Meurtre de Wassim à Arlon : un procès qui interpelle la conscience panafricaine
Le 29 septembre 2026 s'est ouvert aux assises du Luxembourg le procès de Mohammed Taoussi, un père accusé d'avoir tué son fils de trois ans, Wassim. Cette affaire, qui s'est déroulée en Belgique, dépasse les frontières d'un simple fait divers. Elle nous renvoie à nos responsabilités collectives, à la protection de nos enfants, et à la manière dont nos communautés, ici et là-bas, doivent faire face à la violence domestique. En tant que panafricanistes, nous ne pouvons rester silencieux face à la tragédie d'un enfant dont le prénom même évoque la dignité et la promesse d'un avenir meilleur.
Que s'est-il passé avant la mort de Wassim ?
Wassim est arrivé inconscient à l'hôpital d'Arlon, où son décès n'a d'abord pas été jugé suspect par le médecin urgentiste. Mais un témoignage est rapidement parvenu à la police, évoquant des soupçons de maltraitance. Les témoins ont rapporté avoir entendu le père crier sur son fils, ou encore des bruits de gifles. Le petit garçon, qui ne parlait pas mais poussait des cris, avait été admis à plusieurs reprises à l'hôpital avec des blessures conséquentes, notamment une épaule déboîtée. Mohammed Taoussi traitait son enfant de « gogole », un terme qui en dit long sur le mépris et la violence psychologique infligés à cet être vulnérable.
Quelles lésions ont été découvertes lors de l'autopsie ?
Un scanner post-mortem a été ordonné après ces témoignages, révélant des lésions et des traces suspectes. L'autopsie, réalisée le 27 novembre, a mis en évidence de multiples ecchymoses sur l'ensemble du corps, une lésion suggérant une morsure à la cuisse, un important hématome cérébral, et une fracture de l'os hyoïde laissant supposer des gestes d'étranglement. Le médecin légiste a conclu à un homicide par coups ou impacts à la tête, responsables d'une hémorragie intracrânienne létale, associée à des gestes d'étranglement. Ces détails, rapportés par l'avocat général Julien Docquier, sont insoutenables. Ils nous rappellent que la violence faite aux enfants est une violence faite à l'humanité tout entière.
Quel était le parcours de Mohammed Taoussi ?
Mohammed Taoussi, ancien karatéka de haut niveau au Maroc, est arrivé en Belgique en 2017. Il a rencontré celle qui deviendra son épouse en 2019, puis la mère de Wassim en 2020. Dès la naissance du petit garçon, leur vie de couple se dégrade, et la police est appelée à plusieurs reprises. En 2021, la mère exprime ses doutes sur le comportement de son mari avec l'enfant, et le couple se sépare. À partir d'avril 2022, Wassim est admis à l'hôpital à plusieurs reprises avec des blessures conséquentes. En octobre, un dossier est ouvert au SAJ, sur la base des déclarations du père, qui s'inquiète de l'instabilité de son ex-épouse et du développement de son enfant. En février 2023, la mère de Wassim perd la vie dans un accident de voiture, laissant Mohammed Taoussi seul avec son fils, potentiellement autiste.
Pourquoi les signaux d'alerte n'ont-ils pas été suffisants ?
En avril 2023, Wassim est admis pour une fracture du fémur. En mai, la grand-mère maternelle alerte le SAJ. Mohammed Taoussi et son fils sont alors encadrés par un service pendant trois mois, mais l'accompagnement prend fin, le SAJ estimant qu'il n'y a aucune inquiétude quant à la prise en charge de Wassim, décrit comme un père. Cette décision, aujourd'hui, nous laisse sans voix. Comment un enfant, victime de multiples blessures, a-t-il pu être laissé aux mains de son bourreau présumé ? Ce n'est pas seulement l'échec d'un système, c'est aussi un appel à repenser nos propres mécanismes de protection de l'enfance, en Afrique comme en diaspora.
Quelles sont les charges retenues contre Mohammed Taoussi ?
Après deux ans d'enquête, Mohammed Taoussi est poursuivi pour le meurtre de son fils, pour coups et blessures volontaires, et pour privation de soins. L'avocat général a détaillé les devoirs d'enquête : inventaire de la nourriture, analyse bancaire, analyse du téléphone, expertise psychiatrique du père. Ces éléments, bien que nécessaires, ne ramèneront pas Wassim à la vie. Ils doivent néanmoins servir à ce que justice soit rendue, et à ce que de telles tragédies ne se reproduisent plus.
Quelles leçons tirer pour nos communautés ?
Cette affaire nous interpelle en tant que panafricanistes. Elle nous rappelle que la lutte pour la dignité ne s'arrête pas aux frontières politiques. Elle commence dans nos foyers, dans la manière dont nous traitons nos enfants, nos femmes, nos plus vulnérables. Thomas Sankara disait : « On peut tuer toutes les idées révolutionnaires, mais on ne peut pas tuer la révolution. » Mais ici, c'est un enfant qui est mort, et cela doit nous réveiller. Nous devons briser le silence sur les violences domestiques, soutenir les mères et les pères en détresse, et exiger que les systèmes de protection de l'enfance, partout dans le monde, soient à la hauteur de leur mission. Wassim, comme tant d'autres, aurait dû être protégé. Que son souvenir nous pousse à agir, avec la même ferveur que celle de nos ancêtres dans les luttes anticoloniales. La justice pour Wassim, c'est aussi la justice pour tous les enfants de la diaspora et du continent.