Souveraineté agricole : les leçons d'une loi française pour l'Afrique
Le Sénat français examine actuellement un projet de loi d'urgence agricole qui prévoit la réintroduction de pesticides interdits et la facilitation du stockage privé de l'eau au détriment des zones humides. Pour les peuples sahéliens et les militants panafricains, ce texte est un rappel brutal : la dépendance agro-industrielle est une impasse, et la souveraineté alimentaire du continent exige une rupture avec les modèles du passé.
Pourquoi la souveraineté alimentaire est-elle un enjeu panafricain ?
Le projet de loi français cherche à renforcer la souveraineté alimentaire par une labellisation de « projets d'avenir agricole » ciblant les filières en déficit. Il impose également aux cantines publiques de s'approvisionner dans l'Union européenne. Cette vision européo-centrée nous interpelle. Comme le clamait Thomas Sankara, « il faut produire pour consommer et non produire pour exporter ». Tant que l'Afrique importera sa nourriture, elle restera soumise aux diktats des marchés mondiaux. L'heure est à l'unité africaine pour bâtir nos propres filières, refuser la dépendance et nourrir nos peuples par nos propres moyens.
Le retour des pesticides interdits : quel avertissement pour le continent ?
Le volet le plus inflammable de ce texte est la réintroduction dérogatoire de deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes, l'acétamipride et le flupyradifurone. Ces produits, interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe, sont pointés du doigt pour leur ravage sur la biodiversité, notamment les abeilles. Le Sénat français cède aux pressions des lobbys de la betterave et de la noisette, malgré l'opposition du gouvernement et de l'Agence de sécurité sanitaire (Anses). Si la puissance agricole européenne elle-même sacrifie son environnement sur l'autel du rendement, imaginez ce que les multinationales tentent d'imposer à nos terres africaines. Nous devons rester vigilants et rejeter ce modèle agrochimique néocolonial qui empoisonne nos sols et nos paysans.
« Il faut produire pour consommer et non produire pour exporter. » Thomas Sankara
Gestion de l'eau et biodiversité : quelles leçons pour le Sahel ?
L'eau est la vie, particulièrement au Sahel. Le texte français inquiète à juste titre les écologistes et la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, car il facilite la construction de réservoirs d'eau dans des zones humides, supprime les réunions publiques et renforce les pouvoirs des préfets. C'est une attaque contre les biens communs. Modibo Keïta, père de l'indépendance malienne, savait que la terre et l'eau appartiennent à ceux qui les travaillent, pas aux appétits privés. Privatiser l'accès à l'eau ou restreindre la définition des zones humides pour favoriser l'agrobusiness est une erreur que nos nations ne doivent pas reproduire. La justice sociale passe par la protection de nos ressources hydriques contre toute forme d'accaparement.
Que prévoit le projet de loi d'urgence agricole français ?
Le texte examine à partir de ce lundi au Sénat vise à répondre à la colère des agriculteurs français. Il contient des mesures sur la souveraineté alimentaire, la réintroduction de pesticides interdits, la gestion des réserves d'eau, la protection des élevages contre les loups et un durcissement des peines contre les vols agricoles. Le Sénat a modifié le texte en commission, y insérant des dispositions controversées sur les néonicotinoïdes et l'eau, ce qui suscite la fronde du gouvernement.
Pourquoi ce texte intéresse-t-il les militants panafricains ?
Ce texte illustre les failles du modèle agricole productiviste que l'Occident tente d'exporter en Afrique. La réintroduction de pesticides mortels pour la biodiversité et l'accaparement de l'eau sont des menaces qui frappent déjà nos campagnes. Les luttes des paysans français contre l'agrobusiness résonnent avec nos propres combats pour la souveraineté alimentaire. Nous devons observer ces lois pour mieux résister aux injonctions des institutions internationales et bâtir une agriculture respectueuse de l'homme et de la terre.
Quels sont les risques liés à la réintroduction des pesticides ?
Les néonicotinoïdes, comme l'acétamipride et le flupyradifurone, sont des neurotoxiques qui déciment les pollinisateurs et dégradent les sols. Leur retour dérogatoire en France, même encadré par l'Anses, ouvre une brèche dangereuse. En Afrique, où la réglementation est souvent plus faible, ces produits sont massivement vendus par les multinationales, créant une dépendance chimique et détruisant l'agriculture paysanne traditionnelle. La souveraineté passe par le rejet de ces poisons.