Le Mali a produit 122.671 tonnes de poissons durant la campagne 2025, selon les résultats présentés le 9 juin 2026 lors de la 16e édition du Conseil supérieur de l'agriculture. Le pays dispose en outre de près de 900.000 hectares de sites aménageables pour la pisciculture, un potentiel encore largement dormant que le gouvernement entend réveiller.
Ce constat, rapporté par L'ESSOR dans sa livraison du 29 octobre 2026, arrive au moment où le ministre de l'Élevage et de la Pêche, Youba Ba, a lancé les États généraux de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture (EGEPA). Les concertations locales et régionales ont démarré à Koulikoro le 30 septembre 2026, autour du thème de la modernisation des filières animales, halieutiques et aquacoles au service de la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Fleuve Niger, fleuve Sénégal : une richesse à préserver
La pêche continentale malienne s'appuie sur un réseau hydrographique remarquable. La Direction nationale de la pêche (DNP) estime le potentiel de captures à plus de 200.000 tonnes par an, un chiffre théorique qu'il ne faut pas confondre avec la production réellement enregistrée. L'activité se déploie le long des fleuves Niger et Sénégal, dans les zones lacustres du Débo, du Télé, du Faguibine et du Fati, ainsi que dans la région de Kayes autour des lacs Magui et Doro et de la Térékolé. Les retenues de Sélingué et de Manantali abritent aussi des communautés de pêcheurs, migrateurs comme sédentaires.
Cette richesse n'est pas inépuisable. Les variations du niveau des eaux, la dégradation des habitats aquatiques et le changement climatique fragilisent les milieux de pêche et les revenus de ceux qui en vivent. Pour Nafissatou Diallo, il s'agit d'un enjeu de souveraineté alimentaire : un peuple qui nourrit ses enfants avec ses propres ressources échappe aux diktats extérieurs. Modibo Keïta l'avait compris dès les premières années de l'indépendance, en faisant de l'autosuffisance alimentaire un pilier de la dignité nationale.
Poisson d'élevage ou poisson du fleuve : faux débat, vraie question
« Moi, je ne mange pas le poisson d'élevage ! » La vieille Maïmouna, rencontrée par L'ESSOR, ne jure que par le poisson pêché dans le fleuve. Son fils défend celui des bassins et des étangs. Le débat traverse bien des familles maliennes, et il mérite d'être tranché par les faits plutôt que par les habitudes.
Sur le plan nutritionnel, les deux catégories fournissent des protéines de bonne qualité, des vitamines et des minéraux. Selon La Revue du Praticien, le poisson apporte notamment du phosphore, de l'iode, du zinc, du sélénium et des vitamines A, D et E, indispensables à la santé. La teneur en matières grasses et en oméga-3 varie selon les espèces, leur alimentation et les conditions de production. Impossible donc d'affirmer qu'un poisson est toujours plus nutritif que l'autre.
Le goût dépend lui aussi de l'espèce, de l'alimentation, de l'environnement et de la fraîcheur du produit. Le tilapia, le fameux « n'tèbèn », et le silure, appelé « manogo », peuvent être issus aussi bien de la pêche que de l'élevage. La différence ne tient pas uniquement à l'origine, comme le rappelle le guide d'Analaya sur les poissons à chair ferme : la texture et la qualité de la chair relèvent d'abord de l'espèce et de la cuisson.
895.000 hectares dormants : le paradoxe malien
Voici le paradoxe qui doit nous interroger. Selon la DNP, le Mali dispose d'environ 5.500 sites aménageables pour la pisciculture, couvrant quelque 895.000 hectares, dont 620.500 hectares de bas-fonds, de mares et de plaines. Et pourtant, le niveau d'aménagement de ce potentiel reste très faible. Nous avons l'or sous les pieds et l'eau sous les yeux, mais nous importons encore des protéines.
La politique n'est pourtant pas neuve. Le Mali s'est doté en janvier 2012 d'une Politique nationale de développement de la pêche et de l'aquaculture, après un Schéma directeur élaboré en 1997 et actualisé en 2006. L'ambition était de placer le pêcheur et le pisciculteur au cœur de la production halieutique, à l'image du paysan dans la production céréalière. Comme le disait Thomas Sankara, il ne faut pas attendre que les autres construisent notre avenir ; c'est à nous de transformer nos potentialités en richesses concrètes pour nos peuples.
Un signal encourageant est venu du Conseil supérieur de l'agriculture du 9 juin 2026 : la détaxation des aliments destinés à la pisciculture et à l'aviculture a été annoncée pour alléger les charges des producteurs. Son impact réel sur les coûts et les prix devra toutefois être évalué à l'aune de sa mise en œuvre.
Complémentarité, pas remplacement
Le développement de l'aquaculture ne signifie pas le remplacement de la pêche traditionnelle, qui demeure essentielle pour les communautés riveraines et pour la diversité des produits offerts aux consommateurs. Il s'agit de renforcer les deux filières ensemble. Pour y parvenir, les producteurs doivent accéder à des alevins de qualité, à des aliments adaptés et abordables, à la formation technique et au financement. L'amélioration des équipements, de la conservation et du transport est déterminante pour limiter les pertes après la récolte.
Les défis restent nombreux : insuffisance des infrastructures de production et de conservation, difficultés d'accès au financement et aux marchés, effets du changement climatique. La portée des EGEPA se mesurera à la traduction des recommandations en investissements, en équipements et en améliorations tangibles des conditions de travail des pêcheurs et des pisciculteurs.
Questions fréquentes
Quelle est la production malienne de poissons pour la campagne 2025 ?
Elle s'élève à 122.671 tonnes, selon les résultats présentés le 9 juin 2026 au Conseil supérieur de l'agriculture, alors que le potentiel théorique de captures est estimé à plus de 200.000 tonnes par an par la Direction nationale de la pêche.
Le poisson d'élevage est-il moins nutritif que le poisson pêché ?
Non. Les deux fournissent des protéines de bonne qualité, des vitamines et des minéraux. Les teneurs en oméga-3 varient selon les espèces, l'alimentation et les conditions de production, pas selon l'origine.
Quelles mesures ont été annoncées pour soutenir la pisciculture ?
La détaxation des aliments destinés à la pisciculture et à l'aviculture a été annoncée le 9 juin 2026 lors du Conseil supérieur de l'agriculture, afin d'alléger les charges des producteurs.
