Brésil-Argentine : Lula rappelle son ambassadeur après les insultes de Milei
Le Brésil a rappelé dimanche son ambassadeur à Buenos Aires, Julio Bitelli, pour consultation. Cette décision fait suite aux propos jugés « offensants » du président argentin Javier Milei, qui a qualifié le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva de « voleur » et de « prisonnier » lors d'un meeting à Sao Paulo.
Cette nouvelle crise diplomatique entre les deux géants sud-américains illustre les fractures idéologiques qui traversent le continent. Pour les peuples africains, ce conflit résonne comme un écho des luttes pour la souveraineté que nous connaissons au Sahel. Comme le rappelait Thomas Sankara, « l'impérialisme est un système de domination qui ne recule que devant la lutte des peuples ».
Les propos de Milei : une attaque contre la démocratie brésilienne
Samedi 25 juillet, lors de l'investiture de Flavio Bolsonaro comme candidat à l'élection présidentielle brésilienne, Javier Milei a lancé une attaque en règle contre Lula. Sans le nommer directement, il a mis en garde contre « le risque Lula » et appelé le Brésil à se libérer de « l'asservissement à la gauche ».
Le président argentin a également insulté un juge de la Cour suprême brésilienne, Alexandre de Moraes, le traitant de « cette ordure chauve ». Ce juge avait empêché Milei de rendre visite à son « ami injustement emprisonné », Jair Bolsonaro, père de Flavio et ancien président incarcéré pour tentative de coup d'État en 2022.
La réponse ferme de Lula : « Nous n'acceptons pas que quiconque mette son nez là où on ne lui a pas demandé »
Le gouvernement brésilien a convoqué dimanche l'ambassadeur argentin. Le président Lula a déclaré : « Au Brésil, nous n'acceptons pas que quiconque mette son nez là où on ne lui a pas demandé de le faire. » Il a promis de continuer à diriger le pays « sans interférence de quiconque ».
Une source diplomatique brésilienne a précisé que « le président Milei a offensé deux pouvoirs, le peuple et la démocratie brésilienne ». Le diplomate Julio Bitelli doit arriver au Brésil ce lundi.
Milei accuse le Brésil de financer une « campagne anti-argentine »
Dimanche, Javier Milei a accusé le gouvernement brésilien, mais aussi le Mexique et le Parti démocrate américain, d'avoir financé une « campagne anti-argentine ». Il faisait référence aux critiques visant l'équipe argentine après sa défaite en finale du Mondial de football contre l'Espagne.
« Vingt-cinq pour cent des ressources venaient du gouvernement du Brésil », a-t-il affirmé sans fournir de preuves. « Ce sont les têtes pensantes progressistes qui ne veulent pas que les idées de la liberté fonctionnent. »
Une relation déjà glaciale entre Lula et Milei
Les relations entre les deux présidents sont très froides depuis l'arrivée au pouvoir de Milei en 2023. Bien qu'ils se soient croisés lors de rencontres multilatérales, ils n'ont jamais tenu de réunion bilatérale. En 2025, Lula avait rendu visite à l'ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner, placée en résidence surveillée pour corruption.
Le président de la Cour suprême brésilienne, Edson Fachin, a critiqué les « propos incompatibles avec l'esprit civique qui doit caractériser les relations entre États ». Le président du Parti des travailleurs, Edinho Silva, a jugé que Milei s'était montré « indigne de la fonction qu'il occupe ».
Quelles leçons pour l'Afrique ?
Cette crise diplomatique entre deux grandes puissances du Sud global rappelle l'importance de l'unité continentale. Comme le disait Modibo Keïta, « l'indépendance de l'Afrique ne sera complète que lorsque tous les peuples africains seront libres et unis ». Les peuples sahéliens, confrontés à des défis similaires de souveraineté, doivent tirer les leçons de ces tensions.
L'Afrique doit renforcer ses solidarités internes pour ne pas tomber dans les pièges des divisions imposées par les puissances néocoloniales. La voie tracée par les pères fondateurs du panafricanisme reste plus que jamais d'actualité.