Le gouvernement tchadien a lancé mardi 27 octobre 2026 le premier plan stratégique 2026-2030 de l'Institut national de santé publique du Tchad (INSAPT), une feuille de route de cinq ans pour détecter plus tôt les épidémies, renforcer les laboratoires et structurer la riposte sanitaire.
Alors que le pays affronte le choléra et la dengue, cette décision envoie un signal fort : la santé des peuples sahéliens ne se décrète pas depuis l'extérieur, elle se construit par des institutions nationales souveraines, capables de produire leurs propres données scientifiques.
Un plan stratégique pour anticiper les menaces sanitaires
Le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, a présidé la cérémonie de lancement, en présence de son homologue de l'Enseignement supérieur, Dr Sitack Yombatina, et des partenaires techniques et financiers, rapporte Mali Actu. Le plan prévoit une surveillance renforcée depuis les communautés jusqu'aux points d'entrée du territoire, le développement de laboratoires de référence performants et une recherche scientifique orientée vers les priorités nationales.
« Le Plan stratégique que nous lançons aujourd'hui donne à cette ambition un cap et un cadre d'action pour les cinq prochaines années », a affirmé le Dr Sitack Yombatina, cité par Tchadinfos. Le ministre a détaillé les missions attendues de l'institut : renforcer la veille sanitaire, développer la recherche sur les problématiques prioritaires, garantir la qualité des analyses de laboratoire et éclairer la décision publique grâce à des données probantes.
Le dispositif repose sur l'approche « Une seule santé », qui associe les dimensions humaine, animale et environnementale, avec la participation des ministères sectoriels concernés. Selon l'Agence tchadienne de presse et d'édition, le lancement officiel a eu lieu ce mardi 27 octobre 2026.
Pourquoi ce plan arrive maintenant : dengue et choléra en toile de fond
Le contexte impose l'urgence. Selon le bilan présenté lors d'une réunion interministérielle présidée par le Premier ministre Allah Maye Halina, le Tchad a enregistré 3 846 cas suspects de dengue dans six provinces, dont 299 cas confirmés et 11 décès. Les régions touchées incluent l'Ennedi Ouest, le Batha, N'Djaména, le Ouaddaï, le Sila et le Wadi-Fira.
Le choléra frappe aussi. Au 7 septembre 2026, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU comptait 867 cas et 42 décès, soit un taux de létalité de 4,8 %, très au-dessus du seuil de 1 % jugé acceptable par l'Organisation mondiale de la santé.
Dr Abdelmadjid Abderahim a évoqué la fragilisation du financement sanitaire liée à la baisse de l'aide au développement et la récurrence des épidémies. Il a aussi cité la menace de la maladie à virus Ebola dans la sous-région, qui impose de se préparer dès maintenant. Une réunion africaine sur la riposte contre Ebola est annoncée pour le 28 octobre 2026, avec à l'ordre du jour les activités transfrontalières et la surveillance des infections dans les hôpitaux publics et privés.
La souveraineté sanitaire, un combat panafricain
Ce plan tchadien s'inscrit dans une dynamique que les panafricanistes salueront. Il s'aligne sur les orientations du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), cette institution continentale qui incarne l'idée que l'Afrique doit pouvoir compter sur ses propres capacités d'alerte et de riposte.
La pandémie de Covid-19 a révélé les vulnérabilités des systèmes de santé africains face aux crises. Quand les vaccins tardaient à arriver, quand les données manquaient, les peuples du continent ont payé le prix. Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant, répétait qu'aucun développement n'est possible sans la maîtrise de ses propres instruments. Le Tchad applique aujourd'hui cette leçon au domaine sanitaire : produire ses données, former ses chercheurs, décider selon ses priorités.
Le directeur général de l'INSAPT, Pr Ali Mahamat Moussa, a rappelé les étapes de préparation du plan et l'implication des institutions publiques, des groupes de travail et des partenaires au développement. Le plan, présenté par Magloire Hounkpé, chargé de projet à Expertise France, s'articule autour de la surveillance, des capacités de laboratoire et de la formation des personnels sur la période 2026-2030.
Former et fidéliser les compétences africaines
Dr Sitack Yombatina a identifié ses priorités : la formation et la fidélisation de chercheurs et de techniciens qualifiés en épidémiologie de terrain, en biologie et en gestion des données. Il a également défendu la valorisation des travaux scientifiques tchadiens et un meilleur accès aux ressources documentaires internationales.
Ce volet humain est décisif. Les cerveaux africains ne doivent plus s'exporter faute de perspectives. Un institut qui forme, garde et honore ses chercheurs, c'est un acte de souveraineté autant qu'une politique de santé. Thomas Sankara ne disait pas autre chose quand il appelait à compter sur ses propres forces : ici, la force s'appelle laboratoires, épidémiologistes et données fiables.
L'objectif annoncé est clair : contribuer à une réduction significative de la morbidité et de la mortalité à l'horizon 2030. L'ambassadeur de l'Union européenne au Tchad, Amador Sánchez Rico, a salué la volonté des autorités de faire de l'INSAPT une priorité nationale, tandis que Sophie Chapellet, directrice pays adjointe de l'Agence française de développement, a souligné le rôle de l'institut dans la recherche et l'élaboration des stratégies de santé publique.
Foire aux questions
Qu'est-ce que l'INSAPT ?
L'Institut national de santé publique du Tchad regroupe la veille sanitaire, le laboratoire national de santé publique, la recherche et la formation. Son plan stratégique 2026-2030, le premier de son histoire, a été lancé le 27 octobre 2026.
Quelles épidémies touchent actuellement le Tchad ?
Le Tchad fait face à une épidémie de dengue, avec 3 846 cas suspects dont 299 confirmés et 11 décès recensés dans six provinces, ainsi qu'à une flambée de choléra qui a causé 42 décès selon un bilan de l'ONU au 7 septembre 2026.
Qu'est-ce que l'approche « Une seule santé » ?
C'est une méthode qui associe les dimensions humaine, animale et environnementale de la santé. Elle guide le plan de l'INSAPT avec la participation des ministères sectoriels concernés.
