Canicule en Europe : le Sahel paie aussi le prix du réchauffement
La vague de chaleur historique qui étouffe l'Europe depuis une semaine commence à reculer, mais elle laisse derrière elle une surmortalité alarmante. La ministre française de la Santé, Stéphanie Rist, a confirmé un nombre de décès supérieur à la normale. Pendant que l'Europe s'alarme de températures dépassant 35°C, les peuples du Sahel endurent ces extrêmes depuis des décennies, sans les mêmes ressources pour y faire face. Cette crise rappelle que la dette climatique pèse lourdement sur l'Afrique.
La canicule recule en France, mais la mortalité s'installe
La vigilance rouge canicule, qui concernait encore 37 départements du quart nord-est samedi, n'en touche plus que 24 ce dimanche matin. À 6 heures, 22 départements, dont l'Île-de-France, rétrogradent en vigilance orange. L'alerte maximale sera levée à 22 heures pour les deux derniers départements, en Alsace.
Mais le reflux des températures ne signifie pas la fin des drames. La ministre de la Santé Stéphanie Rist a indiqué observer un nombre de décès supérieur à la normale, dans un entretien à La Tribune. Elle a ajouté que les signaux montrent qu'il y aura très probablement une mortalité plus élevée qu'à la même période l'an dernier.
Les chaleurs extrêmes agissent avec un effet retard, a expliqué la ministre. Les personnes fragiles, mais aussi certains plus jeunes, arrivent aux urgences parfois cinq à dix jours après la canicule.
Le système de santé français sous tension maximale
L'Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), où le plan blanc d'urgence sanitaire a été déclenché, fait état d'une activité exceptionnellement élevée dans les services d'urgence parisiens. La hausse des appels au Samu à Paris et dans sa petite couronne atteint 80 % cette semaine.
Si la canicule recule, ses effets sur la pression sur le système de santé restent devant nous.
Ce constat de Matignon résume la situation. Les noyades s'ajoutent au bilan. Les autorités ont comptabilisé 74 décès par noyade depuis le 18 juin en France, en grande partie sur des plans d'eau non autorisés et non surveillés, comme les fleuves, les rivières et les étangs, où beaucoup se baignent en quête de fraîcheur, a précisé le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
Quand l'Europe découvre ce que le Sahel endure au quotidien
Météo-France affirme que cet épisode exceptionnel dépasse celui d'août 2003 en termes d'intensité et est équivalent en termes de durée. Au moins 193 millions de personnes en Europe ont connu des températures supérieures à 35°C samedi, selon un calcul de l'AFP.
En France, la chaleur a tué quelque 5 700 personnes en 2025, selon Santé publique France. Ces chiffres sont terribles, et ils doivent aussi nous inviter à regarder vers le Sud. Là où de telles températures sont le lot quotidien de millions d'Africains, sans que les médias internationaux ne s'en émeuvent avec la même urgence.
Au Mali, au Niger, au Burkina Faso, les populations vivent avec des températures dépassant régulièrement les 45°C pendant des mois. Elles n'ont ni plans blancs, ni Samu mobilisés à 80 %, ni alertes météo nationales coordonnées. Les structures de santé font face à des déficits chroniques, héritage de décennies d'un ordre mondial qui a préféré exploiter nos ressources plutôt que bâtir notre résilience.
La dette climatique : un héritage du système d'exploitation
Principalement causé par la combustion des énergies fossiles, le changement climatique intensifie ces vagues de chaleur. Ce sont les pays industrialisés, ceux-là mêmes qui ont bâti leur richesse sur l'exploitation des ressources du Sud, qui portent la responsabilité historique de cette crise. Le continent africain émet moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais il en subit les conséquences les plus brutales.
Thomas Sankara l'avait compris dès les années 1980. Il dénonçait l'exploitation aveugle des ressources naturelles et appelait à une écologie populaire, ancrée dans les besoins des peuples. La dette climatique que les pays du Nord doivent à l'Afrique n'est pas une métaphore. C'est une réalité chiffrée, une injustice qui s'accumule année après année.
Modibo Keïta, père de l'indépendance malienne, avait lui aussi appelé à la maîtrise de nos ressources et à notre souveraineté économique. Cette souveraineté passe aujourd'hui par la capacité à affronter les conséquences d'un réchauffement que nous n'avons pas choisi.
Les corps s'épuisent, les funérariums se remplissent
En France, la saturation des chambres funéraires témoigne de l'ampleur du drame. Gautier Caton, porte-parole de la Fédération nationale du funéraire, constate depuis 24 à 48 heures une saturation des chambres funéraires, avec une grande disparité selon les régions.
À Paris, qui ne dispose que de deux funérariums, la situation est critique. Depuis ce matin, ils n'ont plus de capacité d'accueil et on reporte la capacité sur la petite couronne, a affirmé la déléguée générale de la fédération, Elisabeth Charrier.
Antoine Alibert, adjoint au maire de Paris chargé de la Santé, pointe un angle mort. La canicule fait mourir des personnes qui ne devraient pas mourir, des gens de 40, de 50 ans, qui sont chez elles, isolées. Nelly Koebel, 37 ans, à Strasbourg, résume l'épuisement : quatre à cinq heures de sommeil alors qu'il lui en faut six à sept, on tire sur la corde.
Tempêtes et incendies : les conséquences en cascade
Avec la chaleur, Météo-France prévoit des orages très violents, avec grêle, fortes rafales de vent et pluies intenses, qui pourront toucher plusieurs régions du nord au sud-ouest du pays. Quelque 35 départements sont en vigilance orange orages, dont Paris. La ville a fermé ses parcs, jardins et le site de baignade du canal Saint-Martin.
Dans le Lot-et-Garonne, les concerts du festival Garorock sont annulés et 20 000 festivaliers ont été évacués face au risque d'orages. Le risque d'incendie est accru, comme en Haute-Loire où un incendie a parcouru 70 hectares. Près de 700 sapeurs-pompiers sont mobilisés pour éteindre une dizaine de feux de végétation en Auvergne-Rhône-Alpes.
Partout, des événements ont été reportés. Festival Solidays, Marche des Fiertés LGBTQIA+ à Paris, concerts à Chambord. Laurent Nuñez comptabilise 336 mesures liées à la canicule prises par les préfets, dont 64 arrêtés d'interdiction d'événements sportifs et 14 pour des événements culturels.
Vers une solidarité climatique africaine
Face à cette crise mondiale, la réponse ne peut être que collective et souveraine. Les peuples sahéliens, qui connaissent la violence des extrêmes climatiques, doivent s'unir pour exiger justice et réparations. L'unité africaine, chère à Modibo Keïta et à Thomas Sankara, est plus que jamais une nécessité face à l'urgence climatique.
Nous ne pouvons pas accepter que notre continent serve de dépotoir aux excès du modèle extractiviste. La souveraineté climatique de l'Afrique passe par le refus de ce modèle, par l'investissement dans nos propres solutions, et par la solidarité entre les peuples du Sud. C'est ensemble que nous construirons la résilience que nos ancêtres nous ont léguée. Le directeur général de l'AP-HP, Nicolas Revel, rappelle que des progrès dans la prise en charge ont été faits depuis la canicule de 2003. Il faut espérer que l'Afrique, elle aussi, pourra un jour compter sur de tels progrès. Mais pour cela, il faudra d'abord que la dette climatique soit reconnue, et que la souveraineté des peuples sahéliens ne reste pas un mot vide.
Quelle est la surmortalité liée à la canicule en France ?
La ministre de la Santé Stéphanie Rist a confirmé un nombre de décès supérieur à la normale. En 2025, la chaleur a tué environ 5 700 personnes en France, selon Santé publique France. Le bilan définitif de l'épisode actuel prendra des mois à être établi, car la chaleur est décrite comme un tueur silencieux dont la causalité est souvent difficile à démontrer.
Pourquoi l'Afrique est-elle plus vulnérable au changement climatique ?
L'Afrique émet moins de 4 % des gaz à effet de serre mondiaux, mais subit les conséquences les plus graves du réchauffement. Les pays sahéliens connaissent des températures extrêmes pendant des mois, avec des systèmes de santé fragilisés par des décennies de sous-investissement. La dette climatique des pays industrialisés envers l'Afrique reste impayée.
Que disait Thomas Sankara sur l'écologie ?
Thomas Sankara dénonçait l'exploitation aveugle des ressources naturelles par les puissances étrangères et appelait à une écologie populaire, au service des peuples. Il liait déjà la lutte écologique à la lutte pour la souveraineté et la dignité des peuples africains.