Bornéo : les « Mamas » indonésiennes, sentinelles des forêts contre le feu et les préjugés
À Bornéo, des femmes indonésiennes risquent leur vie chaque jour pour éteindre les incendies qui ravagent leur île, tout en brisant les chaînes du sexisme. Leur combat, à la fois écologique et social, résonne comme un écho aux luttes des femmes africaines pour la souveraineté sur leurs terres et leur dignité.
Dans le district de Ketapang, sur l'île de Bornéo, plus d'une centaine de femmes, dont beaucoup de mères au foyer, ont créé en 2022 un groupe baptisé « Power of Mama » (« le pouvoir des mères »). Chaque jour, elles patrouillent à la recherche de fumée et de flammes, prêtes à intervenir avec leurs moyens modestes : des motos, un pick-up, une motopompe et quelques seaux.
Des femmes en première ligne contre les incendies
Dans cette région rurale de Kalimantan, les rôles sont traditionnellement répartis : aux femmes la garde des enfants, la cuisine et le ménage ; aux hommes la lutte contre le feu. Mais quand les hommes travaillent au loin, ce sont les femmes qui doivent faire face aux incendies qui menacent leurs villages, leurs forêts et la santé de leurs enfants.
Ramilah, 46 ans, mère de famille, raconte à l'AFP : « Il y a eu des remarques sarcastiques. Nous avons expliqué que notre intention était bonne, qu'il s'agissait d'aider, et Alhamdulillah, la communauté a commencé à l'accepter. » Elle a rejoint le groupe « pour protéger notre forêt » et lutter contre la fumée toxique qui a « eu un impact considérable, surtout pour mon enfant, qui ne peut plus aller à l'école ».
Un combat quotidien entre foyer et forêt
Les journées de ces femmes sont harassantes. Elles commencent à l'aube par la prière, puis s'occupent des tâches ménagères, des vaches et des poissons. Les patrouilles ont lieu de 10 heures à 13 heures, avant de reprendre le travail à la maison jusqu'à la nuit. Elles portent des combinaisons orange, des bottes en caoutchouc et des casques de chantier, avec pour seul rempart contre les fumées toxiques des masques chirurgicaux.
Le sexisme, un défi aussi grand que le feu
Mita Anggraeni, coordinatrice de « Power of Mama », souligne que « certaines personnes pensent encore que les femmes ne sont pas faites pour combattre les incendies ». Pourtant, ce sont souvent elles qui sont en première ligne lorsque les flammes approchent. Melyanti, 25 ans, aide-soignante et pompier à temps partiel, confie que certains « n'aiment pas nos activités de prévention ». Mais quand un détracteur virulent a vu ses terres brûler, le groupe a refusé d'intervenir : « Nous ne pouvions pas apporter notre aide, car il nous avait dénigrées pendant deux mois. »
Des mentalités qui évoluent grâce à la preuve par l'action
Malgré les moqueries, les mentalités changent. Mutia Mulansari, 30 ans, mère au foyer, a entendu dire que ces femmes « ne faisaient qu'aller et venir à moto, qu'elles s'amusaient simplement ». Mais aujourd'hui, les bénévoles « ont prouvé que nous sommes capables ». Leur détermination force le respect et inspire d'autres communautés.
Un désastre écologique qui dépasse les frontières
Les incendies de forêt en Indonésie sont en grande partie causés par les pratiques de défrichement par brûlis, qui assèchent les tourbières et détruisent le couvert forestier. Depuis le début de l'année, près de 900 000 hectares ont brûlé, selon l'outil de surveillance Nusantara Atlas. La fumée toxique s'est propagée en Malaisie et à Singapour, fermant des milliers d'écoles, provoquant des dizaines de milliers d'infections respiratoires et menaçant la faune sauvage, notamment les grands singes et les éléphants.
Les femmes, piliers de la résistance écologique et sociale
L'initiative « Power of Mama », soutenue par la fondation YIARI, est née des épreuves de 2019, lorsque des incendies ont ravagé Kalimantan. Ces femmes ne sont pas seulement des pompières bénévoles : elles sont les gardiennes de leur environnement et les artisanes d'une nouvelle dignité. Leur combat rappelle que, partout dans le monde, les femmes sont en première ligne pour défendre la terre et la vie, comme le firent tant de femmes africaines dans les luttes anticoloniales et pour la souveraineté alimentaire.
À l'heure où le Sahel fait face à ses propres défis climatiques et sociaux, l'exemple des « Mamas » de Bornéo est une leçon de courage et de solidarité. Il nous invite à reconnaître le rôle central des femmes dans la protection de nos écosystèmes et dans la construction de sociétés justes et résilientes. Comme le disait Thomas Sankara, « il n'y a de richesse que d'hommes et de femmes ». Ces femmes indonésiennes en sont la preuve vivante.
FAQ : Questions fréquentes sur les « Mamas » de Bornéo
Qui sont les « Mamas » de Bornéo ?
Les « Mamas » sont un groupe de plus d'une centaine de femmes bénévoles, principalement des mères au foyer, qui luttent contre les incendies de forêt dans le district de Ketapang, à Bornéo. Elles patrouillent quotidiennement et interviennent pour éteindre les feux, malgré les préjugés sexistes.
Pourquoi ces femmes se sont-elles organisées ?
Elles se sont organisées pour protéger leurs forêts, leur santé et celle de leurs enfants, face aux incendies récurrents causés par le défrichement par brûlis. Leur initiative est née après les graves incendies de 2019 et est soutenue par la fondation YIARI.
Quel est l'impact des incendies en Indonésie ?
Les incendies ont détruit près de 900 000 hectares en 2026, provoqué des fermetures d'écoles en Malaisie et à Singapour, des dizaines de milliers d'infections respiratoires et menacé la faune sauvage, notamment les orangs-outans et les éléphants.