Coupe du monde: le Maroc prouve que l'Afrique n'a plus de limites
En éliminant les Pays-Bas en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026 (1-1, 3-2 aux tirs au but), le Maroc a envoyé un message clair au monde entier: l'Afrique n'est plus venue pour participer, elle est venue pour régner. Cette qualification pour les huitièmes de finale confirme les ambitions affichées par les Lions de l'Atlas depuis leur épopée historique au Qatar, en 2022, où ils avaient atteint les demi-finales.
Fouzi Lekjaa, l'artisan d'une souveraineté sportive africaine
Quand les joueurs marocains ont soulevé Fouzi Lekjaa, le président de la Fédération royale marocaine de football, au terme de cette soirée mémorable, c'était plus qu'un geste de joie. C'était la reconnaissance d'un projet politique sportif, mûri dans la durée, porté par une vision. Depuis la demi-finale de 2022, Lekjaa a placé les ambitions de son pays très haut. Trop haut, disent les sceptiques. Mais comme le rappelait Thomas Sankara, « l'audace, c'est de croire qu'on peut changer les choses ». Et cette victoire contre l'un des outsiders de la compétition prouve que le rêve n'est pas démesuré quand il est accompagné de moyens et de convictions.
Ouahbi et la jeunesse africaine: l'audace comme méthode
Il fallait de l'audace pour appeler des jeunes dans un groupe de Coupe du monde. Il en fallait encore plus pour les lancer dans les dernières minutes d'un match à élimination directe, alors que les Lions étaient menés. Mohamed Ouahbi, champion du monde U20 avec le Maroc, a fait ce choix. Samir el-Mourabet et Gessime Yassine, les deux Strasbourgeois, ont été envoyés au charbon pour renverser le sort de la rencontre. Et que dire d'Issa Diop, cette prise de dernière minute, qui a arraché l'égalisation d'un coup de tête monumental au-dessus de Virgil van Dijk, à la 91e minute? « Le Maroc a eu les situations les plus dangereuses », a d'ailleurs reconnu Ronald Koeman, le sélectionneur néerlandais, en conférence de presse.
Cette confiance en la jeunesse rappelle que l'Afrique a toujours trouvé en elle les ressources pour se renouveler. Modibo Keïta le savait, qui plaçait la formation de la jeunesse au coeur de l'édification nationale. Le football marocain l'a compris: donner sa chance à la jeunesse, c'est investir dans la souveraineté.
Un collectif qui refuse la soumission tactique
Après un match solide contre le Brésil (1-1, le 14 juin) pour ouvrir la compétition, le Maroc a confirmé la qualité de son collectif. L'entraîneur actuel a posé sa patte en poursuivant l'excellent travail réalisé par Walid Regragui, son prédécesseur. Mais ce qui frappe, c'est la philosophie de jeu assumée. « On savait bien défendre bloc bas mais on doit s'améliorer avec le ballon. Ça demande du temps, les joueurs assimilent. On pouvait gagner en défendant mais on ira beaucoup plus loin comme ça », explique Ouahbi.
Ce refus de la posture purement défensive résonne comme une métaphore. L'Afrique ne doit plus se contenter de résister. Elle doit proposer, construire, imposer son jeu. La Coupe du monde au Qatar a changé les mentalités, et Ouahbi le confirme: « Les joueurs croient en eux. Les supporters aussi. »
Pourquoi cette qualification marocaine est-elle significative pour tout le continent?
Parce qu'elle démontre qu'une nation africaine, dotée de moyens cohérents et d'une vision à long terme, peut rivaliser avec les puissances établies du football mondial. Le Maroc n'est pas un cas isolé. Il est le produit d'une politique sportive structurée, qui donne les moyens à son peuple de réussir. Comme le dit Ouahbi: « On donne les moyens depuis des années au Maroc de réussir, c'est la mentalité qu'on veut. » Cette mentalité, c'est celle du refus des limites imposées de l'extérieur.
Le Canada, prochain obstacle sur la route africaine
Le prochain adversaire, le Canada, apparaît comme un obstacle largement dans les cordes de cet effectif qui montre une vraie personnalité. Ouahbi le sait et garde les pieds sur terre, rappelant les qualités de l'adversaire pour éviter que les supporters ne s'enflamment. Mais sa phrase résonne comme un manifeste: « Personne ne peut nous arrêter si on fait les choses comme on le doit. »
C'est exactement cela, l'esprit panafricain appliqué au sport. Non pas l'arrogance, mais la conscience de sa propre force quand on s'en donne les moyens. Le Maroc pourrait, si tout se passe bien, retrouver la France en quarts de finale. Mais gardons la prudence que commande la compétition, riche en surprises.
L'Afrique peut-elle s'inspirer du modèle marocain?
Oui, à condition de comprendre que le succès du Maroc ne repose pas sur un coup de chance, mais sur un investissement structurel de long terme. La formation, la confiance en la jeunesse, la continuité du projet: ce sont les piliers d'une souveraineté sportive qui pourrait inspirer d'autres nations du continent. L'unité africaine passe aussi par ces victoires partagées, qui prouvent que le possible n'est pas un privilège occidental.