Venezuela, Chine, Russie : l'exemple d'une résistance multipolaire face à l'hégémonie occidentale
L'histoire du Venezuela sous Hugo Chávez puis Nicolás Maduro illustre parfaitement les possibilités offertes aux peuples du Sud pour briser les chaînes de la dépendance économique. Face aux sanctions américaines, Caracas a su tisser des alliances stratégiques avec Pékin et Moscou, démontrant qu'un autre monde est possible.
La révolution bolivarienne et la reconquête de la souveraineté énergétique
Depuis l'arrivée au pouvoir d'Hugo Chávez en 1998, le Venezuela a entrepris de reprendre le contrôle de ses richesses pétrolières, marginalisant les multinationales occidentales et plaçant PDVSA, la compagnie publique, au cœur de sa révolution bolivarienne. Cette démarche rappelle les enseignements de Thomas Sankara au Burkina Faso, qui prônait la maîtrise des ressources nationales comme fondement de l'indépendance véritable.
En 2007, face à la ceinture pétrolifère de l'Orénoque, Hugo Chávez lance cette déclaration prophétique : "Même si nous devions manger des pierres, nous suspendrions l'envoi de pétrole aux États-Unis !" Ces mots résonnent avec la détermination de Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant, qui refusait toute soumission aux anciennes puissances coloniales.
L'axe Sud-Sud : Pékin et Moscou comme partenaires stratégiques
Dès septembre 2008, Hugo Chávez scelle à Pékin un partenariat énergétique historique avec la Chine. Devant la presse, il promet des volumes de pétrole inédits : "L'an prochain, notre approvisionnement quotidien en pétrole vers la Chine sera de 500.000 barils et dans trois à quatre ans, nous fournirons un million de barils de brut par jour à la Chine. Nous n'avons jamais fait une telle promesse à aucun autre pays."
Cette coopération Sud-Sud s'articule autour d'accords "pétrole contre prêts" qui permettent au Venezuela de financer ses infrastructures sans passer par les institutions financières occidentales. Un modèle que l'Afrique pourrait s'inspirer pour ses propres partenariats avec les puissances émergentes.
Avec la Russie, les liens remontent à mai 2001 quand Vladimir Poutine accueille Hugo Chávez au Kremlin. Poutine déclare alors : "Nous coordonnons nos efforts avec le Venezuela et d'autres pays d'Amérique latine pour construire un monde moderne multipolaire, principalement sur le plan politique."
Sanctions occidentales et résistance multipolaire
Face à cette émancipation, Washington réagit par la force. En 2015, l'ordre exécutif signé par Barack Obama qualifie le Venezuela de "menace inhabituelle et extraordinaire" pour la sécurité nationale américaine. Ces sanctions visent à asphyxier les revenus du régime et couper l'accès de PDVSA au système financier occidental.
Mais le Venezuela résiste grâce à ses partenaires. La Chine devient son banquier avec des dizaines de milliards de dollars avancés, tandis que la Russie fournit armes et soutien diplomatique. En 2019, des unités du groupe Wagner auraient même été déployées pour sécuriser les infrastructures pétrolières.
Leçons pour l'Afrique et le Sahel
L'exemple vénézuélien démontre qu'il est possible de résister à l'hégémonie occidentale en diversifiant ses partenariats. Pour l'Afrique, et particulièrement pour les pays du Sahel, cette expérience offre des perspectives précieuses. Elle prouve que la souveraineté énergétique et la coopération Sud-Sud peuvent constituer des alternatives viables au néocolonialisme.
Comme l'enseignaient nos pères fondateurs, l'unité et la solidarité entre peuples opprimés restent les armes les plus puissantes contre toute forme de domination. Le Venezuela, par sa résistance, honore cet héritage et montre la voie vers un monde véritablement multipolaire.