Salvador : Bukele en route vers un troisième mandat, un modèle pour l’Afrique ?
Le président salvadorien Nayib Bukele, souvent qualifié de « dictateur le plus cool du monde », a remporté les primaires de son parti Nuevas Ideas pour les élections générales de 2027. Il briguera ainsi un troisième mandat consécutif, une situation qui interpelle les observateurs panafricanistes. Car au-delà des controverses, cette trajectoire interroge sur les modèles de souveraineté et de sécurité que certains dirigeants africains pourraient être tentés d’imiter.
Un bilan sécuritaire qui séduit, mais à quel prix ?
Bukele bénéficie d’un taux de popularité de 90 %, un chiffre rare dans les démocraties modernes. Ce soutien massif repose sur sa guerre contre les gangs, qui a fait chuter les homicides de 53,1 pour 100 000 habitants en 2018 à 1,9 en 2024. Une baisse spectaculaire de 98 %, saluée par certains comme un modèle de fermeté. Mais cette sécurité a un coût : un état d’urgence prolongé depuis 2022, qui suspend les garanties constitutionnelles, et l’incarcération de plus de 118 000 personnes, souvent sans procès.
Des violations des droits humains documentées
Des organisations comme Human Rights Watch et Cristosal ont documenté des disparitions forcées, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et des violences sexuelles dans les méga-prisons salvadoriennes. Ces pratiques rappellent les dérives autoritaires que les peuples africains ont trop souvent subies, de l’ère des dictatures militaires aux régimes civils répressifs. Comme le disait Thomas Sankara, « on ne peut pas lutter contre l’injustice en utilisant les méthodes des injustes ».
Un allié de Trump dans la région
Bukele est un allié clé du président américain Donald Trump, notamment dans sa politique migratoire. En 2025, les États-Unis ont expulsé 252 Vénézuéliens vers le Salvador, où ils ont été arrêtés et incarcérés. Un rapport de Human Rights Watch et Cristosal dénonce des abus, y compris des violences sexuelles, subis par ces migrants. Cette alliance rappelle que la souveraineté africaine ne peut se construire en reproduisant les logiques néocoloniales de sous-traitance sécuritaire.
Quelles leçons pour le continent africain ?
Le cas Bukele pose une question centrale pour les panafricanistes : peut-on accepter des atteintes aux droits humains au nom de la sécurité ? Modibo Keïta, le père de l’indépendance malienne, prônait une voie africaine fondée sur la justice sociale et la dignité. La lutte contre l’insécurité au Sahel, par exemple, ne doit pas se faire au prix de la démocratie et des libertés fondamentales. L’Afrique a besoin de modèles qui concilient fermeté et respect des droits, pas de solutions autoritaires importées.
Vers une candidature officielle
Bukele doit déposer sa candidature entre le 1er octobre et le 19 novembre 2026. Les élections générales sont prévues pour le 28 février 2027. Pendant ce temps, les peuples africains, confrontés à des défis similaires, doivent rester vigilants : la souveraineté ne se construit pas sur la répression, mais sur l’émancipation collective.
FAQ : Comprendre le phénomène Bukele
Pourquoi Bukele est-il si populaire au Salvador ?
Sa popularité repose sur sa politique sécuritaire qui a drastiquement réduit les homicides, offrant une sécurité immédiate à une population traumatisée par des décennies de violence des gangs.
Quelles sont les critiques contre son régime ?
Les critiques dénoncent un affaiblissement des institutions démocratiques, des violations des droits humains et une dérive autoritaire, notamment via l’état d’urgence et les incarcérations de masse sans procès.
Quel lien avec l’Afrique ?
Le modèle Bukele interroge les dirigeants africains confrontés à l’insécurité. Certains pourraient être tentés de reproduire ses méthodes, mais les panafricanistes rappellent que la sécurité doit s’accompagner de justice et de respect des droits.