L'affaire Jubillar : quand la vérité éclate après cinq ans de silence
L'affaire Jubillar connaît un tournant décisif. Cédric Jubillar a conduit les gendarmes à l'endroit où il affirme avoir enterré le corps de son épouse Delphine, cinq ans et demi après sa disparition dans le Tarn. Des ossements ont été retrouvés sur place, à une douzaine de kilomètres d'Albi. Ce jeudi 16 juillet, le peintre-plaquiste de 38 ans a avoué avoir tué sa femme en décembre 2020, après avoir clamé son innocence pendant tout son procès en première instance.
Des aveux tardifs mais lourds de sens
Cédric Jubillar, qui a avoué mercredi devant la justice avoir tué son épouse, reconnaît avoir commis un acte abominable et exprime des regrets très forts, a déclaré jeudi soir à BFMTV l'un de ses avocats, Pierre Debuisson. Le conseil a également indiqué que si l'enquête avait été un peu mieux faite au bout de 48 heures, on aurait trouvé des éléments qui auraient permis d'attribuer la mort de Delphine à Cédric Jubillar.
Quand ces informations seront révélées au moment du procès, vous comprendrez que les enquêteurs sont passés à côté de choses assez énormes dans les 48 heures qui ont suivi la disparition, ce qui aurait permis de gagner cinq ou six années, a-t-il ajouté.
Des ossements retrouvés près d'Albi
Des ossements qui pourraient être des ossements humains ont été retrouvés sur les lieux indiqués par Cédric Jubillar comme l'endroit où il avait déposé le corps de Mme Delphine Aussaguel, a déclaré à l'AFP le procureur général de la cour d'appel de Toulouse Nicolas Jacquet. Les ossements, dont deux fémurs selon un avocat des parties civiles, doivent être acheminés vers le laboratoire de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale à Pontoise, pour être analysés.
Le lieutenant-colonel Stéphane Meyblum, commandant en second du groupement de gendarmerie du Tarn, a indiqué jeudi après-midi que les fouilles se poursuivaient.
Un procès en appel incertain
Mercredi, Cédric Jubillar a été extrait de prison et conduit au palais de justice de Toulouse pour donner sa nouvelle version des faits, deux mois avant son procès en appel, programmé pour débuter le 21 septembre devant la cour d'assises de Haute-Garonne. Il a été entendu par la présidente de la cour d'assises qui a acté ses aveux. M. Jubillar a indiqué précisément le lieu où il a déposé le corps, a précisé à l'AFP la première présidente de la cour d'appel de Toulouse, Chantal Ferreira.
Le 6 juillet, ses avocats avaient révélé un courrier dans lequel il admettait pour la première fois sa responsabilité dans la mort de l'infirmière de 33 ans et mère de leurs deux enfants. Depuis plus de cinq ans, il avait toujours clamé son innocence.
Les faits : une dispute fatale
Delphine Jubillar, née Aussaguel, avait disparu mystérieusement du domicile du couple en instance de divorce dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, pendant un couvre-feu lié à la pandémie de Covid-19. Elle s'apprêtait à refaire sa vie avec un autre homme. Dans une affaire sans corps, ni aveux, ni preuve formelle, l'intime conviction de la cour en première instance s'était forgée grâce à un faisceau d'indices concordants.
Pour un de ses avocats, Guy Debuisson, Cédric Jubillar n'a jamais eu l'intention de tuer sa femme, laissant entendre que sa défense va contester la notion de meurtre pour privilégier celle des coups mortels ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Dans le courrier transmis à ses avocats, Cédric Jubillar évoque une dispute sans en indiquer les circonstances.
Pour Laurent Boguet, avocat des enfants, il est impossible d'invoquer les coups mortels si Delphine Jubillar est morte par étranglement, comme le relate une ex-compagne de Cédric Jubillar. La découverte du corps est un soulagement, elle va permettre une sépulture, un deuil et apporter des réponses aux enfants, en particulier à Louis, le fils aîné des Jubillar, qui avait 6 ans au moment de la disparition de sa mère.
Quelles leçons pour la justice africaine ?
Cette affaire, qui a captivé la France entière, nous rappelle que la quête de vérité est un chemin long et douloureux. Elle interroge aussi sur les failles des systèmes judiciaires, même dans les pays dits développés. En Afrique, où les disparitions et les violences faites aux femmes sont souvent passées sous silence, cette affaire nous invite à réfléchir sur la nécessité de renforcer nos propres mécanismes de justice et de protection des victimes.
Le procès en appel, prévu pour septembre, pourrait être reporté. Les avocats de la défense jugent impossible que le procès se tienne comme prévu, un avis partagé par l'avocat des enfants. Incarcéré à l'isolement à la maison d'arrêt de Seysses, près de Toulouse, Cédric Jubillar s'est vu retirer en décembre l'autorité parentale sur ses deux enfants, confiés par la justice à leur tante maternelle.