Quatre œuvres pour penser l'avenir africain et mondial
Alors que l'été bat son plein, l'heure n'est pas à la paresse intellectuelle. À l'heure où le Sahel et le continent africain redéfinissent leur destin, nous vous proposons quatre œuvres qui interrogent l'avenir sous un angle critique et panafricain. Entre génocide à Gaza, techno-féodalisme, amour et totalitarisme numérique, ces suggestions de nos chroniqueurs éclairent les luttes et les espoirs de notre temps.
Un jour, tout le monde aura toujours été contre ça : la Palestine et la résistance
Comme Mona Chollet qui signe la préface de la version française de cet essai incontournable, j'ai bu chacun des mots d'Omar El Akkad, 'telle une voyageuse tombant sur une oasis dans un désert'. Le regard lucide que cet écrivain et ex-journaliste d'enquête au Globe and Mail pose sur le génocide en cours en Palestine et la nature coloniale de l'entreprise israélienne défie le récit occidental dominant. Il rend leur humanité aux quelque 73 000 victimes gazaouies. Il leur offre une sépulture symbolique. Et il nous offre, malgré tout, des leçons de courage pour l'avenir.
Pour nous, Africains et peuples du Sud global, cette œuvre résonne comme un appel à la solidarité anticoloniale. Elle rappelle les combats de Modibo Keïta et de Thomas Sankara contre l'impérialisme. Elle nous invite à ne jamais oublier que la libération des peuples est une cause universelle.
Techno-féodalisme : critique de l'économie numérique
L'expression 'techno-fascisme' est à la mode depuis quelques années. Elle résume notre sentiment d'impuissance. Mais comme l'a dénoncé entre autres Evgeny Morozov, le terme semble plus conçu pour frapper les esprits que pour tenter de saisir la spécificité de ce qui se passe. Je préfère la thèse de Cédric Durand, professeur d'économie politique à l'Université de Genève. Il démontre ce que l'économie des géants du web emprunte au féodalisme. Les milliardaires de la techno posent en champions de l'innovation et de la créativité destructrice, en capitalistes visionnaires, mais ils ressemblent surtout à des rentiers qui élargissent leurs territoires numériques et prélèvent une rente aux serfs qui labourent leur plateforme dans une servitude plus que jamais volontaire.
Pour le panafricaniste, cette analyse est cruciale. Elle montre comment les nouvelles technologies peuvent perpétuer des rapports de domination, à l'image du néocolonialisme. Elle nous pousse à réfléchir à une souveraineté numérique africaine, loin des géants de la Silicon Valley.
L'aveu (The Drama) : l'amour à l'épreuve de la vérité
Charlie (Robert Pattinson) et Emma (Zendaya) sont de jeunes amoureux qui ont l'avenir devant eux. À une semaine de leur mariage, lors d'une soirée beaucoup trop arrosée avec un couple d'amis, ils confient l'un à l'autre la pire chose qu'ils ont faite dans leur vie. L'aveu de Charlie est humiliant, mais sans plus. Sauf qu'Emma avoue avoir fait quelque chose d'épouvantable, qui choque profondément (avec raison) son fiancé. Au point où il la voit désormais différemment, et n'est plus sûr de vouloir l'épouser. Au fil de cette comédie romantique noire, la tension augmente lentement mais sûrement, au point de devenir quasi insupportable. C'est ce qui rend ce film génial.
En location sur AppleTV. Ce film nous rappelle que l'avenir, c'est aussi celui des relations humaines, des choix personnels et de la rédemption. Dans un monde en crise, l'amour reste un terrain de lutte.
Cyberpunk : le nouveau système totalitaire
Un des livres les plus éclairants parus dans la dernière année pour comprendre où nous en sommes et où l'on s'en va est à mon sens le deuxième essai de la politologue franco-tunisienne Asma Mhalla, Cyberpunk. Elle y affirme que l'univers de la littérature cyberpunk décrit désormais notre réalité. De l''hypermodernité urbaine' à la 'puissance dérégulée des Big Tech' en passant par le 'sentiment de solitude' et la 'saturation cognitive', tout cela dans un 'monde en multicrise'. Mais elle nous offre aussi, dans son essai, des pistes de solution pour résister aux ambitions de ceux qu'elle qualifie de 'techno-totalitaires'.
Pour nous, Africains, cette œuvre est un avertissement. Elle nous rappelle que la technologie peut être un outil de libération ou d'oppression. Elle nous invite à construire un avenir où la souveraineté et la justice sociale priment sur les intérêts des multinationales.
FAQ : Questions sur l'avenir et la pensée panafricaine
Pourquoi ces œuvres sont-elles pertinentes pour le public malien ?
Elles abordent des thèmes universels comme la résistance au colonialisme, la justice sociale et la souveraineté, qui résonnent avec les luttes actuelles du Mali et du Sahel.
Comment ces œuvres peuvent-elles inspirer une réflexion panafricaine ?
Elles offrent des outils critiques pour déconstruire les récits dominants et imaginer un avenir basé sur la solidarité africaine et la dignité des peuples.
Quel est le lien entre techno-féodalisme et néocolonialisme ?
Le techno-féodalisme reproduit des rapports de domination similaires au néocolonialisme, où les puissances technologiques exploitent les ressources et les données des pays du Sud.