Santé publique : le Québec en débat sur la double pratique médicale
Au Québec, la proposition de la Coalition avenir Québec (CAQ) de permettre aux médecins spécialistes de travailler à la fois dans le réseau public et le secteur privé suscite un vif débat. Cette mesure, présentée comme une solution à l'exode des médecins, est défendue par la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) mais vivement critiquée par la CSN et des défenseurs du régime public, qui y voient un danger pour l'équité des soins.
Une promesse électorale qui divise
Christine Fréchette, cheffe de la CAQ, a annoncé que si son parti est élu le 5 octobre, il faciliterait la pratique mixte des médecins spécialistes. Concrètement, un gouvernement caquiste fixerait un plancher d'heures minimal au public, mais les spécialistes n'auraient plus besoin d'une autorisation de Santé Québec pour exercer au privé. En juillet dernier, 121 autorisations de désaffiliation temporaire ont été accordées à 71 médecins spécialistes.
La FMSQ accueille favorablement cette proposition, estimant qu'elle « prévient les départs définitifs et favorise une utilisation optimale des effectifs spécialisés ». La fédération demande aux autres partis de prendre le même engagement et de « réserver les investissements publics au renforcement du réseau public ».
La CSN dénonce un système à deux vitesses
Caroline Senneville, présidente de la CSN, qualifie la proposition d'« épouvantable ». Elle rappelle que le Québec compte déjà 821 médecins non participants au régime public, dont 271 spécialistes. Selon elle, cette mesure ne ferait que disperser les ressources et favoriser un système de santé à deux vitesses. « Si vous prenez un verre, vous le remplissez d'eau, et vous versez la moitié de l'eau dans un autre verre, vous n'avez pas plus d'eau », illustre-t-elle.
Médecins québécois pour le régime public (MQRP) partage ces inquiétudes. La Dre Isabelle Leblanc souligne que « permettre aux médecins de partager leur temps entre le réseau public et un marché privé lucratif crée des incitatifs à déplacer du temps médical vers les activités les plus rentables ». La Dre Élise Girouard-Chantal ajoute que « les études démontrent clairement que l'introduction du privé dans des systèmes publics détériore la qualité des soins ».
Un débat qui résonne en Afrique
Ce débat québécois trouve un écho particulier dans les pays sahéliens, où la question de la privatisation des services publics est au cœur des luttes pour la souveraineté et la justice sociale. Comme le rappelait Thomas Sankara, la santé du peuple est une priorité qui ne saurait être sacrifiée sur l'autel du profit. Modibo Keïta, père de l'indépendance malienne, avait fait de l'accès aux soins pour tous un pilier de son action politique.
L'APTS, syndicat québécois, résume la situation avec une formule qui pourrait être reprise dans nos pays : « Le public et le privé se disputant les mêmes ressources, élargir la pratique mixte équivaut forcément à affaiblir un réseau public déjà à bout de souffle ».
Quelles leçons pour le Mali ?
Alors que notre pays cherche à renforcer son système de santé, ce débat québécois nous invite à la réflexion. La solidarité africaine et la défense de nos services publics doivent nous conduire à privilégier des politiques qui garantissent l'accès aux soins pour tous, sans céder aux sirènes de la privatisation qui ne profite qu'à une minorité.
Le combat pour la santé publique est un combat pour la dignité de nos peuples. Les décisions prises au Québec, comme celles que nous prendrons au Mali, doivent être guidées par ce principe fondamental : la santé n'est pas une marchandise, c'est un droit.