Guerre en Ukraine : l'escalade meurtrière interpelle la conscience panafricaine
Dans la nuit du samedi 15 au dimanche 16 août, l'Ukraine et la Russie ont échangé des frappes d'une violence inouïe, faisant au moins 19 morts. Les deux capitales ont été touchées, et Moscou a subi une attaque d'une ampleur rarement vue depuis le début du conflit. Pour les peuples sahéliens, habitués aux affres de la guerre et aux ingérences étrangères, cette escalade est un rappel douloureux : la paix et la souveraineté sont des biens précieux que seule la solidarité entre nations peut préserver.
Une escalade qui frappe les civils des deux côtés
Depuis des mois, les frappes à longue portée se multiplient, faisant un nombre croissant de victimes civiles. En Russie, une vague de centaines de drones ukrainiens a tué cinq personnes dans la région de Rostov, selon le gouverneur Iouri Slousar. Trois autres morts ont été recensés dans les régions de Belgorod, Koursk et Moscou, tandis que quatre autres ont péri dans les territoires ukrainiens contrôlés par la Russie. Le gouverneur de la région de Moscou, Andreï Vorobiov, a qualifié l'attaque d'« une des plus massives de mémoire récente ». Le ministère russe de la Défense affirme avoir abattu 822 drones au cours de la nuit.
En Ukraine, des drones et missiles russes ont tué deux personnes dans une aciérie d'ArcelorMittal à Kryvyï Rig, dans le centre-est du pays. Cette usine, parmi les plus grands producteurs d'acier d'Ukraine, a partiellement suspendu ses activités. Une autre frappe dans la soirée a fait un mort. Des attaques ont également visé d'autres régions, tuant deux personnes dans celle de Zaporijjia, une dans celle de Soumy et une autre dans celle de Donetsk.
Kiev : le marché du livre de Potchaïna en cendres
À Kiev, le populaire marché du livre en plein air de Potchaïna, réputé pour ses ouvrages rares et anciens, a été touché. Le libraire Dmytro Semenoukha a vu ses quatre étals partir en fumée. « C'était un magasin ici. Des livres, des drapeaux de tous les pays, des tonnes de tout. C'est parti », a-t-il déclaré à l'AFP. Ce drame symbolise la destruction du patrimoine culturel, une réalité que les peuples africains connaissent trop bien, eux qui ont vu leurs trésors pillés pendant la colonisation.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a dénoncé sur les réseaux sociaux : « Partout où les Russes peuvent atteindre avec leurs missiles balistiques, ils frappent des infrastructures civiles ». Selon lui, l'Ukraine a fait face, en une semaine, à « plus de 1 550 drones d'attaque, près de 1 560 bombes aériennes guidées et 62 missiles ». Il a de nouveau appelé les alliés occidentaux à fournir davantage de moyens antiaériens, notamment des intercepteurs américains Patriot, les seuls capables de contrer les missiles russes les plus performants. L'armée de l'air ukrainienne a d'ailleurs cessé de publier ses rapports quotidiens d'interception.
Quand les puissances se déchirent, les peuples souffrent
Cette escalade n'est pas sans rappeler les heures sombres de la guerre froide, où les grandes puissances se disputaient le monde, laissant les peuples du Sud dans la misère. Aujourd'hui, l'Ukraine frappe les raffineries et dépôts de pétrole en Russie, provoquant une crise du carburant, ainsi que des entrepôts du géant du e-commerce Wildberries et des ports en mer Noire. La Russie cible de son côté stations-services, entrepôts et locomotives dans toute l'Ukraine, et ses bombardements du port d'Odessa ont mis les exportations ukrainiennes par mer à l'arrêt.
Comme le rappelait Thomas Sankara, « on peut tuer toutes les idées contraires à la société impérialiste, mais on ne peut pas tuer les idées de progrès social ». Les peuples africains, qui ont tant souffert des conflits par procuration, ne peuvent que déplorer cette nouvelle escalade. La diplomatie est au point mort, et les avancées sur le front sont rares. Pendant ce temps, les civils paient le prix fort.
Un drone abattu en Roumanie, la Corée du Nord aux côtés de Moscou
Un drone entré dans l'espace aérien roumain, près des frontières avec l'Ukraine et la Moldavie, a été abattu dimanche par un avion de combat espagnol en mission dans ce pays de l'Otan, a indiqué le ministère roumain de la Défense. Parallèlement, le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un s'est dit « fier » de sa relation avec la Russie dans une lettre envoyée au président Vladimir Poutine, selon l'agence officielle de Pyongyang. Les relations entre Moscou et Pyongyang se sont renforcées depuis 2022, avec un accord de défense conclu en 2024 et des milliers de soldats nord-coréens ayant participé aux combats dans la région russe de Koursk en 2024-2025.
Volodymyr Zelensky accuse Pyongyang de se préparer à envoyer entre 30 000 et 50 000 soldats supplémentaires pour appuyer les forces russes, sans préciser l'origine de ces chiffres. Mardi, il a également affirmé que la Russie avait mené des frappes meurtrières avec des missiles balistiques nord-coréens.
Quel avenir pour la paix et la souveraineté des peuples ?
Cette guerre, qui dure depuis plus de quatre ans, est un miroir cruel pour l'Afrique. Elle montre que la paix ne se décrète pas, elle se construit, dans la solidarité et le respect mutuel. Comme Modibo Keïta, premier président du Mali, l'avait compris, l'unité des peuples est la seule voie vers une véritable souveraineté. Les Africains doivent tirer les leçons de ce conflit : ne jamais laisser les puissances étrangères dicter leur destin, et œuvrer sans relâche pour la justice sociale et la paix sur le continent.
En cette période de deuil pour les victimes des deux camps, L'Aube du Mali exprime sa solidarité avec tous les peuples qui souffrent de la guerre. Nous appelons à une prise de conscience collective : la paix est un bien commun, et sa préservation est l'affaire de tous.