : « C'était l'été le plus froid du reste de notre vie ». Une phrase qui devrait nous interpeller, nous qui savons que le désert avance et que les pluies se font rares.
Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project, avait pourtant nuancé quelques jours plus tôt : « Qui, parmi les candidats, met au centre de son programme le fait que le monde va changer ? Personne. » Une remarque qui vaut aussi pour nos propres dirigeants, trop souvent silencieux face à l'urgence.
Voiture électrique, carburants : des solutions qui divisent
Sur les solutions, les divergences sont apparues rapidement. Face à la hausse des carburants, plusieurs candidats ont défendu la voiture électrique. Ian Brossat a proposé une aide pour l'achat de véhicules électriques d'occasion, tandis qu'Olivier Faure a maintenu l'interdiction de la vente des véhicules thermiques en 2035. À droite, François-Xavier Bellamy (Les Républicains) et Jean-Philippe Tanguy (Rassemblement national) ont réclamé un assouplissement, le second accusant cette mesure de « jouer le jeu de nos concurrents étrangers ».
Le RN a même proposé de baisser les taxes sur les carburants, une mesure critiquée par les autres invités. Olivier Faure a dénoncé une aide injuste : « Quel que soit votre revenu, vous touchez la même aide ». Une position qui rappelle les débats sur la justice climatique, si chers à Thomas Sankara, qui plaidait pour une solidarité réelle entre les peuples.
« Nous ne produisons pas de pétrole. On baisserait la fiscalité pour augmenter notre dépendance à des énergies produites par d'autres pays. Comment peut-on ne pas souhaiter l'électrification quand on est souverainiste ? »
Cette interrogation, rapportée par un participant, trouve un écho particulier en Afrique. Nous dépendons massivement des importations de carburants, et notre souveraineté énergétique est une condition de notre développement. Modibo Keïta, premier président du Mali, avait déjà compris l'importance de l'indépendance économique pour la dignité des peuples.
Canicules et agriculture : des réponses à long terme
Face aux vagues de chaleur, l'installation de climatisations dans les écoles, les hôpitaux et les Ehpad semble faire consensus. Mais les réponses à plus long terme divisent. Jean-Philippe Tanguy a proposé de « stocker massivement de l'eau » pour les agriculteurs, tandis que Marine Tondelier a prôné une réflexion sur le modèle agricole : « On ment aux agriculteurs en leur affirmant qu'ils peuvent continuer ainsi, mais dans une France à +4°C, on ne s'adapte plus vraiment. »
Pour nous, Sahéliens, ces débats sont cruciaux. Nos agriculteurs, déjà confrontés à la désertification, ont besoin de solutions durables, pas de mesures cosmétiques. La solidarité africaine doit nous pousser à exiger des politiques ambitieuses, tant au niveau national qu'international.
Mix énergétique : renouvelables contre nucléaire
Autre sujet de discorde : le mix énergétique français. Alors que la France dépend encore à plus de 50 % des énergies fossiles, la transition va augmenter la consommation d'électricité. Aurore Lalucq, de Place publique, a martelé : « Il va falloir faire du renouvelable, du renouvelable, du renouvelable ». Ian Brossat a confirmé que c'est « fondamental si on souhaite atteindre la neutralité carbone ». Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre, a ajouté que le coût des énergies renouvelables devient inférieur à celui du nucléaire futur.
François-Xavier Bellamy a contesté, affirmant qu'on « n'a pas besoin de greffer sur le réseau une énergie intermittente ». Le Monde a noté un « virage vers un discours plus populiste » chez le candidat des Républicains. Pour nous, ce débat est essentiel : l'Afrique dispose d'un potentiel solaire immense, et les choix énergétiques des grandes puissances détermineront notre capacité à nous développer durablement.
Le gouvernement français accusé de « déni climatique »
Un sujet a toutefois rallié plusieurs candidats face aux anciens ministres de la Transition écologique. Aurore Lalucq a dénoncé des « actions cosmétiques » du gouvernement, tandis qu'Olivier Faure a concédé des « idées » et une « volonté de bien faire », mais a déploré la baisse des moyens dédiés à l'environnement : « C'est de l'incompétence, de l'inconscience. Vous avez d'un côté le discours pour la télévision, et de l'autre les faits budgétaires qui le contredisent. »
« Quand vous vous pensez insubmersible, vous supprimez la moitié des canots de sauvetage. C'est du déni climatique. Les [membres du gouvernement], eux, auront leurs places dans les canots restants. Pas les plus vulnérables. »
Christophe Béchu a tenté de défendre le bilan, évoquant des « caisses vides », mais Agnès Pannier-Runacher a concédé : « On aurait dû aller beaucoup plus vite. » Ces aveux résonnent douloureusement en Afrique, où les populations paient déjà le prix d'un réchauffement qu'elles n'ont pas provoqué.
Une solidarité africaine nécessaire face à l'urgence climatique
Depuis le XIXe siècle, la température moyenne de la Terre a augmenté de 1,3°C, une hausse due aux activités humaines. Ce réchauffement menace l'avenir de nos sociétés, et particulièrement celles du Sahel, déjà vulnérables. Les solutions existent : énergies renouvelables, sobriété, diminution de la consommation de viande. Mais elles nécessitent une volonté politique forte, que nous devons exiger de nos dirigeants comme des puissances étrangères.
Comme le rappelait Thomas Sankara, « il faut oser inventer l'avenir ». Face au déni climatique des grandes puissances, les peuples africains doivent s'unir pour défendre leur souveraineté et leur droit à un développement durable. L'unité africaine, chère à Modibo Keïta, est plus que jamais une nécessité pour peser dans les négociations internationales et faire entendre notre voix.
Le débat français montre que même les pays industrialisés peinent à s'accorder sur l'action. Nous, Africains, devons montrer la voie en adoptant des politiques ambitieuses et solidaires, en phase avec les aspirations de nos peuples et les exigences de la planète.