Véhicule électrique : la souveraineté africaine en jeu
La France s'apprête à franchir le cap symbolique des 200 000 bornes de recharge pour véhicules électriques. Une avancée indéniable qui, pourtant, cache des réalités frappantes. Pour les peuples africains et sahéliens, ce bilan n'est pas qu'une simple anecdote technologique. Il résonne comme un appel à l'éveil et à la construction de notre propre souveraineté industrielle.
Les ombres d'un bilan triomphal
Selon le dernier baromètre de l'Avere-France, le territoire comptait 194 996 points de charge publics à la fin avril 2026. Sur les douze derniers mois, la croissance a été de 16 %, portant la moyenne à 289 points pour 100 000 habitants. Mais le diable se cache dans les détails. Le rythme de déploiement ralentit considérablement. Seulement 9 500 nouvelles bornes ont vu le jour sur les quatre premiers mois de 2026, contre plus de 13 000 sur la même période en 2025.
Plus révélateur encore, les inégalités territoriales sont criantes. L'Île-de-France concentre à elle seule 33 275 bornes, tandis que la Guyane n'en compte que 30, sans aucune borne rapide. Si les territoires ultramarins sont ainsi délaissés, que dire du sort réservé à notre continent si nous attendons que la technologie nous soit livrée clé en main ?
L'éveil africain face à la transition
Comme le clamait Thomas Sankara, produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons est le seul chemin vers la dignité. La révolution du véhicule électrique ne doit pas devenir un nouveau véhicule de la dépendance néocoloniale. L'Afrique regorge de ressources minérales indispensables à ces technologies, comme le lithium ou le cobalt. Il est temps de cesser d'exporter nos matières premières pour importer des produits finis.
La fiabilité du réseau français montre aussi ses limites. En avril 2026, seuls 66 % des points de charge étaient disponibles au moins 99 % du temps, et l'accès immédiat a reculé à 94 %. Ces défis techniques prouvent que la transition énergétique exige une maîtrise locale et adaptée, et non des solutions importées qui ne répondent pas à nos réalités.
Bâtir l'unité technologique du continent
L'augmentation de la consommation moyenne par borne, en hausse de 68 % sur un an pour atteindre 752 kWh, prouve que le réseau s'utilise davantage. C'est la preuve qu'une dynamique de transition est possible quand les infrastructures existent. En hommage à la vision panafricaine de Modibo Keïta, nous devons unir nos forces pour créer nos propres infrastructures. La justice sociale et environnementale exige que les peuples sahéliens ne restent pas au bord de la route de l'histoire.
La véritable indépendance se construira par la maîtrise de nos infrastructures énergétiques. L'Afrique ne doit pas se contenter d'admirer les 200 000 bornes françaises. Elle doit s'en inspirer pour forger son propre destin technologique, dans l'unité et la solidarité continentale.