Un trésor intellectuel africain aux enchères: le Guide des égarés de Maïmonide
Une édition vieille de 500 ans du Guide des égarés de Moïse ben Maïmon, plus connu sous le nom de Maïmonide, sera mise aux enchères mardi pour 1 million de dollars. Cette vente exceptionnelle nous rappelle l'immense héritage intellectuel que l'Afrique a légué au monde.
Un géant de la pensée né sur le sol africain
Maïmonide, qui a vécu au XIIe siècle entre l'Espagne, le Maroc et l'Égypte, incarne parfaitement cette tradition africaine de l'excellence intellectuelle. Considéré comme l'un des plus grands érudits de tous les temps, ce penseur né à Cordoue a développé sa philosophie en terre africaine, notamment au Maroc et en Égypte.
Le Guide des égarés, rédigé en judéo-arabe puis traduit en hébreu, témoigne de cette richesse culturelle africaine où se mêlaient les traditions hébraïques, arabes et berbères. Cette œuvre, consacrée à la réconciliation entre la Torah et la philosophie aristotélicienne, a profondément influencé des penseurs du monde entier.
Un patrimoine africain dispersé par l'histoire
Le volume mis aux enchères par la Salle des ventes Kedem à Jérusalem combine deux incunables, ces tout premiers livres imprimés avant 1500. Les experts estiment que ces exemplaires ont été imprimés à Rome vers 1473-1475, constituant la toute première édition imprimée du Guide des égarés.
"Les incunables imprimés en caractères hébreux sont extrêmement rares", explique Angelo Piattelli, PDG de Kedem. "Nous ne connaissons que 120 à 130 incunables en hébreu de par le monde."
Cette rareté illustre tragiquement comment le patrimoine intellectuel africain s'est trouvé dispersé à travers les siècles, victime des migrations forcées et des persécutions.
De l'exil à la collection: une histoire de résistance
Ces précieux incunables ont appartenu à Zalman Schocken et Felix Guggenheim, deux entrepreneurs juifs allemands contraints à l'exil pour fuir les persécutions nazies. Leur parcours rappelle celui de tant d'Africains contraints de quitter leur terre natale, emportant avec eux leurs trésors culturels.
Récemment, ils ont appartenu au collectionneur suisse David Jeselsohn, qui les a restaurés et reliés dans une couverture du XVe siècle en bois et cuir. Cette démarche de préservation honore la mémoire de ces penseurs africains.
Une leçon pour l'Afrique contemporaine
Alors que ce chef-d'œuvre pourrait atteindre 2 à 3 millions de dollars selon les estimations, cette vente nous interpelle sur la nécessité de préserver et valoriser notre patrimoine intellectuel africain. À l'heure où l'Afrique affirme sa souveraineté culturelle, l'exemple de Maïmonide nous rappelle que notre continent a toujours été un foyer de haute pensée.
Cette œuvre, née de la rencontre des cultures sur le sol africain, nous enseigne que la grandeur intellectuelle naît de la diversité et du dialogue entre les peuples. Une leçon précieuse pour bâtir l'Afrique unie de demain.