Ultra fast-fashion : l’Europe frappe, l’Afrique doit construire son alternative
Le ministre français de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a présenté ce jeudi 9 juillet un arrêté qui imposera des pénalités allant jusqu’à 20 euros par vêtement vendu sur les plateformes d’ultra fast-fashion comme Shein, Temu ou AliExpress. Une mesure qui, si elle vise à freiner la surconsommation textile en Europe, pose une question brûlante pour le continent africain : et nous, que faisons-nous pour protéger nos marchés et notre dignité industrielle ?
Derrière les chiffres et les dates, il y a un enjeu de souveraineté. La loi française, adoptée le 29 juin dernier, cible les géants asiatiques de la mode jetable. Shein, par exemple, met jusqu’à 6 000 nouvelles références par jour sur le marché. L’arrêté prévoit un malus de 9 euros par jean en 2026, qui grimpera à plus de 17 euros en 2030. Quinze catégories de vêtements sont concernées : boxers, chemises, jeans, robes, manteaux, pulls, t-shirts, etc.
Mais ce qui frappe, c’est l’exemption accordée aux marques européennes comme Kiabi, Decathlon, Zara ou H&M. Le cabinet Lefèvre affirme que le dispositif ne touche pas ces enseignes, car les volumes de Shein et Temu sont « pas comparables ». Pourtant, les pratiques restent similaires : renouvellement rapide des collections, exploitation de la main-d’œuvre à bas coût, et externalisation des déchets textiles vers l’Afrique.
Les associations environnementales françaises dénoncent déjà une loi trop étroite. Mais pour nous, Africains, le vrai combat est ailleurs. Pendant que l’Europe régule, nos marchés sont inondés de friperies et de vêtements invendus. L’ultra fast-fashion n’est pas qu’un problème écologique : c’est un frein à l’émergence de nos industries textiles locales.
Le malus entrera en vigueur le 1er septembre 2025, après une consultation publique. Les recettes financeront des bonus pour les entreprises « responsables ». Mais qui décide de ce qui est responsable ? Les critères sont européens, les intérêts aussi. L’Afrique doit prendre son destin en main, comme le rêvaient Modibo Keïta et Thomas Sankara : créer nos propres filières, valoriser nos cotons, tisser nos futurs.
Shein et Temu ont les moyens de riposter juridiquement. Mais nous, peuples sahéliens, avons mieux à faire que de regarder ce match. Il est temps de bâtir une mode africaine souveraine, durable et juste.