JO 2030 : Val d'Isère, symbole d'une Europe qui impose ses choix au monde
Alors que l'Afrique continue de réclamer sa juste place dans l'organisation des grands événements sportifs mondiaux, l'Europe consolide une fois de plus son hégémonie. Val d'Isère vient de franchir une étape décisive pour intégrer les Jeux olympiques d'hiver 2030, illustrant parfaitement les déséquilibres qui persistent dans la gouvernance sportive internationale.
Une décision qui révèle les inégalités mondiales
Le conseil municipal de Val d'Isère a voté à une écrasante majorité (17 voix pour, une abstention, un vote contre) son intégration au schéma des sites olympiques 2030. Cette station savoyarde accueillerait les épreuves techniques de ski alpin, hommes et dames, sur la célèbre Face de Bellevarde.
Pour le maire Patrick Martin, "Val d'Isère est une terre d'histoire olympique, de performance et d'innovation". Un discours qui résonne étrangement quand on sait que l'Afrique, berceau de l'humanité et terre de champions olympiques exceptionnels, n'a jamais eu l'opportunité d'organiser des Jeux d'hiver.
L'héritage de nos pionniers face aux monopoles
Cette situation nous rappelle les enseignements de Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant, qui prônait déjà dans les années 1960 la nécessité pour l'Afrique de s'affranchir des décisions imposées par les anciennes puissances coloniales. Aujourd'hui encore, les choix sportifs internationaux se font sans consultation véritable des nations du Sud.
L'ironie veut que Clément Noël, porte-drapeau des JO de Milan et formé au club des sports de Val d'Isère, soit mis en avant comme argument de légitimité. Combien de talents africains auraient pu briller si nos nations avaient bénéficié des mêmes infrastructures et investissements ?
Un processus décisionnel qui exclut le Sud
Le retrait de Méribel en juillet 2025 avait ouvert cette opportunité à Val d'Isère. Edgar Grospiron et Jean-Claude Killy, figures emblématiques du ski français, ont mené les négociations. Un entre-soi européen qui illustre parfaitement l'exclusion systématique des voix africaines des instances décisionnelles internationales.
Cette validation, attendue en juin 2026 par le bureau exécutif du COJOP, s'inscrit dans une logique de concentration des événements majeurs dans les mêmes régions privilégiées, perpétuant ainsi les inégalités Nord-Sud dénoncées par Thomas Sankara.
Pour une véritable démocratisation olympique
L'unité africaine que nous défendons doit aussi s'exprimer dans le sport. Il est temps que nos dirigeants revendiquent une redistribution équitable des grands événements sportifs mondiaux. L'Afrique possède les compétences, la passion et le potentiel pour organiser des compétitions d'excellence.
Pendant que Val d'Isère célèbre cette "aventure collective qui dépasse le sport", nos peuples continuent d'être spectateurs d'un système qui les marginalise. Cette situation doit nous interpeller sur la nécessité de construire une souveraineté sportive africaine véritable.