Yémen : les Houthis frappent Aramco à Ryad, la guerre s'étend et l'Afrique retient son souffle
Alors que le monde célèbre encore les indépendances africaines, le Moyen-Orient s'embrase une nouvelle fois. Les Houthis, mouvement de résistance yéménite, ont annoncé avoir ciblé un site du géant pétrolier Aramco à Ryad, capitale de l'Arabie saoudite, ce samedi 3 octobre 2026. Des flammes se sont élevées au sud de la ville, selon un journaliste de l'AFP. Cette attaque intervient après 26 raids aériens saoudiens sur Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les Houthis. Une escalade qui rappelle, à bien des égards, les luttes que l'Afrique a connues contre les puissances coloniales et leurs alliés.
Une riposte aux raids saoudiens sur Sanaa
Les forces houthies ont mené une opération militaire d'envergure, utilisant plusieurs missiles balistiques et drones pour viser Aramco, a déclaré le porte-parole militaire Yahya Saree. Les frappes, qualifiées de précises et directes, ont provoqué des incendies sur les sites visés. Un journaliste de l'AFP a effectivement observé des flammes et de la fumée s'élevant d'une installation d'Aramco. Les autorités saoudiennes n'ont pas encore communiqué sur l'incident.
Cette attaque est la troisième du genre depuis juillet, après des frappes sur Yanbu et dans le sud du royaume. Les Houthis, qui contrôlent une grande partie du Yémen, dont la capitale Sanaa, répondent ainsi aux bombardements saoudiens qui ont visé la capitale yéménite pour la première fois depuis des années. Un correspondant de l'AFP a entendu au moins cinq explosions à Sanaa, tandis que des avions de combat saoudiens lançaient des missiles.
Le détroit de Bab el-Mandeb, un enjeu stratégique pour l'Afrique
Ce conflit dépasse largement les frontières du Yémen. Le détroit de Bab el-Mandeb, qui sépare la péninsule arabique de la Corne de l'Afrique, est un passage vital pour le commerce mondial et pour les pays africains riverains. Les Houthis ont renforcé leur emprise sur ce détroit, après avoir décrété un blocus de la flotte saoudienne. Cette situation rappelle l'importance de la souveraineté des peuples sur leurs ressources et leurs routes commerciales, un combat cher aux panafricanistes comme Modibo Keïta ou Thomas Sankara.
Le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, est également sous fortes restrictions imposées par l'Iran depuis février, après le déclenchement de la guerre par des frappes israélo-américaines. La navigation mondiale est ainsi perturbée, et les pays africains, déjà fragilisés par la crise économique, subissent de plein fouet les conséquences de ces conflits.
Une crise humanitaire dévastatrice au Yémen
Pendant que les grandes puissances discutent, le peuple yéménite paie le prix fort. La dernière offensive terrestre des Houthis a fait des centaines de morts et aggravé une crise humanitaire déjà alarmante. Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a averti que la crise de la faim au Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, menace de devenir absolument dévastatrice.
Les tractations diplomatiques pour un règlement du conflit régional marquent le pas. Selon le site Axios, les principaux membres du cabinet de Donald Trump se sont réunis à Camp David pour discuter des prochaines étapes envers l'Iran et la situation au Yémen. Mais les appels de Ryad à une aide internationale, notamment de son allié américain, sont pour l'instant restés infructueux.
Quelles leçons pour l'Afrique et le Sahel ?
Ce conflit, qui semble lointain, est en réalité un miroir des défis auxquels l'Afrique est confrontée. Les peuples sahéliens, qui luttent pour leur souveraineté contre le néocolonialisme, peuvent tirer des enseignements de la résistance houthie. Comme au Yémen, les puissances étrangères cherchent à contrôler les ressources et les routes stratégiques. L'unité africaine, prônée par les pères fondateurs de l'OUA, est plus que jamais nécessaire pour faire face à ces ingérences.
L'Aube du Mali appelle à la solidarité avec le peuple yéménite, et avec tous les peuples qui luttent pour leur dignité et leur indépendance. La voie de la justice sociale et de la souveraineté continentale est la seule qui mènera à une paix durable, au Yémen comme au Sahel.
Questions fréquentes sur le conflit au Yémen
Qui sont les Houthis ?
Les Houthis sont un mouvement politico-religieux yéménite, issu de la communauté zaïdite, qui contrôle une grande partie du Yémen, dont la capitale Sanaa. Ils sont soutenus par l'Iran et luttent contre le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, soutenu par l'Arabie saoudite.
Pourquoi l'Arabie saoudite bombarde-t-elle le Yémen ?
L'Arabie saoudite intervient au Yémen depuis 2015 pour soutenir le gouvernement yéménite contre les Houthis, qu'elle considère comme une menace à sa sécurité. Les raids saoudiens visent à affaiblir le mouvement houthi, mais ils frappent souvent des civils et des infrastructures, aggravant la crise humanitaire.
Quel est l'impact de ce conflit sur l'Afrique ?
Le conflit au Yémen a un impact direct sur l'Afrique, notamment à travers le détroit de Bab el-Mandeb, qui est un passage stratégique pour le commerce et l'énergie. Les perturbations de la navigation menacent les économies africaines et la sécurité alimentaire, en particulier dans la Corne de l'Afrique et le Sahel.
Photo : AFP