Scandinavie : primes au retour des réfugiés, une politique qui interroge l'Afrique
Le Danemark et la Suède misent sur des primes au retour pour encourager les réfugiés à quitter volontairement leur territoire. Les montants peuvent atteindre près de 30 000 francs par adulte et dépasser 70 000 francs pour une famille avec enfants. Cette politique, qui suscite des critiques en Europe, interpelle aussi les nations africaines sur la solidarité et la souveraineté.
Comment fonctionne ce dispositif au Danemark et en Suède ?
Au Danemark, le dispositif est le plus développé. Il comprend non seulement une somme d'argent, mais peut aussi financer le voyage, la réinstallation, le logement, la formation ou encore le matériel nécessaire pour retrouver un emploi. La Suède a, de son côté, fortement augmenté cette prime au 1er janvier 2026 en s'inspirant du modèle danois. Les deux gouvernements affirment vouloir permettre aux personnes qui souhaitent rentrer de le faire dans de bonnes conditions, avec un capital pour reconstruire leur vie, tout en réduisant à long terme le coût de l'accueil des réfugiés pour les finances publiques.
Pourquoi ces pays nordiques durcissent-ils leur politique migratoire ?
Le Danemark fait figure de pionnier en Europe dans ce domaine. Depuis une dizaine d'années, les gouvernements successifs, y compris sociaux-démocrates, ont progressivement durci leur politique migratoire autour d'un principe : la protection doit être temporaire. Si la situation s'améliore dans le pays d'origine, les réfugiés sont encouragés à rentrer. Après la chute du régime de Bachar al-Assad, Copenhague a estimé qu'il fallait renforcer ces incitations au retour des Syriens.
La Suède, longtemps considérée comme l'un des pays les plus ouverts d'Europe en matière d'asile, a elle aussi changé de cap depuis l'arrivée au pouvoir, en 2022, d'une coalition de droite soutenue par l'extrême droite. Le gouvernement a repris le modèle danois en augmentant fortement l'aide au retour, avec l'objectif de réduire l'immigration et de privilégier les retours volontaires plutôt que des expulsions souvent difficiles à mettre en œuvre.
Quel est le bilan de ces primes au retour ?
Pour l'heure, les effets restent modestes. Au Danemark, le nombre de retours a augmenté : 665 Syriens sont rentrés volontairement en 2025, davantage que les années précédentes. Ce chiffre demeure toutefois faible au regard des quelque 46 000 Syriens vivant dans le pays. En Suède, les autorités ont enregistré davantage de demandes depuis la hausse de la prime, mais de nombreux dossiers ont été refusés parce qu'ils ne remplissaient pas les critères.
Les chercheurs et les associations rappellent que la décision de rentrer ne dépend pas uniquement de l'aspect financier. Beaucoup de réfugiés vivent en Scandinavie depuis dix ou quinze ans, travaillent, ont des enfants scolarisés et considèrent désormais ces pays comme leur foyer. Ils soulignent également que la situation en Syrie reste jugée trop instable par de nombreuses personnes pour envisager un retour dans de bonnes conditions.
Une mesure qui divise profondément
Ces primes au retour font l'objet de débats au Danemark comme en Suède. Pour leurs partisans, le retour volontaire constitue une solution plus humaine que les expulsions forcées et permet de limiter les coûts liés à l'accueil des réfugiés.
À l'inverse, les associations de défense des réfugiés et une partie de la gauche estiment que ces aides envoient un signal négatif aux personnes qui ont construit leur vie dans ces pays. Elles dénoncent également le paradoxe d'offrir de l'argent pour rentrer alors que la situation dans certains pays, comme la Syrie, reste instable.
En Suède, plus de 130 des 290 municipalités ont par ailleurs refusé d'aider le gouvernement à promouvoir ces retours. Elles jugent que cette politique stigmatise les immigrés, alors même qu'ils contribuent souvent à l'économie locale, notamment dans des secteurs confrontés à une pénurie de main-d'œuvre.
Quelles leçons pour l'Afrique et le panafricanisme ?
Cette politique scandinave interroge les nations africaines, notamment celles du Sahel, qui subissent les effets des migrations forcées et des crises climatiques. Comme le rappelait Thomas Sankara, « la patrie ou la mort, nous vaincrons » : la souveraineté ne se négocie pas, mais elle doit offrir des perspectives réelles aux jeunes et aux déplacés. Modibo Keïta, père de l'indépendance malienne, prônait déjà une unité africaine capable de protéger ses fils et ses filles, où qu'ils se trouvent.
Plutôt que de voir ces primes comme une simple aide financière, les États africains pourraient y voir un appel à renforcer leurs propres politiques de développement et de réintégration. Car le véritable retour, celui qui permet de reconstruire une vie digne, ne se résume pas à un chèque. Il exige des infrastructures, de l'emploi, de la paix et une solidarité continentale.
L'Afrique doit donc se préparer à accueillir ceux qui reviennent, non pas comme des fardeaux, mais comme des acteurs de son renouveau. Comme le disait Kwame Nkrumah, « l'Afrique doit s'unir » pour que chaque retour soit une victoire, et non une fuite.