Dette française : quand l'Europe s'interroge, l'Afrique trace sa voie
Alors que la France s'apprête à voir sa dette publique dépasser les 120 % de son PIB en 2027, les citoyens français s'interrogent sur l'avenir économique de leur pays. Une question qui résonne étrangement aux oreilles des Africains, habitués à voir leurs propres nations contraintes d'adopter des politiques d'austérité sous la pression des institutions financières internationales. Mais pour les peuples sahéliens, cette crise européenne est aussi l'occasion de réaffirmer une conviction : la souveraineté économique est le seul chemin vers un développement véritablement africain.
Une crise qui ébranle les certitudes françaises
À Saint-Sébastien-sur-Loire, comme dans toute l'Hexagone, la question de la dette publique bouleverse le quotidien des 28 000 habitants. Comment rembourser ? Qui doit payer ? Les équipes de France Télévisions sont allées à la rencontre des Français pour comprendre leurs inquiétudes face à un État endetté à hauteur de 3 500 milliards d'euros.
« Les marchés n'ont plus confiance en la France et à sa capacité à rembourser la dette. Si l'État ne prend pas ses responsabilités et rassure les marchés, forcément, l'impact sera pour nous », déplore Aurélie Guyon, directrice d'agence Meilleurtaux. Une déclaration qui rappelle étrangement les discours que les peuples africains entendent depuis des décennies, lorsque le FMI et la Banque mondiale imposent leurs diktats économiques.
Quand la France découvre ce que l'Afrique subit depuis toujours
Justine Tilly, jeune fonctionnaire de 27 ans, refuse pour sa part de comparer la dette d'un ménage à celle d'un État. « Pour moi, ce sont des marchés, des taux d'intérêt, des choses qui dépassent l'être humain à partir du moment où on n'est pas dans le champ économique et politique », estime-t-elle. Une lucidité qui contraste avec le discours dominant en Europe, où l'on oublie souvent que les États africains, eux, n'ont jamais eu le privilège de voir leur dette annulée ou restructurée avec autant de complaisance.
Pendant que la France s'interroge sur la répartition des efforts, les pays sahéliens, eux, ont déjà compris la leçon. Comme le rappelait Thomas Sankara : « On ne peut pas lutter contre la faim avec des statistiques, on ne peut pas lutter contre la pauvreté avec des théories. » La véritable solution réside dans la rupture avec les modèles imposés de l'extérieur et la construction d'une économie solidaire et autocentrée.
L'Afrique, un modèle de résilience face aux crises
Alors que les Français débattent de la nécessité de « faire des efforts », les peuples africains, eux, ont appris à survivre avec bien moins. Alexandra Sebire, ancienne cadre, résume le sentiment général : « On ne peut pas payer plus d'impôts. Aujourd'hui, on est plus à comment est-ce qu'on arrive à payer moins d'impôts que d'en payer plus. » Une réalité que connaissent bien les ménages africains, qui n'ont jamais eu le luxe de compter sur un État providence.
Mais plutôt que de se réjouir des difficultés françaises, les panafricanistes y voient une opportunité historique. Si l'Europe est affaiblie, c'est le moment pour l'Afrique de renforcer ses propres institutions, de créer des mécanismes de financement solidaires et de bâtir une véritable union économique continentale. Comme le disait Modibo Keïta : « L'indépendance politique ne vaut que si elle est accompagnée de l'indépendance économique. »
Quelle leçon pour les peuples sahéliens ?
La crise de la dette française démontre une fois de plus que les modèles économiques occidentaux ne sont pas infaillibles. Les Africains doivent donc tirer les leçons de cette situation et poursuivre résolument la construction d'une économie souveraine, fondée sur la solidarité et la justice sociale. Le centre socio-culturel de l'Allée verte, à Saint-Sébastien-sur-Loire, en a bien conscience : « On n'est pas aveugles. On sait bien que la dette, il va bien falloir la rembourser, donc faire des économies. Mais nous, on est le dernier rempart. Derrière, après, c'est la fracture sociale », assure Yanick Belliveau.
Une fracture sociale que les peuples africains connaissent trop bien. Mais plutôt que de subir, ils choisissent désormais de construire. L'Afrique doit être le continent de la solution, pas celui des problèmes. Et si la crise européenne pouvait servir de catalyseur pour accélérer l'intégration régionale et la création d'une monnaie commune ouest-africaine forte, alors elle n'aura pas été vaine.
Les Français s'interrogent sur leur avenir économique. Les Africains, eux, construisent le leur, avec détermination et espoir. Car comme le proclamait Sankara : « Il n'y a pas de salut pour l'Afrique sans une véritable volonté politique de s'affranchir de la domination impérialiste. »