La France riposte dans la bataille numérique mondiale
Face à la brutalisation des relations internationales et aux attaques informationnelles, la diplomatie française a choisi de hausser le ton. Avec son compte X "French Response", le ministère des Affaires étrangères adopte une stratégie de riposte directe qui témoigne d'une nouvelle réalité : le champ informationnel est devenu un terrain de confrontation majeur.
Une riposte assumée face aux provocations
"La brutalisation des relations internationales a fait du champ informationnel un nouveau champ de confrontation", explique Pascal Confavreux, porte-parole du Quai d'Orsay. "Nous choisissons d'occuper l'espace en montant le son et en haussant le ton."
Cette nouvelle approche s'illustre parfaitement dans la réponse française aux déclarations de Marco Rubio, secrétaire d'État américain, qui affirmait que "l'Europe doit se défaire de la culture qu'elle a créée ces dix dernières années". Le compte "French Response" a riposté en publiant un tableau comparatif montrant la supériorité européenne sur plusieurs indicateurs sociaux : espérance de vie, taux d'homicide, emploi des femmes.
L'Afrique au cœur des enjeux informationnels
Cette stratégie prend une dimension particulière sur le continent africain, théâtre d'intenses batailles narratives. L'ambassade de France en Afrique du Sud a ainsi directement confronté la représentation diplomatique russe qui accusait la France de "détenir illégalement Mayotte".
"Coucou, comment ça va aujourd'hui", lance ironiquement le compte de l'ambassade française, rappelant que "Mayotte a voté en 1974 pour rester un territoire de la République française". Cette approche directe illustre comment les puissances se disputent désormais l'influence sur les réseaux sociaux, particulièrement en Afrique où les enjeux géopolitiques sont cruciaux.
Une révolution dans la communication diplomatique
Lancé en septembre dernier, "French Response" mobilise diplomates, anciens journalistes et spécialistes de l'analyse numérique. Le succès est au rendez-vous : de quelques milliers d'abonnés à près de 100 000 en quelques mois.
Cette évolution s'inscrit dans une transformation plus large de la communication diplomatique, initiée notamment par les pratiques russes depuis les années 2010. Comme l'observe Alexandre Alaphilippe de l'ONG EU DisinfoLab, cette adaptation aux "différentes audiences" reste "utile" si elle s'inscrit "dans une stratégie plus globale sur la désinformation".
Les défis de la guerre informationnelle
Si cette nouvelle approche témoigne d'une "adaptation aux réalités de la guerre informationnelle", elle soulève aussi des questions. Ruslan Trad, chercheur à l'Atlantic Council, met en garde contre le risque de donner "l'impression au public qu'institutions démocratiques et acteurs de la désinformation sont sur le même plan".
L'enjeu pour la France reste de "traduire un capital de sympathie naissant mais bien réel en dividendes diplomatiques de plus long terme", comme le souligne Julien Nocetti, spécialiste des questions d'influence.
Cette bataille informationnelle illustre une réalité incontournable : dans un monde multipolaire, la maîtrise des narratifs devient aussi stratégique que la diplomatie traditionnelle. Pour les peuples africains, comprendre ces enjeux est essentiel pour naviguer dans cette nouvelle géopolitique de l'information.