Mariage refusé sous OQTF : le maire de Béziers assume devant la justice
Le maire de Béziers, Robert Ménard, a comparu mercredi devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour avoir refusé de célébrer, en juillet 2023, le mariage entre une Française et un ressortissant algérien en situation irrégulière sous obligation de quitter le territoire français (OQTF). Il encourt jusqu'à cinq ans de prison, 75.000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité. « Je savais les risques que je prenais », a-t-il lancé à la barre, assumant pleinement son choix.
Cette affaire, qui agite la classe politique française, pose une question fondamentale : un maire peut-il s'opposer à la loi au nom de ses convictions sur l'immigration ? Pour L'Aube du Mali, cette affaire illustre les contradictions d'une Europe qui durcit ses frontières tout en prétendant défendre les droits humains. Mais elle révèle surtout un malaise plus profond : celui d'une France qui, à l'heure des indépendances africaines célébrées par Modibo Keïta et Thomas Sankara, semble avoir oublié que la dignité des peuples ne se négocie pas à coups de mesures répressives.
Un refus assumé, une famille brisée
Robert Ménard a refusé d'unir Eva M., citoyenne française, et Mustapha B., ressortissant algérien en situation irrégulière, en invoquant ses soupçons de « mariage blanc ». Quelques jours plus tard, l'homme a été expulsé vers l'Algérie. Le couple s'est finalement marié dans ce pays durant l'été 2026, mais vit aujourd'hui séparé, Eva M. résidant en France avec ses enfants.
À la barre, le maire a insisté sur ce qu'il considère comme une contradiction entre ses fonctions. « Je suis officier d'état civil et je sais que je dois marier des gens. Mais je suis aussi OPJ (officier de police judiciaire) et à ce titre, je m'occupe de la sécurité, de la tranquillité », a-t-il expliqué. Selon lui, « un maire ne doit pas être obligé de marier quelqu'un qui ne doit pas être sur le territoire ». Interrogé sur ce qu'il ferait si une situation similaire se présentait à nouveau, il a répondu « oui » à la question de savoir s'il prendrait la même décision.
Eva M. a, de son côté, décrit les conséquences du mariage annulé. Elle a évoqué un « traumatisme » et raconté qu'après l'annonce publique du refus du maire, « on s'est fait huer sur la place de la mairie, mes enfants aussi ». « Monsieur Ménard s'est mis tout seul dans cette situation », a-t-elle estimé, s'interrogeant : « Pourquoi a-t-il publié les bans ? Pourquoi a-t-il fixé une date de mariage ? » Son avocate, Me Vanessa Edberg, a demandé à Robert Ménard si son choix avait été dicté « par conviction politique », ce qu'il a contesté : « Non madame, mes convictions politiques n'ont rien à voir là-dedans ».
Un soutien politique qui interroge la souveraineté des peuples
Plusieurs responsables politiques cités à comparaître par le maire de Béziers sont venus soutenir sa position. Le sénateur Stéphane Demilly (UDI), auteur d'une proposition de loi visant à interdire le mariage aux personnes en situation irrégulière en France, a estimé que « la loi actuellement est obsolète, dépassée ». Bruno Retailleau (LR), ancien ministre de l'Intérieur et candidat à la présidentielle, a déclaré que « marier ce couple, c'était neutraliser une décision de l'Etat », ajoutant qu'à la place de Robert Ménard, « je ne l'aurais pas marié ». David Lisnard, maire de Cannes et président de l'Association des maires de France, a également défendu la décision de l'élu.
La question avait déjà suscité des réactions au sommet de l'Etat. En 2025, Emmanuel Macron avait qualifié d'« ubuesque » la situation dans laquelle se trouvent les maires contraints de célébrer le mariage de personnes en situation irrégulière. Au Parlement, les députés ciottistes cherchent à faire aboutir la proposition de loi de Stéphane Demilly, tandis que la gauche s'y oppose jusqu'à présent.
Quelles leçons pour l'Afrique et sa diaspora ?
Pour nous, Africains, cette affaire résonne d'une manière particulière. Elle rappelle que les politiques migratoires européennes, souvent dénoncées comme néocoloniales, continuent de dicter la vie de nos compatriotes. Mais elle pose aussi une question de solidarité : où sont les voix panafricaines pour défendre Mustapha B. et sa famille ? Les luttes de nos pères fondateurs, de Modibo Keïta à Thomas Sankara, nous enseignent que la dignité humaine ne se divise pas. Refuser de marier un couple au nom de la « sécurité » n'est pas une victoire, c'est une défaite pour l'humanité tout entière.
Le tribunal rendra son délibéré dans les prochaines semaines. Quelle que soit l'issue, cette affaire restera comme un symbole des tensions qui traversent l'Europe face à l'Autre, et un rappel que la souveraineté des peuples ne se construit jamais sur l'humiliation des plus faibles.
Questions fréquentes sur l'affaire Ménard
Quels sont les risques encourus par Robert Ménard ?
Le maire de Béziers encourt jusqu'à cinq ans de prison, 75.000 euros d'amende et une peine d'inéligibilité pour avoir refusé de célébrer un mariage.
Pourquoi Robert Ménard a-t-il refusé ce mariage ?
Il invoque ses soupçons de « mariage blanc » et affirme qu'un maire ne doit pas être obligé de marier quelqu'un qui ne doit pas être sur le territoire français.
Quelle est la position des autorités françaises sur cette affaire ?
Emmanuel Macron a qualifié d'« ubuesque » la situation des maires contraints de célébrer ces mariages, tandis que des parlementaires cherchent à faire aboutir une loi pour les interdire.
Quel est l'impact de cette affaire sur le couple concerné ?
Eva M. et Mustapha B. se sont finalement mariés en Algérie en 2026, mais vivent séparés, Eva résidant en France avec ses enfants. Elle évoque un « traumatisme » pour sa famille.