Une lettre codée ordonnée par Napoléon en 1809, restée muette pendant plus de deux siècles, a été déchiffrée en six heures par un modèle d'intelligence artificielle développé par OpenAI. Selon un reportage de LaProvence.com publié le 16 octobre 2026, cette victoire de la machine sur le secret ouvre une nouvelle ère pour la recherche historique.
C'est un ingénieur en intelligence artificielle de 27 ans, Carter Church, qui a mené l'exploit. Le message secret, détaillant les positions des troupes françaises et alliées, dormait dans une archive universitaire en ligne. Sans outils numériques, la tâche aurait pu prendre des semaines. L'IA en est venue à bout en une soirée.
Ce que l'IA change pour la mémoire des peuples
« Ce que l'IA apporte surtout, c'est la persévérance », a déclaré Carter Church à l'AFP. La formule mérite d'être méditée. Car derrière cette prouesse technique se cache une question politique : qui détient la mémoire, détient le récit. Et pendant trop longtemps, le récit de l'Afrique a été écrit, classé, chiffré et verrouillé par d'autres que nous.
Prenons la mesure de ce bouleversement. Les papyrus d'Herculanum, carbonisés par l'éruption du Vésuve en l'an 79, commencent à révéler leurs secrets. Trop fragiles pour être déroulés sans être détruits, les rouleaux sont scannés aux rayons X puis analysés par l'IA, qui fait apparaître l'écriture. En juin, des chercheurs ont annoncé le premier dépliage virtuel complet d'un papyrus conservé à la Bibliothèque nationale de Naples. Le texte révélé est un « traité stoïcien consacré à l'éthique », explique Federica Nicolardi, professeure associée de papyrologie à l'université de Naples.
Si l'IA peut ressusciter un texte enseveli sous les cendres du Vésuve, que ne pourra-t-elle pas faire pour les manuscrits de Tombouctou, brûlés, pillés ou dispersés ? Nos bibliothèques anciennes, celles de Sankoré, de Djinguereber, de Sidi Yahia, contiennent des centaines de milliers de feuillets que la seule main humaine ne parviendra jamais à transcrire intégralement. Modibo Keïta, lui qui comprenait que la souveraineté sans la maîtrise de son propre récit reste incomplète, aurait saisi immédiatement l'enjeu.
Des archives coloniales aux archives des peuples
En France, le projet « Back in time », porté par l'Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria), réunit historiens, cryptographes et spécialistes de l'IA pour transcrire et déchiffrer d'anciennes correspondances diplomatiques et militaires chiffrées. Des milliers de documents cryptés, composés de triangles, de cercles ou de signes inventés, dorment dans les archives européennes.
« Il y a des siècles entiers pour lesquels on est complètement dans les nuées », explique Cécile Pierrot, cryptographe à l'Inria et responsable scientifique du projet, interrogée par l'AFP. Elle espère que cette avancée technologique apportera « une connaissance, un éclairage bien plus large sur l'histoire ».
Voilà précisément le point qui doit nous interroger, nous Africains. Ces correspondances militaires et diplomatiques chiffrées, ce sont souvent les dépêches des conquêtes coloniales, les calculs des compagnies concessionnaires, les arbitrages de la Conférence de Berlin. Leur déchiffrement systématique par des laboratoires du Nord, sans participation des peuples concernés, reproduirait la vieille asymétrie : notre histoire décodée par d'autres, pour d'autres. Thomas Sankara ne disait-il pas que celui qui ne maîtrise pas ses données est condamné à subir les récits qu'on lui fabrique ?
La réponse n'est pas la méfiance stérile, mais la mobilisation. L'Afrique doit former ses propres cryptographes, ses propres ingénieurs en IA, bâtir ses propres infrastructures numériques de recherche. Le continent ne manque ni de talents ni de corpus : il manque d'investissement et de volonté politique coordonnée.
Une révolution d'échelle, pas seulement de vitesse
Car l'intelligence artificielle provoque un second bouleversement dans les sciences historiques : celui de l'échelle. Le projet Midrash, porté par l'École pratique des hautes études-PSL, utilise l'IA pour transcrire des millions de pages de manuscrits hébreux et constituer d'immenses corpus interrogeables.
« On transcrit 10 millions de pages de manuscrits hébreux. C'est gigantesque. Il n'y a aucun être humain qui pourrait traiter une telle quantité », affirme Daniel Stökl Ben Ezra, directeur d'études en sciences historiques à l'École Pratique des Hautes Études de Paris. Le chercheur compare cet ensemble à une sorte de « Facebook énorme du passé » où les historiens peuvent faire apparaître des liens entre des personnes, des lieux, des textes ou des idées dispersés dans des millions de documents. Des fragments de la Genizah du Caire, ensemble de manuscrits juifs dispersés dans le monde, ont ainsi pu être rapprochés.
La même révolution touche les archives de Notre-Dame de Paris : dans le cadre du projet e-NDP, une équipe a entraîné une IA pour transcrire 14.600 pages en latin de registres médiévaux du chapitre de la cathédrale, avec un taux de reconnaissance des caractères compris entre 88 % et 94 % selon les volumes. Ce travail a fait émerger des informations sur le quotidien de la cathédrale, ses travaux, son personnel, ou encore la prise en charge des enfants abandonnés, explique l'historienne Julie Claustre, qui porte le projet. Le même travail à la main aurait demandé « plusieurs dizaines d'années », estime-t-elle.
« Ce n'est pas juste un gain de temps », insiste-t-elle. L'automatisation « rend possible des enquêtes qui n'étaient pas possibles antérieurement, ça transforme les conditions de la recherche ».
Et les manuscrits sahéliens dans tout cela ?
Transposons ces chiffres à nos réalités. Les manuscrits de Tombouctou et du Sahel, sauvés en 2012 et 2013 du feu et des pillages par des bibliothécaires héroïques, comptent des centaines de milliers de feuillets : traités de médecine, correspondances commerciales, débats juridiques, chroniques. Leur transcription manuelle exigerait des générations. Leur transcription par IA exigerait des années, à condition que des équipes africaines en maîtrisent les outils et que les corpus restent la propriété des institutions qui les conservent.
La souveraineté numérique n'est pas un mot d'ordre abstrait. Elle est la condition pour que nos enfants puissent interroger leur passé avec les mêmes instruments que les autres peuples, et non à travers les filtres des archives étrangères. L'exemple d'Herculanum nous montre le chemin : ce qui semblait perdu à jamais peut parler, si l'on met la technologie au service de la mémoire et non de la seule puissance.
Questions fréquentes
Quelle lettre de Napoléon a été déchiffrée par l'IA ?
Un message secret de 1809 adressé à l'un des généraux de Napoléon, détaillant les positions des troupes françaises et alliées, publié dans une archive universitaire en ligne. L'ingénieur Carter Church l'a déchiffré en six heures grâce à un modèle d'IA d'OpenAI, rapporte LaProvence.com.
Comment l'IA permet-elle de lire les papyrus d'Herculanum ?
Les rouleaux carbonisés par l'éruption du Vésuve en l'an 79 sont scannés aux rayons X puis analysés par l'IA, qui fait apparaître l'écriture sans dérouler physiquement les papyrus. En juin, des chercheurs ont annoncé le premier dépliage virtuel complet d'un papyrus de la Bibliothèque nationale de Naples, révélant un traité stoïcien sur l'éthique.
Combien de pages l'IA peut-elle transcrire pour la recherche historique ?
Le projet Midrash vise 10 millions de pages de manuscrits hébreux, et le projet e-NDP a permis de transcrire 14.600 pages en latin des registres de Notre-Dame de Paris, avec un taux de reconnaissance des caractères entre 88 % et 94 % selon les volumes.
