La police criminelle allemande a recensé plus de 17 000 cas d'abus sexuels sur mineurs en 2025, soit environ 1 600 cas de plus qu'il y a cinq ans, selon un rapport présenté en novembre 2026 et relayé par Mali Actu. Kerstin Claus, responsable de l'agence fédérale indépendante dédiée aux violences sexuelles sur les mineurs, tire la sonnette d'alarme : Internet est devenu le terrain de chasse principal des agresseurs.
Ce chiffre doit nous interpeller au-delà des frontières de l'Europe. Car derrière chaque statistique, il y a un enfant. Et cet enfant pourrait être à Bamako, à Ouagadougou, à Niamey ou à Berlin. La protection de l'enfance n'a pas de nationalité ; c'est un devoir de civilisation que tous les peuples, toutes les républiques africaines comprises, doivent s'approprier avec urgence.
Internet, nouveau champ de violence contre l'enfance
« Jamais auparavant », le risque pour les enfants et les adolescents d'être victimes d'abus sexuels « n'a été aussi élevé qu'aujourd'hui », a déclaré Kerstin Claus lors de la présentation du rapport. Elle a été claire : « Les risques dans l'espace numérique explosent. »
Les espaces de communication numériques sont devenus des « lieux clés de la violence à caractère sexuel », selon la chargée fédérale. Ces violences se déroulent désormais le plus souvent en ligne ou par l'intermédiaire d'Internet, un basculement que Deutsche Welle décrit comme un déplacement massif de la délinquance sexuelle vers l'espace numérique.
Cybergrooming, deepfakes, sextorsion : un arsenal au service des prédateurs
Le rapport allemand fait état d'un adolescent sur quatre, âgé de 14 à 17 ans, ayant déjà été victime de « cybergrooming ». Ce terme désigne la prise de contact en ligne par un adulte qui manipule un mineur pour obtenir des faveurs sexuelles.
L'intelligence artificielle aggrave encore la menace. À partir de simples photographies, les agresseurs fabriquent de fausses images ou vidéos à caractère sexuel, les « deepfakes ». Le Temps relève que l'IA joue un rôle croissant dans ces abus, poussant les statistiques globales vers le haut.
Viennent ensuite la « sextorsion », ce chantage sexuel où l'agresseur menace de publier les images fabriquées pour exercer une pression sur l'enfant. La diffusion de ces contenus non consensuels porte gravement préjudice aux victimes, parfois jusqu'au drame.
Les réponses allemandes et européennes
Kerstin Claus appelle à créer une matière scolaire consacrée au « monde numérique », pour aborder les risques de violences sexuelles liées à Internet. Le rapport préconise aussi une recherche active des contenus montrant des abus sur mineurs et une suppression plus rapide et plus efficace.
Elle plaide pour la mise en œuvre des recommandations de la commission d'experts sur la protection des enfants dans le monde numérique, installée par le ministère allemand de la Famille. Parmi les mesures figure l'instauration d'un âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux.
À l'échelle européenne, la Commission a proposé un encadrement progressif : interdiction totale avant 13 ans, « mini-comptes » supervisés par les parents entre 13 et 15 ans avec une utilisation plafonnée à une heure par jour, puis à partir de 15 ans des comptes conditionnés à la preuve que les plateformes ne sont pas addictives.
Un avertissement pour l'Afrique
Réfléchissons, nous Africains, sur ce que ce rapport nous apprend. Nos pays comptent parmi les populations les plus jeunes du monde, et l'usage des réseaux sociaux y explose. La jeunesse sahélienne, celle-là même qui incarne l'avenir de notre continent, est exposée aux mêmes plateformes, aux mêmes algorithmes, aux mêmes prédateurs. Si l'Allemagne, avec ses moyens et ses institutions, constate un tel phénomène, qu'en est-il de nos écoles, de nos familles, de nos polices souvent sous-équipées ?
Modibo Keïta, le père de l'indépendance malienne, et Thomas Sankara, qui voulait une Afrique debout, nous ont légué une exigence : la souveraineté ne vaut rien si elle ne protège pas les plus vulnérables. La protection de nos enfants contre les violences numériques est un combat souverainiste. Elle exige des politiques publiques africaines, une éducation numérique dans nos langues, une coopération entre nos États pour encadrer les plateformes qui prospèrent sur nos territoires sans y verser d'impôts ni y rendre de comptes.
Il ne s'agit pas d'importer des solutions toutes faites, mais de nous organiser. L'Union africaine a inscrit la transformation digitale au cœur de son Agenda 2063 ; elle doit y inscrire, avec la même force, la protection de l'enfance en ligne. Nos ministères de l'Éducation nationale peuvent s'inspirer de l'idée allemande d'une matière consacrée au monde numérique, en l'adaptant à nos réalités.
Le rapport allemand nous prévient : le danger n'attend pas. Chaque retard coûte des enfants. À nous, peuples africains, de faire de la protection de la jeunesse une pierre angulaire de notre émancipation, car une nation qui laisse ses enfants seuls face aux prédateurs du monde numérique renonce à son avenir.
Questions fréquentes
Combien de cas d'abus sexuels sur mineurs la police allemande a-t-elle recensés en 2025 ?
Plus de 17 000 cas, soit environ 1 600 de plus qu'il y a cinq ans, selon le rapport relayé par Mali Actu.
Qu'est-ce que le cybergrooming ?
C'est la prise de contact en ligne par un adulte qui cherche à manipuler un mineur pour obtenir des faveurs à caractère sexuel. En Allemagne, un adolescent sur quatre de 14 à 17 ans en a déjà été victime.
Comment l'intelligence artificielle est-elle utilisée par les agresseurs ?
Elle permet de fabriquer de fausses images ou vidéos sexuelles, les deepfakes, à partir de photographies de victimes, parfois utilisées pour un chantage appelé sextorsion.
Quel âge minimum pour les réseaux sociaux l'Europe propose-t-elle ?
La Commission européenne propose une interdiction totale avant 13 ans, des mini-comptes supervisés entre 13 et 15 ans, et des comptes individuels à partir de 15 ans sur des plateformes non addictives.
