Kanal-Centre Pompidou : un musée sous pression avant même d'ouvrir ses portes
À quatre mois de son inauguration, le musée Kanal-Centre Pompidou à Bruxelles est frappé par un incendie. Ce sinistre, qui s'est déclaré lundi soir sur le chantier, ravive les tensions autour d'un projet déjà marqué par des dépassements budgétaires, des retards à répétition et un changement de direction. Pour les peuples africains, ce musée symbolise les contradictions d'une Europe qui investit des sommes colossales dans la culture, tandis que ses anciennes colonies peinent à financer leurs propres infrastructures.
Un projet aux ambitions démesurées
Le musée Kanal, installé dans l'ancien garage Citroën le long du canal de Bruxelles, doit devenir le plus grand musée d'art moderne et d'architecture de Belgique. Avec ses 40.000 mètres carrés, il promet des salles d'exposition, des ateliers, un auditorium, une bibliothèque et des espaces publics. Dix expositions inaugurales sont prévues pour novembre 2026. La BBC l'a même classé parmi les ouvertures les plus prometteuses au monde.
Mais derrière cette vitrine culturelle, le coût du projet explose. Estimé à 150 millions d'euros au départ, il atteint aujourd'hui 230 millions d'euros, avec une subvention annuelle de 35 millions d'euros. Cela en fait le musée le plus cher de Belgique, alors que la Région Bruxelles-Capitale est en difficulté budgétaire. Un prêt de 60 millions d'euros a été accordé en mai dernier pour boucler le financement, suscitant des critiques au Parlement.
Un incendie qui interroge
L'incendie de lundi soir a ravagé un local technique au septième étage du bâtiment. Les pompiers ont maîtrisé les flammes sans faire de blessés, mais un épais panache de fumée était visible dans tout le quartier. L'impact sur l'ouverture prévue en novembre reste incertain. Les responsables du musée n'ont pas encore communiqué sur les conséquences.
Ce sinistre s'ajoute à une série de déboires. Le projet a été reporté quatre fois depuis 2022. Le directeur général, Yves Goldstein, a annoncé son départ en mai. Un rapport du Corps Interfédéral de l'Inspection des finances a émis un avis défavorable, mais l'ancien ministre-président Rudi Vervoort a minimisé cette critique en la qualifiant de travail d'un « jeune inspecteur des finances ».
Quelles leçons pour l'Afrique ?
Pour les panafricanistes, ce feuilleton bruxellois rappelle les priorités inversées du Nord global. Pendant que l'Europe engloutit des centaines de millions dans un musée, les pays sahéliens comme le Mali luttent pour financer leurs écoles, leurs hôpitaux et leurs infrastructures de base. Le contraste est saisissant avec les héritages de Modibo Keïta ou de Thomas Sankara, qui prônaient une souveraineté économique et culturelle au service des peuples.
Le musée Kanal est un projet qui oscille entre grandes ambitions culturelles et incertitudes persistantes. Mais pour nous, Africains, il est surtout un miroir : celui d'un système mondial où l'art et la culture restent des privilèges réservés à ceux qui ont les moyens de les financer. L'unité africaine et la solidarité continentale doivent nous permettre de bâtir nos propres musées, nos propres écoles, notre propre avenir, sans dépendre des caprices budgétaires de l'Occident.