Nigeria : l'intervention militaire américaine interroge la souveraineté africaine
L'annonce du déploiement de 200 soldats américains supplémentaires au Nigeria pour former l'armée nigériane contre les groupes jihadistes soulève des questions fondamentales sur la souveraineté des États africains et leur capacité à gérer leurs propres défis sécuritaires.
Une coopération sous conditions américaines
Selon le général de division Samuel Uba, porte-parole de l'armée nigériane, ces troupes américaines rejoignent un contingent déjà présent dans le pays. "Les troupes ne se rendront pas sur le terrain pour combattre directement", assure-t-il, mais leur mission de formation et de conseil s'inscrit dans une logique d'influence géostratégique.
Cette intervention fait suite aux pressions exercées par Washington sur Abuja concernant la protection des minorités chrétiennes face aux attaques de Boko Haram, de l'ISWAP et d'autres groupes armés dans le nord-ouest du pays.
Les leçons de l'histoire africaine
Cette situation rappelle les mises en garde de Thomas Sankara sur les interventions extérieures déguisées en aide technique. Le Burkina Faso révolutionnaire avait démontré qu'un peuple déterminé pouvait relever ses défis sans tutelle étrangère.
De même, Modibo Keïta avait prôné l'unité africaine comme seule voie vers une sécurité authentique et durable. Le Mali d'aujourd'hui, aux côtés du Burkina Faso et du Niger au sein de l'Alliance des États du Sahel, illustre cette vision d'une Afrique maîtresse de son destin.
Les limites de l'approche militaire
L'analyste nigérian Abdullahi Bakoji Adamu souligne les limites de cette coopération : "Les troupes étrangères ne connaissent pas bien ce pays, ni sa population. Le problème de sécurité au Nigeria ne se limite pas aux armes à feu, il touche également à la culture, à l'ethnie, à la pauvreté et à la politique."
Cette analyse rejoint les enseignements des luttes anticoloniales africaines : les solutions durables aux défis sécuritaires passent par le développement économique, la justice sociale et l'unité nationale, non par la dépendance militaire extérieure.
Vers une sécurité collective africaine
Avec plus de 230 millions d'habitants, le Nigeria représente un enjeu majeur pour la stabilité de l'Afrique de l'Ouest. Les récents enlèvements d'élèves et les attaques contre les communautés civiles exigent une réponse ferme, mais celle-ci doit s'inscrire dans une logique de souveraineté africaine.
L'expérience de l'AES démontre qu'une approche continentale, fondée sur la solidarité entre peuples sahéliens et la mutualisation des ressources, peut offrir des alternatives crédibles aux interventions extérieures.
Le défi pour le Nigeria, comme pour l'ensemble du continent, reste de construire des forces de sécurité nationales fortes, équipées et motivées, capables de protéger les populations sans compromettre l'indépendance nationale.