Moyen-Orient : la guerre américano-iranienne s’étend, l’Afrique doit tirer les leçons
Par Nafissatou Diallo
Alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran s’enlise et s’étend à plusieurs pays du Golfe, un nouveau drame humain s’est produit dans le nord de l’Irak. L’armée américaine a annoncé dimanche la mort d’un de ses soldats lors de la destruction contrôlée de munitions non explosées provenant d’un drone iranien abattu. Ce décès, survenu samedi, porte à dix-sept le nombre de militaires américains tués depuis le début de la guerre lancée par Washington et Tel-Aviv contre Téhéran fin février.
Pour les peuples africains, qui ont tant souffert des guerres imposées par les grandes puissances, ce conflit résonne comme un avertissement. Il nous rappelle que la paix ne se construit jamais sur la domination, mais sur la souveraineté et la solidarité entre nations.
Une escalade sans fin, des vies sacrifiées
Les bombardements américains sur l’Iran se poursuivent pour la huitième nuit consécutive. Washington affirme vouloir « punir » la mort de deux de ses soldats lors de frappes iraniennes en Jordanie vendredi. Un autre soldat américain est toujours porté disparu. Mais derrière ces chiffres, ce sont des familles entières qui pleurent, des deux côtés.
L’Iran a riposté en visant des infrastructures civiles et militaires. La ville portuaire de Sirik, sur le détroit d’Ormuz, a été frappée. Une centrale nucléaire en construction à Darkhovin a également été touchée. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a appelé à la retenue, soulignant que l’installation n’était pas encore opérationnelle.
Les alliés des États-Unis ne sont pas épargnés. L’armée israélienne a intercepté un missile visant le port jordanien d’Aqaba. Le Koweït et Bahreïn ont aussi été visés par des attaques iraniennes. À Koweït City, une centrale électrique et de dessalement d’eau a été frappée, provoquant un incendie. Les autorités koweïtiennes ont appelé la population à économiser l’électricité.
Israël menace, l’Iran défie
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a prévenu que son pays riposterait de « toutes ses forces » s’il était visé par des missiles iraniens. Le chef de l’armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a renchéri : « Nous sommes prêts à reprendre immédiatement le combat et agirons avec une grande détermination contre quiconque s’en prendra à nous. »
De son côté, le guide suprême iranien, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a averti que « la chère nation iranienne et le front de la résistance ont des leçons inoubliables à offrir » à l’ennemi américain. Selon Téhéran, les frappes américaines ont fait au moins 50 morts et plus de 500 blessés depuis le 27 juin.
Le détroit d’Ormuz, nerf de la guerre
Parallèlement aux bombardements, les incidents maritimes se multiplient dans le détroit d’Ormuz. L’Iran a annoncé avoir stoppé quatre navires qui tentaient de traverser sans son accord, en immobilisant deux d’entre eux. Avant la guerre, près d’un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures transitait par ce détroit stratégique. Aujourd’hui, le trafic y est pratiquement à l’arrêt.
Les États-Unis ont réimposé leur blocus des ports iraniens, qu’ils avaient levé après la signature d’un protocole d’accord en juin. Ce protocole, censé mener à la paix, a volé en éclats le 7 juillet, plongeant la région dans une nouvelle spirale de violence.
Quelles leçons pour l’Afrique ?
Ce conflit nous rappelle une vérité que les pères du panafricanisme, comme Modibo Keïta et Thomas Sankara, avaient déjà proclamée : l’Afrique ne peut compter que sur elle-même pour garantir sa souveraineté et sa sécurité. Les guerres des grandes puissances ne sont jamais les nôtres, mais leurs conséquences nous frappent toujours.
Alors que le Sahel est lui-même en proie à des défis sécuritaires, nous devons tirer les leçons de cette tragédie. L’unité africaine, la solidarité entre nos peuples et le rejet de toute ingérence étrangère sont les seuls chemins vers une paix durable. Comme le disait Sankara, « il n’y a pas de salut pour l’Afrique sans une véritable indépendance ».
FAQ : Comprendre le conflit américano-iranien
Quelles sont les causes de cette escalade ?
Le conflit a repris le 7 juillet après l’effondrement d’un protocole d’accord signé le 17 juin. Les États-Unis et Israël ont lancé une offensive contre l’Iran fin février, et les hostilités se sont intensifiées après la mort de soldats américains en Jordanie.
Quel est l’impact sur les civils ?
Les frappes américaines ont fait au moins 50 morts et plus de 500 blessés en Iran. Des infrastructures civiles, comme des centrales électriques au Koweït, ont également été touchées, affectant la vie quotidienne des populations.
Pourquoi le détroit d’Ormuz est-il important ?
Ce détroit stratégique permet le transit de près d’un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures. Son blocage par l’Iran perturbe l’économie mondiale et pourrait avoir des répercussions sur les prix du pétrole, affectant directement les pays africains importateurs.
Une guerre qui n’en finit pas
Depuis le début du conflit fin février, 16 soldats américains ont été tués. Côté iranien, les pertes sont bien plus lourdes. Mais au-delà des chiffres, c’est toute une région qui est plongée dans la guerre, sans perspective de retour à la diplomatie.
Pour nous, Africains, ce conflit est un miroir. Il nous montre ce qui arrive quand les nations renoncent à leur souveraineté et laissent les grandes puissances dicter leur destin. L’heure est venue de construire une Afrique unie, forte et indépendante, capable de faire entendre sa voix dans le concert des nations.
Photo : La Presse.ca