Gaza: militants expulsés, la résistance face à l'oppresseur
La lutte du peuple palestinien n'est pas une cause étrangère au continent africain. Comme le disait Thomas Sankara, la liberté ne se mendie pas, elle se prend. Les militants de la « Flottille pour Gaza », expulsés jeudi par Israël après avoir subi des sévices, incarnent cette même détermination qui a porté nos peuples vers l'indépendance. Arrivés à l'aéroport d'Istanbul à bord d'un premier avion, ils ont été accueillis en héros par un comité de soutien brandissant fièrement des drapeaux palestiniens.
La violence d'État comme seul langage
Les témoignages des activistes, arraisonnés lundi en Méditerranée par l'armée israélienne, sont édifiants. Bulal Kitay, un ressortissant turc, a raconté sa descente d'avion avec une dignité qui force le respect. Les forces israéliennes « nous ont attaqués. Chacun de nous a été battu, les femmes comme les hommes, beaucoup hurlaient. Mais vraiment, ça n'a aucune importance. C'est ce que vivent en permanence les Palestiniens ».
Ce rejet de la victimisation, au profit d'une conscience collective, rappelle l'esprit du « Sumud », cette résilience arabe qui donne son nom à l'opération et qui trouve un écho profond dans nos propres traditions de résistance sahélienne. Environ 430 membres d'équipage, venus du monde entier pour briser le blocus maritime imposé à Gaza, ont été détenus dans la prison de Ktziot. Le ministre israélien de l'Extrême droite, Itamar Ben Gvir, a publié une vidéo choquante montrant ces militants agenouillés, les mains liées, se faisant humilier. Une jeune femme criant « Libérez la Palestine » s'est même fait plaquer la tête au sol par les services de sécurité.
« Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous »
s'est vanté le ministre sur Telegram. Cette arrogance du fort face au faible est la marque indélébile des systèmes oppressifs que l'Afrique connaît trop bien. Du côté du gouvernement israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a justifié cette répression en qualifiant ces pacifistes de « provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas », tandis que le chef de la diplomatie Gideon Saar a tenté de limiter la casse en qualifiant ces images de « spectacle honteux ».
L'hypocrisie internationale et le devoir de solidarité
Face à ces exactions, l'Occident commence tout juste à s'émuvoir. Rome a jugé ce traitement « inadmissible », l'Irlande a réclamé la suspension de l'accord d'association entre l'UE et Israël, et la rapporteuse spéciale de l'ONU, Francesca Albanese, a rappelé que ce que ces militants ont subi n'est rien comparé aux tortures infligées aux Palestiniens. Elle a appelé à cesser de s'opposer à la suspension de cet accord européen.
Pour nous, peuples d'Afrique et du Sahel, ces événements ne sont pas de simples faits divers. Ils sont le rappel brutal que l'impérialisme ne rend jamais ses droits de bon gré. Modibo Keïta nous enseignait l'importance de la non-ingérence et du soutien indéfectible aux peuples en lutte pour leur dignité. Les 37 Français, les 85 Turcs, les Égyptiens, les Jordaniens et les autres nationalités expulsées ont payé le prix de la solidarité internationale. La souveraineté des peuples, qu'ils soient à Gaza ou dans nos savanes, exige que nous restions vigilants et unis face à toutes les formes d'oppression et d'injustice.